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Nouvelles confirmées : Passang est accroupi
Publié par tchano le 03-06-2014 20:40:00 ( 464 lectures ) Articles du même auteur



Sur un carré de pelouse naturelle et rase, accroupi est Pasang, prés de sa maison.
Sa maison constitue un grand cairn creux de pierres amoncelées.
A plus de 3000 mètres d’altitude, depuis l‘arrivée des ancêtres, des mains de toutes tailles ont déposés tour à tour, leurs récoltes de pierres pour l’édifier et l’agrandir.
Depuis qu’ils se sont arrêtés ici, au XIIème siècle de notre ère, toutes les âmes de la lignée de Pasang ont vénérés et craints les dieux et les démons des Hauts.
Ici, les Hauts transpercent et dépassent le ciel des oiseaux.
Comme partout dans le monde, la pauvreté accroupie les hommes.
Qu’il fasse une pause ou une quelconque besogne prés du sol,
le pauvre est accroupi, les jambes toutes repliées, la plante des pieds à plat
et le séant très bas.
La soumission et l‘adoration mettent souvent les hommes à genoux, la pauvreté les accroupie.
Et cela devient parfois, pour qui a la vie rude, une posture d’humilité.
Les moins pauvres, pour figurer une sorte d’élévation, ou bien parce qu’ils ont le postérieur plus lourd, se tiennent accroupis sur la pointe des pieds, les fesses sur les talons.
D’ailleurs les moins pauvres peuvent difficilement tenir la position accroupie,
celle de l’humilité.
Accroupi est Pasang prés des choucas et de ses dieux.
Prés des aïeux et de son fils.
Pasang ne le sait pas, mais le prix qu’il a payé depuis trois ans,
pour que son fils aille à l’école, est très précisément de:
-11 402 kilos de faix acheminés sur son dos.
-6 748 kilomètres de poussière, de pierre, de glace et de neige,
foulées par le cal de ses pieds.
Et c’est aussi l’équivalent de 14 fois et ¼ l’Everest gravi à bonne allure.
Il ne le sait pas. D’ailleurs, peu lui importe.

Un coup de vent chahute les pages du journal que tient son fils Tensing,
accroupi humblement prés de lui.
Pasang, l’illettré, écoute la bouche de Tensing , dire les mots d’un journal trouvé
dans un lodge de trek.
En écoutant Tensing, Pasang détourne son regard et feint de scruter la tête du Manaslu enturbannée par les prémices de la mousson.
En écoutant Tensing, Pasang ne sait pas que c’est très précisément
0,824 ml d’émotion fine qui viennent de passer par ses yeux.



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Les commentaires appartiennent à leurs auteurs. Nous ne sommes pas responsables de leur contenu.
Auteur Commentaire en débat
EXEM
Posté le: 04-06-2014 18:49  Mis à jour: 04-06-2014 18:49
Plume d'Or
Inscrit le: 23-10-2013
De:
Contributions: 1480
 Re: Passang est accroupi
"La soumission et l‘adoration mettent souvent les hommes à genoux, la pauvreté les accroupie."
Bravo ! J'ai beaucoup aimé cette belle descrition.
couscous
Posté le: 04-06-2014 19:48  Mis à jour: 04-06-2014 19:48
Modérateur
Inscrit le: 21-03-2013
De: Belgique
Contributions: 3218
 Re: Passang est accroupi
Tu m'as fait voyager dans la tribu de Passang, au coeur de l'Inde.

Merci

Couscous
tchano
Posté le: 05-06-2014 20:31  Mis à jour: 05-06-2014 20:34
Plume d'Or
Inscrit le: 18-01-2012
De:
Contributions: 293
 Re: Passang est accroupi
Exem, j'ignore la valeur anthropologique de ce qu'affirme cette phrase, mais je me dis pourquoi pas?
D'ailleurs elle t'a plu et c'est bien ainsi.

Couscous t'étais pas loin, c'est juste à côté, au NépaL

Merci à vous deux.
Mes préférences



Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
.

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