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Nouvelles : Un Miracle
Publié par alexis17 le 31-08-2014 22:38:08 ( 1326 lectures ) Articles du même auteur



Une bourrasque sableuse et les feuilles s’envolèrent des sévères branches, orangées, fanées : la mort est omniprésente. Les édifices poussiéreux trônaient telles des ruines d’un ancien temps, des perrons affaissées, murs éboulés, toits effondrés. Un nuage obscurcit le ciel. Noir. Tout devint cendres. Qui pour nous sauver ? Un miracle ?

« J’ai été touché par la grâce et vous me traitez comme de la merde ! Vous avez vu comment j’ai soigné cette gamine, cette pute et ses foutues migraines, comment j’ai guéri cette vieille conasse toute cambrée et ses maux de dos ! Je veux que vous me donniez des heures de messes ! Je suis miraculeuse, et vous ne pouvez dire le contraire ! Regardez mes satanées mains, elles sont bénies, pouvez-vous dire de même mon père ! Je ne crois pas, je ne crois pas que ces paumes soient pures ; vous n’avez même plus la foi mon père. Vous devriez abdiquer et me laisser gérer cette belle ruine que vous appelez encore église ! Arrêtez de baisser les yeux et ayez des couilles, pauvre porc ! Vous n’êtes plus rien. Rien. ».
Un rideau de cheveux secs voilait la face enragée de Lux et le père Fields n’osait contester son accès de fureur. Malgré ses maigres quarante kilos et son teint pâle, Lux possédait cette aura intimidante, cette lueur de folie, ce regard aliéné qu’elle avait cultivé durant toute son adolescence, toutes ses peines enfouies, ses phantasmes originaires nés dans la violence, guéris dans la ceinture et la cuillère, le garrot et le briquet.
« Vous prêchez à longueur de journée, mais en quoi croyez-vous ? Je suis le dernier symbole de Dieu ici ! Le seul ! Regardez autour de vous : ce bureau, cette ville, les rues dégueulasses, les trottoirs jonchés de prostituées et de droguées, croyez-vous être la personne qui sauvera cette ville ? Je le suis ! J’ai vu notre Seigneur ! Et vous n’êtes plus rien ! Je vais nettoyer cet endroit pourri, sauver tous ces corps corrompus, ces âmes prodiguées, et on ne trouvera plus une seringue, plus un préservatif ici et la seule merde encore présente, ça sera vous, vous et votre bedaine de sale goret ! Parce que je suis un miracle ! Un miracle ! J’étais comme eux, mais je vais les sauver ! ».
Un large rictus étira sa figure livide, deux rangées jaunâtres de dents hargneuses ; elle remonta ses manches, brûlures de cigarettes, coups de fouets, lacérations, et saisit entre ses paumes le visage effrayé du prêtre. Ses pouces appuyaient sur ses pommettes et elle compressait ses joues, de plus en plus fort ; les larmes finirent par sortir et l’homme tomba à terre, pitoyablement recroquevillé sur la moquette rougeâtre. Il pleurait et tremblotait tel un enfant après un mauvais cauchemar, fragile, apeuré, si chétif et si navrant.
« Vous êtes un homme triste monsieur Fields, un pauvre homme solitaire qui a égaré sa foi, perdu tout ce pourquoi il avait sacrifié sa vie. Et maintenant ? Vous allez vous retirer dans la forêt, un ermite et son réchaud ? Vous n’êtes qu’un ver, une limace, un cafard inutile et je vous ai écrasé… De toute façon, vous quitterez bien assez vite ce monde, alors prenez le peu de dignité qu’il vous rester et faites la fleurir ailleurs au lieu de mourir ici comme un malpropre, comme le cancrelat que vous êtes devenu. ».
Lux sautillait sur le revêtement écarlate, envahie par une douce hystérie, un rire hideux, mélange de cris et de gloussements hilares. Elle fouilla au fond de son jogging et sortit une cigarette qu’elle fourra subitement entre ses lèvres grises. Le père n’osait se relever et lui jetait quelques regards succincts, vers sa face laiteuses, ses yeux insensés, ses incisives jaunes, son sourire abject. Le soleil couchant darda à travers une fenêtre, traversa l’âpre fumée et illumina cette vision d’horreur, forma un halo autour de son épouvantable silhouette décharnée. « Je suis un miracle ! ».

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Les commentaires appartiennent à leurs auteurs. Nous ne sommes pas responsables de leur contenu.
Auteur Commentaire en débat
Abu-issa
Posté le: 01-09-2014 21:47  Mis à jour: 01-09-2014 21:47
Régulier
Inscrit le: 24-05-2014
De: Maroc
Contributions: 63
 Re: Un Miracle
Je trouve que vous avez une belle écriture mais étant croyant je suis en contradiction avec le fond .mais la forme reste très intéressante
Marco
Posté le: 02-09-2014 17:44  Mis à jour: 02-09-2014 17:44
Plume d'Or
Inscrit le: 17-05-2014
De: 24
Contributions: 725
 Re: Un Miracle
Je n'ai pas du tout envie de croiser ton Miracle aux "deux rangées jaunâtres de dents hargneuses", élevé à l'héro.


Alexis, Sacré Histoire, Sacré peur !
J'ai vraiment aimé ton histoire, elle est cynique à souhait.

Encore merci Alexis.

Marco
couscous
Posté le: 02-09-2014 20:50  Mis à jour: 02-09-2014 20:50
Modérateur
Inscrit le: 21-03-2013
De: Belgique
Contributions: 3218
 Re: Un Miracle
Ta vision de l'avenir est horrible et tes descriptions donnent froid dans le dos. Le monologue est cynique a souhait. Un miracle que Lux ait survécu dans ce cvhaos. lux ? Tu aimes ce prénom....
Merci Alexis

Couscous
Donaldo75
Posté le: 05-09-2014 17:53  Mis à jour: 05-09-2014 17:53
Plume d'Or
Inscrit le: 14-03-2014
De: Paris
Contributions: 1111
 Re: Un Miracle
Waa c'est gothique ton histoire. J'imaginais bien la scène filmée par Tim Burton, version Abel Ferrara.
Toujours aussi inspiré mon cher Alexis.
Bravo !
Donald.
Mes préférences



Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
.

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