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Essais confirmés : Respecter et être respecté
Publié par dominic913 le 05-12-2014 15:32:24 ( 529 lectures ) Articles du même auteur
Essais confirmés



J'ai toujours eu l'intime conviction que le respect était lié à la réciprocité : je te respecte, donc tu me respecte. Je suis, certes, différent de toi par mon aspect, par mon origine, par ma couleur de peau, par mon handicap, par mon origine sociale, par mes centres d’intérêts, par ma sensibilité, etc ; tu es différent de moi pour les mêmes raisons. Pourtant, malgré cela, rien ne nous oppose l'un à l'autre ; et ce que tu es, ce que tu aime, ta vie, ton passé, ton présent, ton avenir, ton parcours, tes projets, tes rêves, tes espoirs, sont aussi importants que les miens ; mais, aussi, les miens sont aussi importants que les tiens.
Cette conviction ancrée au plus profond de ma personnalité, de mon âme et de mon cœur, je l'ai depuis longtemps. Et pourtant, elle a été souvent malmenée. Durant mon enfance, mon adolescence, ma vie d'adulte, elle a souvent été remise en cause. Et aujourd'hui encore, malgré tous mes efforts pour faire entendre ma voix, malgré mes tentatives répétées pour que la personne pleine et entière que je suis sois respectée à sa juste valeur, en bien des occasions, ce précepte n'est pas entièrement suivi d'effet.
Combien de fois m'a t'on rabaissé parce que ce que je disais ne correspondait pas au discours officiel en vigueur ? Combien de fois m'a t'on humilié, rejeté, moqué, parce que, physiquement, mon handicap était une insulte aux individus que j'étais amené à croiser quotidiennement ? Combien de fois a t'on exigé de moi que je taise mon opinion, mes connaissances, mes expériences, pour laisser la place à ceux et celles qui se considéraient au-dessus de moi ? Combien de fois a t'on juger comme insignifiantes mes paroles, mes pensées ; comme indignes d’intérêt ce que je suis ou ce que je vaux. A tel point que, lorsque j'étais encore adolescent et que je vivais toujours avec mes parents, mon frère et ma sœur, un jour, ma grand-mère m'a demandé : "Mais, Dominique, qu'est ce qui t’intéresse ?" Je suis resté sans voix, figé sur place. Qu'allais-je lui répondre ? Que je me passionnais d'Histoire, de Mythes, de Légendes, de Philosophie, d'Art, d'Archéologie, d'Astronomie, d'Informatique, de Littérature, etc. ? Bref, tout ce qui fais de moi l'homme que je suis, ce sur quoi j'ai bâti mon existence depuis mon adolescence, qui m'a aidé à surmonter toutes les épreuves et les souffrances que la vie m'a infligée ? A l'époque, je me souviens, je travaillais encore à la Bibliothèque Nationale. J'ai préféré me taire, car j'ai immédiatement réalisé qu'elle ne comprendrait pas le sens de ma réponse. Car ma grand-mère, comme la plupart des membres de ma famille proche, ne sont pas des "intellectuels" ; en tout cas, pas de la même manière que moi.
Chez nous, il y a toujours eu beaucoup de livres. Nous avons toujours possédé des centaines ou des milliers de livres. Et c'est mon père qui m'a initié - sans le vouloir - à la passion de l'histoire, des mythes et des légendes dès mon enfance. Je me rappelle qu'à une époque, le soir, tandis que nous mangions, il nous racontait des épisodes de l'Histoire de France ; il m'a aussi offert une certain nombre d'ouvrages sur les mythes et légendes du monde entier. Par contre, contrairement à moi, cela n'a jamais été une véritable passion, un univers dans lequel ils se sont plongé avec la délectation, le plaisir suprême, la sublime excitation qui est la mienne lorsque je me plonge dans les pages d'un livre. Je dois en outre souligner que cet imaginaire qui s'est offert à moi dès cette époque a été ma seule planche de salut lorsque les véritables duretés de la vie se sont accumulées au fil des années suivantes : séparation de mes parents, mort de mon petit frère, hospitalisations répétées dues à m"es crises de convulsions rattachées à la maladie de Sturge-Weber dont je suis le porteur, isolation du fait de ce handicap et de ma tache de naissance de la part de mes camarades de classe, difficultés d'insertion dans la vie active pour les mêmes raisons, trahison de la part de certaines personnes que je croyais mes amis, désillusions amoureuses à répétition, opérations de chirurgie esthétique ayant entraîné des douleurs physiques et psychologiques terribles... je ne peux tout détailler ici en quelques lignes, il me faudrait un livre entier pour décrire le parcours chaotique qui a été le mien jusqu’à aujourd'hui. En tout cas, l'univers livresque qui a été le mien lors de cette période et ensuite, et qui s'est élargi considérablement lorsque je suis entré à la Bibliothèque Nationale pour y effectuer mes recherches personnelles dans tous les domaines de compétence que sont les miens, m''a plus d'une fois sauvé la vie. Je suis persuadé que si je n'avais pas eu cette passion chevillée au corps, plus puissante que toutes les souffrances physiques, morales, psychiques, professionnelles, intimes, qui ont en permanence jalonné mon parcours personnel, il y a longtemps que la folie ou la mort se seraient emparées de moi.
Comment expliquer à quel point cela a été vital pour moi à ma grand-mère ou aux autres membres de ma famille. Pour eux, l'essentiel de leur existence se trouve ailleurs. Ils sont hermétiques à tout ceci. Eux qui estiment que la réussite sociale, que le fait d'être financièrement aisé, que le bonheur est conditionné à l'emploi que l'on occupe, au prestige que ce dernier diffuse, ont toujours été - et sont toujours - hermétiques aux valeurs auxquelles j'ai adhéré en m'ouvrant aux Connaissances et aux Savoirs "intellectuels". Ils n'ont jamais réalisé à quel point ils m'ont sauvé la vie, ils ont préservé ma santé mentale, un nombre incalculable de fois. D'un autre coté, il est vrai également qu'ils ont exacerbé ma sensibilité, mon émotivité, mon imaginaire personnel, ma soif d'apprendre, de comprendre. Et cela non plus, ils ne s'en sont jamais rendu compte. Ou si peu que cela ne vaux pas la peine d'être évoqué.
Je me souviens d'une autre anecdote qui m'a particulièrement marqué, parce qu'elle montre ce que je considère ce manque de respect à mon égard, puisque c'est de cela dont il est question principalement dans ce texte. Ce jour là - mon petit frère Aymeric était encore vivant à cette époque -, nous étions tous réunis à table pour déjeuner. Il se trouve qu'un lien très fort m'unissait à Aymeric. C'était le seul membre de la famille, à ce moment là, avec lequel je pouvais me dévoiler tel que j'étais réellement. Nous n'avions pas forcément toujours les mêmes centres d’intérêt. Il adorait le football et le catch américain ; je n'appréciais pas ces sports. Je n'aimais d'ailleurs pas le sport en général depuis que j'avais été traumatisé durant ma prime enfance à ce sujet. Ma mère étant une passionnée d'équitation, et estimant qu'une activité physique était salutaire pour notre santé, elle nous a initié à ce sport. Et autant ma sœur s'est immédiatement prise de passion pour l'équitation, autant moi je n'y ai pas adhéré. Pire encore : ma mère insistant, m'emmenant de force au centre équestre - elle n'avait pas le choix puisqu'il n'y avait personne pour me garder à la maison, mon père travaillant toute la journée -, j'ai vécu chaque séance comme une véritable torture psychologique, comme un traumatisme en profondeur dont je ne me suis jamais véritablement remis. Au point qu'aujourd'hui encore, dès que quelqu'un essaye de me forcer d'une manière ou d'une autre à participer à une activité physique, j'en ai les larmes aux yeux. Je sens une onde de malheur et de souffrance m'envahir instantanément, et j'ai le sentiment de subir un violent "viol intérieur" de ma personnalité, de ce que je suis au plus profond de moi.
En tout cas, pour en revenir à l'anecdote concernant ma famille, et mon petit frère en particulier, nous étions assez différents. Malgré tout, un certain nombre de choses nous rapprochaient. Nous aimions le cinéma, les jeux vidéos - combien de parties sur consol ou sur ordinateur avons nous partagé, je ne saurai le dire. Combien de fois, lorsque Aymeric était encore un gamin de cinq ou six ans, j'ai passé d'heures avec lui dans sa chambre, à jouer avec lui et ses peluches ou ses jouets d'enfants. Il est, très tôt, né, une profonde complicité entre nous. Quant à Aymeric, de son coté, je sais qu'il était très fier que son grand frère sois un "créatif", qu'il écrive des histoires pour jeux de rôles - j'étais alors en pleine période "jeux de rôles". Il s'y intéressait vraiment ; il a même joué plusieurs fois avec moi à des jeux de rôles. Il n'hésitait pas non plus à le proclamer devant ses amis et ses connaissances. Et à cette époque également, il a été le seul à défendre mes choix de vie concernant le fait que je veuille devenir écrivain. Car le reste de ma famille essayait de me convaincre que ce n'était qu'un loisir, et que je devrais plutôt m'investir, comme ma sœur, dans un "vrai" travail" qui me rapporterait assez d'argent.
De fait, ce jour là, donc, à table, Aymeric et moi discutions de sujets qui nous préoccupaient à ce moment là. Certainement une partie de jeu vidéo à laquelle nous nous adonnions. Sans faire exprès, nous avons dû être un peu trop bruyants ; car nous riions probablement. Ce qui, je dois le souligner, ne m'arrivait jamais en temps ordinaire. Car jamais je ne me sentais détendu, respecté, accepté dans mes choix ou mes passions, au quotidien. Il n'y avait qu'avec Aymeric que je pouvais me permettre de me laisser aller ainsi. Quand, soudain, la voix tonitruante de mon père s'est élevée du bout de la table. Et, tel un patriarche, il s'est exclamé : "on ne s'entend plus parler ; on n'entend même plus le son de la télé. Dominique, tais toi, cela ne nous intéresse pas.". Et, évidemment, je me suis aussitôt tu, puis replié sur moi même jusqu’à la fin du repas.
Combien de fois, cette scène s'est répétée au fil des années, je ne saurai le dire. Peut-être pas avec autant de véhémence que cette fois là. Mais, à force de me l'entendre répéter, j'ai appris à me taire, à me replier sur moi mème en famille, à ne pas me sentir à ma place dans les réunions familiales. Après la mort d'Aymeric, cela a été encore pire. La seule personne qui me soutenait, qui me comprenais, qui m'acceptais et qui me respectais, avais disparu. Si j'ai aussi violemment ressenti la mort de mon petit frère, c'est aussi parce qu'à partir de ce moment là, j'ai réalisé que je serai désormais véritablement seul au sein de ma famille. Je me suis senti orphelin, abandonné, dans un monde où ce que je représentais, le chemin de vie que j'avais commencé à emprunter, était nié, caché, honteux. Désormais, je ne serai plus respecté. On me demanderait systématiquement de taire mes sentiments, mes souffrances, mes blessures, mes centres d’intérêts, mes passions, puisqu'ils étaient considérés comme négligeables, source d'embarras, de gène ; ils n'étaient ni honorables ni valorisants.
Aujourd'hui, j'ai fait du chemin. Dans mon for intérieur, je sais ce que je vaux. Je sais que ce que je porte en moi est intéressant, passionnant, valorisant, respectable et honorable. L’intérêt que des personnes que je ne connais que grâce à Internet portent à mes écrits - nouvelles, romans, poèmes, pensées, souvenirs, etc - me prouve chaque jour que je peux être respecté pour mes passions, mes rêves, mes espoirs, mon imaginaire, mes connaissances, etc. Mais il a fallu longtemps avant que je m'autorise à y croire. Il a fallu des années pour que j'ose, tout doucement, sortir ce que j'ai au fond de mon âme et de mon cœur. Et encore, c'est timidement que je me dévoile. Il n'y a que par les textes que j'écris que je me permets de me montrer tel que je suis en vérité. Car, dans la réalité, bien que je sois un adulte, lorsque je me retrouve dans ma famille, ce poids pèse sur mes épaule comme une masse de plomb dont je ne parviens pas à me libérer. Pire encore : lorsque je m'autorise, exceptionnellement, à m'en décharger, les membres de ma famille qui m'entourent me remettent immédiatement à ma place.
Et c'est là ou je voulais en venir avec mon bref exposé sur le respect. Dans ma famille, on m'a toujours enseigné le respect des plus anciens. On m'a martelé que les plus jeunes - moi en l’occurrence - devaient se soumettre par respect à nos aînés. Qu'il ne fallait surtout pas les perturber. Qu'on n'avait uniquement droit à la parole qu'ils nous autorisaient à avoir ; qu'il fallait se laisser juger par eux, et que les sujets, les centres d’intérêts, les passions, les conversations, qu'ils ne voulaient pas entendre, il ne fallait pas perturber leur tranquillité et leur prééminence dû à leur age avec.
Je m'y suis toujours soumis, parce que je respecte profondément chaque membre de ma famille, et les plus anciens d'entre eux particulièrement. Pourtant, je souffre énormément. Je me sens isolé, malheureux, triste, abandonné, ignoré, lors de chacune de nos réunions de famille. Les membres de ma famille s'étonnent et s'indignent que je rechigne à rester parmi eux lors des apéritifs et des dîners interminables ou discussions s’enchaînent à l'infini. Ce qu'ils ne voient pas, ce qu'ils ne comprennent pas, ce qu'ils n'admettent pas, c'est que, pour toutes les raisons que je viens d'exposer précédemment - et tant d'autres que je n'ai pas évoquées -, je ne m'y sens pas respecté. Or, paradoxalement, je m'entends très bien, avec ma mère notamment, au quotidien : nous sommes complices et des tas de choses nous rapprochent. Mais, lors de ces réunions de famille, tous les membres de ma famille me contraignent, par un geste, un mot, un froncement de sourcils, à me plier à leurs exigences pour qu'ils puissent en profiter pleinement. Et moi, je me sens oublié, non respecté, humilié parfois, et je deviens dès lors apathique, vide, amorphe. Je n'attends qu'une chose, c'est de pouvoir retourner à mes écrits, à mon ordinateur, puisque c'est le seul lieu où je peux me dévoiler tel que je suis réellement, au contact de personnes avec lesquelles je peux communiquer, partager, échanger.
Évidemment, cela ne m’empêche pas d'aimer chacun d'eux avec ferveur, tendresse, passion parfois. J'aime leur compagnie, j'aime leurs personnalités, leurs différences, leurs parcours, et bien d'autres choses encore. Je les respecte et les apprécie du plus profond de mon âme et de mon cœur. Parfois, ils me manquent terriblement, et je pense à eux très souvent. Finalement, je souhaiterais juste être respecté par eux autant que je les respecte....

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Auteur Commentaire en débat
Iktomi
Posté le: 06-12-2014 14:37  Mis à jour: 06-12-2014 14:37
Modérateur
Inscrit le: 11-01-2012
De: Rivière du mât
Contributions: 682
 Re: Respecter et être respecté
"Qui veut du respect s'en procure", il n'y a pas à sortir de là.

Merci pour ce beau texte empreint de sincérité.
Mes préférences



Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
.

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