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Nouvelles : Vous connaissez grand'mère ?
Publié par Bacchus le 04-05-2012 22:00:00 ( 774 lectures ) Articles du même auteur



En espérant vous distraire, voici une petite page de mon autobiographie qui, compte tenu de mon âge, est déjà assez longue.
Natif de la Corrèze, la Normandie a été une des nombreuses étapes de mon existence. C' est au Havre que j' ai fait la connaissance de ma grand-mère. Un évènement qu' on n' oublie pas...


GRAND-MÈRE :

Dans ma petite enfance, j’ ai eu deux grosses émotions dans la même journée: j’ ai découvert la mer et j’ ai fait la connaissance de grand-mère, la mère de maman.

Face à La Manche, d’ un seul coup, sans m’ y attendre, un jour de tempête sous un ciel chargé de gros nuages gris sombre, ça m’ a filé une pétoche terrible!

Une grosse masse liquide, pour moi, jusqu’ à ce jour, c’ était la Corrèze, qui coulait, peinarde, sous le pont de La Bouvie, mais cette étendue monstrueuse qui hurlait en se fracassant sur des galets qui faisaient un bruit d’ enfer en roulant les uns sur les autres !

Figurez-vous que j’ éprouve encore de l’ angoisse aujourd’hui, face à cette mer.

C’ était peut-être pas la bonne préparation pour m’ emmener voir ma grand-mère.

On avait beau être en 1947, des grand’mères folkloriques comme elles, fallait être préparé!

Elle était originaire de Bernay, dans l’ eure. Enfin…de la campagne, près de Bernay, et avait définitivement adopté la dernière mode de sa propre grand-mère.

D’ abord, situons le lieu de la rencontre. Après la mer, s’ enfoncer dans une forêt profonde, ça aussi, c’ était de l’ inédit. Mon père ne connaissait qu’ une seule histoire, et il me la racontait plutôt’ gore ‘, pour faire de moi un homme; c’ était le petit chaperon rouge ! Alors, le coup de la forêt, pour aller voir ma grand-mère….

Mais on y arrive, à grand-mère. Pour ceux qui on lu la BD « dame Tartine « , l’ effort d’ imagination est terminé. Pour les autres, j’ interviens ;

Un chignon sur une tête ronde à lunettes rondes, des joues’ rouge normand’ et un accent du terroir que maman me traduisait .

Voici le résultat de mes investigations du moment et de ceux à venir : grand’mère portait une jupe noire qui tombait jusqu’ à terre. En dessous, elle avait une multitude de jupons, mais le premier était celui qui, apparemment, comptait le plus : sur le devant, il avait une immense poche , grande comme un sac, qui lui servait de sac, justement . Pour payer ses courses, elle avait un large mouvement circulaire du bras qui, dans sa rotation, attrapait le bas de la robe, la soulevait et disparaissait en partie dans la fameuse poche. Il réapparaissait avec le porte-monnaie de grand-mère. Un porte-monnaie que j’ ai toujours vu gonflé de billets qui débordaient tout autour.

Il y avait plein de choses étonnantes , dans la grande poche. Entre autres, sa tabatière .
Alors là, voir grand-mère sniffer, c’ était quelque chose !

Le même mouvement du bras et hop, la tabatière apparaissait . Mais suivez bien la manœuvre car on aborde là une technique archaïque que vous ne rencontrerez plus jamais.

La tabatière dans la main droite, elle en soulevait le couvercle à l’ aide du pouce de la même main. Sa main gauche, synchronisée, était déjà en route pour prélever une grosse pincée de poudre noire, avec le pouce et l’ index. Sans temps mort, la poudre était déposée dans le creux formé entre le pouce et l’ index de la main qui tenait la tabatière . Vous suivez ? Parce que, maintenant, le rituel va s’ emballer .
La main gauche, désormais libre, va effectuer un foudroyant voyage vers la poche, en raflant, au passage, la tabatière qu’ elle va refermer durant le début du voyage, disparaître dans la poche et en ressortir aussitôt avec un vaste mouchoir qui, dans le mouvement ascendant du bras, sera secoué énergiquement pour qu’ il se déploie largement .

Sitôt remontée, la main gauche ( tenant le mouchoir ), dirigera son pouce vers une narine de grand’mère et l’ écrase . Le premier sniff engrangera l’ exacte moitié du tabac. .L’ index de la main gauche va alors écraser l’ autre narine pour le deuxième sniff.
Le temps s’ arrête . Grand-mère est immobile , figée comme une statue ….Puis son menton se lève lentement, lentement, tandis que sa bouche commence à s’ entrouvrir….Et brusquement , l’ explosion, un cataclysme qui la plie en deux dans un énorme « atchoum » qui atterrit dans le mouchoir et vous fait sursauter, même si ça fait un sacré bout de temps que vous vous y préparez.

S’ ensuivait alors l’ inévitable : - « Ha ! Ça fait du bien ! «

Tellement de bien qu’ elle tenait, une fois de temps en temps, à ce que je bénéficie des bienfaits de son remède miracle . Vous décrire ses effets sur moi mériterait une longue narration que je vous éviterai, ne serait-ce que pour la curiosité que vous pourriez avoir d’ en tenter l’ expérience .

Bon, vous connaissez grand-mère .

Elle avait, dès qu’ elle m’ a découvert, pris des résolutions à mon égard. Par exemple, elle avait décrété que je manquais de globules rouges ( ?? ) et avait pris aussitôt les décisions adéquates . Pauvre de moi … Moi qui ne pouvait absolument pas voir une trace rouge dans ma viande et pour qui maman coupait le bifteck en petits dés avant de le carboniser ! Grand’ mère m’ emmenait avec elle à la boucherie chevaline et expliquait à la clientèle que j’ avais besoin de me retaper, montrait ,à qui s’ en fichait à quel point je manquais de quelque chose là, et là , et achetait un énorme steak à mon intention. Quelle journée de supplice…Elle montrait un peu la viande à la flamme, de loin , me semblait-il, et me plaçait devant une assiette qui débordait d’ une viande dégoulinant de sang. Pour ‘ mon bien’, je n’ avais le droit de sortir de table qu’ une fois mon assiette vidée J’ ai passé des heures à avaler, avec des hauts-le cœur , des tout petits morceaux, jusqu’ à ce que mon assiette soit vide…

Mais...Grand-mère...Tu m' as manqué...







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Les commentaires appartiennent à leurs auteurs. Nous ne sommes pas responsables de leur contenu.
Auteur Commentaire en débat
chti56
Posté le: 05-05-2012 23:15  Mis à jour: 05-05-2012 23:15
Administrateur
Inscrit le: 13-12-2011
De:
Contributions: 9
 Re: Vous connaissez grand'mère ?
Quel bel hommage à votre Grand-Mère !!
Merci pour toutes les Grand-Mères qui sont un encrage indispensable à notre enfance, comme l'a été la mienne!!
Moi, c'était dans le Nord .
Loriane
Posté le: 06-05-2012 16:56  Mis à jour: 06-05-2012 16:56
Administrateur
Inscrit le: 14-12-2011
De: Montpellier
Contributions: 9120
 Re: Vous connaissez grand'mère ?
Au secours !!! Hier j'avais fait un long commentaire et pff ..; envolé la tête de linotte à oublié de cliquer .
J'ai lu ton récit d'une traite comme on boit du petit lait.
Quel plaisir de lire ce morceau de vie du passé, en plus j'aime particulièrement les portraits de personnes. mais là il s'agit bien de personnage.
Oui, je connais dame tartine mais je n'ai pas eu la chance d'avoir une vraie grand'mère, la seule qui me restait était plutôt du genre "Carmen cru" ( voir le personnage de BD) en plus bourgeoise, très Parisienne ou tatie Danielle, pour le côté rugueux et teigne du caractère, une vraie méchante.
Ton écriture vive laisse toute la place au récit et nous transporte.
En te lisant je retournais à mes souvenirs d'enfance qui par certains côtés ont des points communs avec les tiens.
tout d'abord la découverte à 6 ans de la "mer", rencontre avec l'océan quelque part vers Dieppe, cette immensité mouvante qui sentait une odeur puissante qui m'a laissé des souvenirs merveilleux.
Puis l'accent, ce fort accent des provinces Françaises, moi c'était mon père Périgourdin qui parlait moitié patois, moitié Français en rrroulant fort les rrrrrrr, "qu'est-ce qu'il dit ton père ?" chuchotaient mes copines qui ne comprenaient rien.
Et aussi ce souvenir de ces paysannes, de leurs longs jupons en satin fermière et de cette fameuse poche de kangourou, celui de nos voisines (quelque part vers Sarlat) semblait contenir le monde entier et me fascinait, dedans il y avait des bouts de ficelle, des pommes , des noix et ce ce même gros porte-monnaie noir fermé avec un élastique.
Seule petite critique sur l'écriture : ta mise ne page un peu anarchique dans les espacements de ligne.
C'était une très belle lecture.
Merci
Et cette fois ci je clique...
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Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
.

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