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Nouvelles : Le premier Halloween du petit Nicolas
Publié par Donaldo75 le 31-10-2014 20:20:00 ( 1164 lectures ) Articles du même auteur



J'ai écrit cette histoire en l'honneur d'Halloween, avant que Couscous ne poste son défi. Cependant, ce récit ne fait pas frissonner dans les chaumières aussi j'ai décidé de le publier ici, à part.

Le premier Halloween du petit Nicolas


Je m'en souviendrai de ce Halloween deux-mille sept !
J'étais tranquillement en train de baratiner la grosse Angela, avec mes potes Silvio et Vladimir, pour récolter un peu de monnaie, quand les grands arrivèrent. Il y avait le frimeur aux santiags, ce fermier de George et son fidèle suiveur aux grandes dents, ce premier de la classe de Gordon.
— Alors, les nains, toujours à mendier pour s'acheter des Carambars ? C'est pas comme ça que vous allez rejoindre notre bande, nous lança George.
— Tu nous casses le coup, cow-boy de mes deux, lui répondit Vladimir, le plus courageux de nous trois.
Vladimir, il faisait du judo et il en connaissait des prises, même que les autres avaient peur de lui. Moi, je l'admirais parce qu'il n'avait pas son pareil pour piquer des caramels, rien qu'en montrant ses muscles. Silvio et moi, quand on aurait l'age, on ferait du karaté et George ne se moquerait plus jamais de nous.
— Ne la ramène pas, nabot, sinon je te mets minable comme la dernière fois, répliqua George.
— Vous vous foutez toujours de nous, pleurnicha Silvio. Ce n'est pas de notre faute si on est trop petit pour jouer avec vous.
— C'est vrai, ça, dit Angela. Vous êtes injustes avec eux. Ils sont gentils et ils ne veulent que de l'amour et de la reconnaissance. Leurs parents ne s'occupent pas d'eux alors ils font ce qu'ils peuvent.
— Tu es une vraie mère, Angela, lui dis-je.
Je l'aimais secrètement, Angela. En plus, elle me ramenait souvent des bretzels pour le goûter et on les mangeait tous les deux, en cachette, sans Silvio ni Vladimir. J'avais bien essayé de l'embrasser mais elle m'avait repoussé en me disant « Ach, nein, mein klein Nicolas, je ne suis pas prête ! » tout ça parce qu'elle préférait les grands et qu'elle en pinçait secrètement pour George. Comme si je ne le savais pas. Vladimir les avait pris en flagrant délit, à se faire des mamours, des papouilles et pleins de trucs sales avec la langue. Depuis, j'avais un peu le cœur brisé. Heureusement, Silvio me remontait le moral et on allait piquer des gâteaux chez l'Indien ou le Chinois.

George dit quelque chose dans l'oreille de Gordon et il se marra comme une loutre.
— Vous voulez intégrer le club des grands ?
— Pourquoi on ne pourrait pas ? On n'est pas plus bête que vous, répondit Vladimir.
— Oui mais vous êtes des rase-moquettes, répliqua Gordon.
Celui-là, il nous énervait vraiment. Déjà, avant lui, on avait eu droit à cette chochotte de Tony, le chéri de ces dames. Il avait emballée Angela en deux temps trois mouvements et depuis elle passait son temps à lui écrire des lettres d'amour, même après son départ.
On avait eu un sacré coup de chance de découvrir ses mensonges et du coup on l'avait dénoncé à ses parents. Tony, c'était le roi des menteurs : il était capable, la main sur le cœur, de vous faire croire aux barbus, à l'Enfer et même au croque-mitaine. D'ailleurs, lui et George terrifiaient le quartier avec leurs histoires de terroristes et de bombes humaines.
Heureusement, Vladimir avait trouvé la preuve d'une de leurs pires bêtises, quand ils avaient accusés des émigrés d'avoir foutu le feu au magasin de l'Oncle Sam, un vieux grippe-sou à qui tout le monde empruntait de l'argent, à commencer par Elizabeth la tante de Tony. Du coup, le beau gosse avait été renvoyé au pensionnat par Tata Liz et son frère Gordon l'avait remplacé dans le cœur de ses parents.
— On est peut-être pas haut, dis-je, mais nous on a des couilles. Pas comme toi, Gordon. Quand George va crever les pneus des petits Coréens, tu te caches derrière les poubelles. On t'a vu !
— Arrête ton char, face de troll, cria Gordon. Vous n'osez plus la ramener depuis que les Chinois du quartier Est vous ont mis une branlée.
— Stop ! Faites un effort, les grands, ordonna Angela.
— Pourquoi faire ? On se les traîne depuis trop longtemps, dit George.
— D'accord Angela, j'ai peut-être une idée, répondit Gordon avec un air mystérieux.
— Vas-y, fais nous profiter de ta science, ironisa Silvio.
— Silvio, je vais te laver la bouche avec du savon si tu continues, hurla Angela.

Quand Angela élevait la voix, même George et Gordon se taisaient. Je la regardais avec admiration, ma Angela, si belle dans sa robe à pois, si lumineuse avec ses beaux cheveux blonds. Silvio la trouvait trop grosse mais je m'en moquais de son avis. Surtout que lui, avec son gros bide et ses bras courts, il n'arrivait qu'à impressionner les gamines du bac à sable. Vladimir n'avait pas d'avis sur la chérie de mon cœur. Lui, les filles ne l'intéressaient pas. Son truc, c'était la bagarre avec les bridés, les gars des quartiers Sud et tous ceux qui ne voulaient pas suivre sa loi.
— Explique nous ton plan, Gordon, demanda Angela.
— Dans mon pays, il existe une tradition appelée Halloween, commença Gordon. Nous fêtons la veille de la Toussaint, la fête des Morts pour vous les grenouilles catholiques, en allant chez les gens à la tombée de la nuit, déguisés en monstres ou en personnages effrayants, afin d'obtenir des bonbons. Ce sont en général les petits qui le font. Ils leur disent « Un sort ou une friandise ! » et ils leur donnent des chocolats, des guimauves enfin pleins de gourmandises.
— Et c'est quoi le rapport avec les grands ? Nous, on va piquer des loukoums chez les épiciers du coin et c'est pareil, dit Silvio.
— Eh bien c'est simple, expliqua Gordon. Une fois que l'enfant a ramené un sac rempli de bonnes sucreries, il est considéré comme un grand.
— Ouais, je me rappelle de mon premier Halloween, ajouta George. J'étais déguisé en Joker et j'ai raconté des tas de blagues sur les Mexicains et les Noirs.
— Et tu es allé chez les grands ?
— Non mais j'ai fait rire tout le quartier.
— C'est pas mal, admit Angela. Je crois que c'est un bon moyen de vous réconcilier. Qu'en pensez vous, les petits ?
— D'accord, dis-je.
— Pourquoi pas ? C'est marrant, avoua Vladimir.
— Pareil, répondit Silvio.

Fidèle à sa réputation d'adjudant en jupons, Angela avait organisé la soirée d'Halloween et elle avait même cousus nos déguisements. Vladimir avait choisi une tenue de Dark Vador ; il avait seulement remplacé le sabre-laser par une barre à mine. Silvio avait demandé un truc compliqué ; il voulait se déguiser en créature grecque avec de grandes cornes de bouc et une petite barbe pointue. Moi, j'avais assuré le coup avec un costume de Lucifer.
Il ne restait plus qu'à choisir un pâté de maisons pour chacun. George et Gordon avait bien eu des idées mais Angela ne leur avait pas fait confiance. Elle avait décidé pour nous, sans appel possible.
— Vladimir, tu vas prendre le bloc de la maison des Pétrossian. Ils ont les moyens et je sais qu'ils te donneront des bonbons si tu sais bien les prendre.
— Tu fais chier, Angela, c'est blindé d'Arméniens, de Géorgiens et d'autres émigrés du Caucase, râla Vladimir. Mes parents ne veulent pas que je leur adresse la parole.
— Tu n'as qu'à rien leur dire, conseilla Silvio.
— Ouais, c'est ce que je fais avec les miens, rajoutai-je. S'ils savaient tout, j'en aurais ramassées des fessées.
— Nicolas, ce n'est pas bien de mentir à ses parents, gronda Angela. Moi je ne mens jamais.
— Ce n'est pas un mensonge, j'oublie des trucs c'est tout, dis-je. Je ne suis pas un arracheur de dents comme George, moi.
— Prouve le, répliqua George.
— Tut tut tut, on se calme les garçons, cria Angela.
— C'est lui qui a commencé, pleurnicha George.
— Revenons à nos moutons, proposa Angela. Silvio, tu vas prendre le coin opposé à celui de Vladimir, à partir de l'immeuble des N'GourouGourou.
— Ah non, pas ça ! Il paraît qu'ils bouffent des enfants le soir en chantant des machins vaudous et en saignant des poulets, protesta Silvio.

On n'était pas arrivé avec ces deux casse-pieds. Vladimir et Silvio n'aimaient pas les étrangers et leurs parents non plus, ni le reste de leur famille d'ailleurs. Pourtant, dans ce quartier, nous venions tous de pleins de pays différents et nous arrivions à nous entendre. Certes, il y avait pas mal de bagarres entre gamins, surtout depuis l'arrivée de George et de Vladimir mais les adultes nous ramenaient dans le droit chemin et avec deux « Pater » et trois « Je vous salue Marie » tout rentrait dans l'ordre.
Moi, mes vieux me laissaient tranquille sur le sujet : mon papa Jacques disait toujours « ça m'en touche une sans faire bouger l'autre ! » et ma maman Bernadette croyait en Jésus-Christ Fils de Dieu Notre Rédempteur, entre deux séances à refaire ses cheveux.
— Et moi, j'ai quel secteur ?
— Toi mon Nicolas d'amour, je t'ai réservé celui qui commence à la baraque des Ceausescu.
Autant dire que j'avais pris sur moi. Je détestais ces Roumains et leurs potes les Albanais, les Moldaves, les Turcs et je vous passe les Chypriotes. Comme je ne voulais pas entendre Angela me crier dessus, j'avais cousue ma bouche et joué à motus.
— Maintenant que nous sommes tous d'accord, dit Angela, vous avez deux heures montre en main pour revenir chez moi avec le fruit de votre travail. George, Gordon et moi nous procéderons au contrôle des sacs de bonbons.
— Oui, Angela !

Repenser à ce premier Halloween me donnait des frissons dans le dos. C'était comme revenir dans le Jardin d’Éden avant que Kaa ne morde Mowgli pour lui voler ses bananes. Depuis cette soirée, plus rien n'avait été comme avant. D'ailleurs, mes parents m'avaient puni et j'avais du déménager, ainsi que Silvio. Seul Vladimir était resté et il avait même fait venir son cousin Dimitri.
Qu'est-ce qui avait cloché ? Je me poserai cette question toute ma vie.
Pourtant nous avions bien ramené chacun une poche bourrée de sucreries et Angela nous avait déclarés vainqueurs de la difficile épreuve d'Halloween. George et Gordon avaient été bluffés par nos résultats. Nous avions vraiment assuré sur ce coup.
Vladimir n'avait pas eu besoin de raconter de blagues. Il avait seulement défoncé la tête des Pétrossian et de leurs voisins à coups de barre en fer. Résultat : il était revenu avec une caisse complète plus des bouteilles de champagne et même des lingots d'or.
Silvio avait eu plus de mal. Les N'GourouGourou étaient pauvres alors ils avaient préféré écouter ses blagues de fesses plutôt que d'aligner les bonbons. Au bout de deux heures, Silvio était essoré et Vladimir avait du l'aider pour réunir le minimum exigé par Angela.
Quant à moi, j'avais tellement de bagout que j'avais persuadé les Albanais de s'allier avec les Moldaves pour aller casser du Roumain, en invoquant un trésor caché chez les Ceausescu. J'avais eu le nez creux car il y avait bien un pactole au fond du jardin et aussi dans la cuisine où des filles nues mettaient de la farine dans des sacs en plastique pendant que d'autres comptaient des billets de banque. J'en avais profité pour piquer des dragées multicolores planquées dans un placard mural. Elles avaient un goût bizarre mais elles donnaient la pêche pendant des heures. D'ailleurs, entre ça et la farine que j'avais ramenée, on s'en était gavé avec Vladimir et Silvio les jours suivants.

George nous avait accepté dans le groupe des grands. Gordon avait suivi, contraint et forcé. Angela avait même proposé de fêter notre réussite chez elle avec un gâteau bavarois fait maison. Silvio lui avait proposé d'utiliser notre farine et de le décorer avec nos dragées. Quelle bonne idée il avait eu mon Silvio ! Angela et lui avait dansé nus devant nous tandis que George tapait sur le sol avec ses santiags, que Gordon essayait de toucher son nez avec son coude, que Vladimir vidait la réserve de liqueur des grands-parents d'Angela et que je poussais la chansonnette. Je ne me rappelais pas la fin mais on avait bien rigolé.
Le lendemain, mes parents me filaient une bonne fessée et ils m'envoyaient dans un institut spécialisé. Quand je demandais pourquoi, ils me répondaient : « Halloween ». Depuis, il ne fallait plus me parler de cette fête, ni à Silvio, à George ou à Gordon, tous punis pour la même raison.

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Auteur Commentaire en débat
couscous
Posté le: 02-11-2014 07:17  Mis à jour: 02-11-2014 07:17
Modérateur
Inscrit le: 21-03-2013
De: Belgique
Contributions: 3218
 Re: Le premier Halloween du petit Nicolas
En voilà une belle histoire d'enfants promis à un grand avenir politique avec de telles prédispositions !
Tu as un don pour caricaturer tes personnages et les rendre plus sympathiques que dans la réalité.
Une histoire d'Halloween bien sympathique même si elle ne fait pas flipper... Quoique.

A quand les histoires du petit François ?

Merci mon Donald.

Couscous
Donaldo75
Posté le: 02-11-2014 11:41  Mis à jour: 02-11-2014 11:41
Plume d'Or
Inscrit le: 14-03-2014
De: Paris
Contributions: 1111
 Re: Le premier Halloween du petit Nicolas
Merci Couscous.
Cette histoire ne fait pas frissonner et c'est pourquoi elle n'est pas incluse dans le défi.
Je suis en train d'écrire une autre histoire, sans Nicolas et Vladimir nos amis maîtres du monde, plus proche de nous pauvres citoyens d'un monde régi par les illusions télévisées.
Je n'imagine pas François petit mais je le vois bien dans le village de Oui-Oui, avec un bonnet rose et ses potes Jean-Marc, Jean-Luc, Jean-Vincent et les autres. Un de ces quatre je vais devoir l'y coller.
A bientôt ma colorieuse de Hurlu,
Donald
Mes préférences



Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
.

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