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Nouvelles confirmées : Trois solutions
Publié par Loriane le 28-05-2019 12:00:00 ( 803 lectures ) Articles du même auteur
Nouvelles confirmées



Trois solutions

Après l'effervescence de l'hôtel qui bourdonna toute la matinée comme une ruche enflammée, le silence dans le car qui roulait vivement sur le tarmac, pesait sur Langdarma et sur tous les occupants debouts, raides et tendus autour de lui.
Le congrès de la FAO venait de prendre fin brutalement et de manière angoissante. 
Les intervenants et spécialistes de tous crins avaient repris leurs documents, clos vivement les débats et les conclusions pour mettre fin à toutes discussions.
Sans que rien ne le présage, une épidémie de fièvre brutale venait de faire cinq morts en deux jours, cinq décès en pleine séance, sans qu'aucun diagnostic sûr ou rassurant n'intervienne dans les esprits soudain échauffés.
C'est ainsi que ce matin là au réveil, en quelques heures seulement, les hôtels furent vidés, les avions pris d'assaut et la fuite fut entérinée après coup, par une décision sanitaire officielle qui décida l'arrêt immédiat de la conférence internationale qui venait de ce coup d'avorter.
Ils avaient tous courus dans les hôtels, fermés leurs valises et ce fut la bousculade dans le hall de l'aéroport, où chacun voulait trouver un vol aussi rapidement que possible.
Chacun fuyait et rentrait chez lui sans délai.
Depuis plusieurs jours, se déroulait le congrès mondial contre la faim.
L'ACF, la FAO, les ONG, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, créée en 1945 afin de lutter contre la faim dans le monde, avaient réuni une fois encore les 169 pays membres pour tenter de secourir aussi efficacement que possible les pays des caraïbes et ceux d'Amérique du sud. 
Après des années de déficit alimentaire dus en parti aux conditions climatiques inquiétantes, la situation exigeaient des mesures financières drastiques pour le monde entier.
Ce concept de "monde entier", cette conscience d'appartenir tous à un seul univers, l'UNESCO tentait par ses actions de le construire, de congrès en assemblées, de meetings en conférences ou en séances. Chacune des délégations invitées tentait par son action de faire naître, tout d'abord dans les esprits de chacun, puis dans les actions, la solidarité salvatrice.

Durant une semaine Langdarma avait joint sa bonne volonté et côtoyé quotidiennement ses voisins de toutes cultures et de toutes nationalités.
Dans l'aéroport désorganisé, le car venait de s'arrêter au pied de la passerelle tirée en urgence, pour subvenir au manque de terminaux disponibles.
Debout devant Langdarma se tenaient des visages de personnes croisées dans les salles de réunions ou entrevus au restaurant du congrès.
De profil le visage fermé, se trouvait cette femme élégante, en tailleur, et qu'il avait toujours vu le nez dans un bouquin. Il ne saura jamais si elle était anglaise, américaine ou Allemande, il n'y avait pas prêté beaucoup d'attention. 
Sur un coup de frein du car, l'inconnue manqua de tomber sur son voisin, un africain grand et maigre. Langdarma, avait déjà remarqué cet homme souriant, les lunettes au bout du nez et le téléphone toujours à l'oreille. Pour l'avoir lu sur son badge il savait que son nom était Mammadi, mais c'est tout ce qu'il savait de lui.
Nous avons tous étaient réunis pendant plusieurs jours, et malgré tout nous nous connaissons si peu, se dit-il !
Le départ précipité n'avait pas permis de choisir ses réservations, et cela provoqua un grand désordre, les avions se remplissaient en réunissant des gens sans liens les uns avec les autres, sans affinités.

Langdarma, assis, les yeux fermés pensait intensément à son futur.
Il ressentait brûler en lui une angoisse sourde.
Cette épidémie lui faisait peur, bien évidement. 
Il se contraint à respirer profondément, avec le nez, il tentait une attitude yoggi. Seul, tendu il faisait dans le silence de l'avion, une introspection, et son auto critique.
Il se sentait coupable de ne pas savoir mieux résister à la peur, à la souffrance de son esprit. Il se devait de faire preuve de plus de contrôle.
Une épreuve lui était envoyée et il ne savait pas la recevoir avec sérénité.
La maladie et la mort qui rôdaient l'effrayaient autant que si il n'avait jamais reçu l'enseignement de son cher maitre, le Guru Rinpoché descendant des honorables Yarlung. 
Il en conçu une telle honte, qu'il ne savait plus si son malaise était dû à la peur ou aux premières attaques de la maladie.
Tant d'années de prières, de formation, d'apprentissage, d'exercice pour lâcher prise. Il se répétait à mi voix :
"Tout ce qui est venu à l'existence résulte de conditions, de volitions, de l'interdépendance. Tout cela est impermanent. Tout ce qui est impermanent est insatisfaisant. Tout ce qui est insatisfaisant n'est pas moi, n'est pas mien, n'est pas un "soi".
Il avait, donc sottement oublié tous les enseignements de bouddha et ses quatre nobles vérités qui sont à l'origine du bouddhisme: 
"la vérité de la souffrance ou de l'insatisfaction inhérente, 
la vérité de l'origine de la souffrance engendrée par le désir et l'attachement, 
la vérité de la possibilité de la cessation de la souffrance par le détachement, entre autres, et finalement,
la vérité du chemin menant à la cessation de la souffrance, qui est la voie médiane du noble sentier octuple ".
Il se sentait coupable d'être si angoissé, et si angoissé de se savoir coupable.
Il ne savait pas gérer sont propre véhicule, et sa propre faiblesse était l'origine de son désarroi, sa faiblesse lui faisait tort, il se faisait lui même du mal.
Il devait fortifier son chakra, ressourcer au plus vite, son esprit perdu, il devait apprendre à se secourir lui-même et retrouver son énergie endormie.
Dés son arrivée, si la fièvre ne s'empare pas de lui avant, il ira en pèlerinage à Lhassa et au Mont Kailash.
Il ira se purifier pour se fortifier, et effacer son erreur pour retrouver le lien avec la divinité.
En rentrant au pays, il se rendra au temple Jokhang, ce temple sacré et ancien, vieux de 1500 ans qui est le lieu d'origine de la religion de son cher Tibet. Il ira honorer l'imposante statue sacrée de Bouddha, le Jowo. Il l'avait déjà aperçue de loin, tant elle est immense. 
Avec la foule de pèlerins qui se réunissent chaque année le quinzième jour du quatrième mois lunaire, il fera le tour du temple en psalmodiant des mantras, puis dans la cour du temple il fera ses offrandes, il le sait l'attente sera longue. 
Puis il se rendra au Saga dawa, à Tarboche, au pied du mont Kailash. Comme chaque année, la veille de la pleine lune, l'ancien mât de prières, sera détruit. Après que le vieux mât fut mis en pièces, il en emportera un morceau, il enroulera son trésor, dans son drapeau de prière. Il ira commander ses nouveaux drapeaux de prières, les choisira aussi beaux et colorés que possible.
Après quoi, dans le silence et le recueillement, il participa à la pleine lune, à la mise en place du nouveau mat sacré, couvert de morceau de fourrure et hérissé des drapeaux de prières que les pèlerins apporteront avec eux, et lorsque celui-ci tiré avec effort par les pèlerins, enfin sera dressé, droit dans la bonne position, il criera pour joindre sa voix à la clameur d'allégresse de tous, moines et pèlerins réunis, puis tous ensemble, agiterons leurs drapeaux.
Puis le lendemain pour la célébration, ils iront par milliers faire la marche initiatique autour du mont sacré, il marchera en priant pendant cinquante et un kilomètres.
Cette évocation avait pris une telle précision, une telle acuité qu'il se sentit revenu chez lui, il était dans sa vie, dans son univers, maintenant rassuré, rasséréné. sa respiration était calme.
Les pieds dans ses croyances, dans ses racines, il avait une solution.
Pour un quelconque observateur, il paraissait serein, il offrait un visage détendu, si impassible. 




Mammadi le téléphone dans la poche, les écouteurs aux oreilles, écoutait la musique, il s'abrutissait de bruit.
Il avait peur du décollage, mais il était soulagé de repartir.
Les morts d'hier l' avaient tant ébranlé qu'il se sentait dans un état de tension insupportable. A cette peur qui le terrifiait se mêlait une colère sourde.
Pourquoi était-il dans ce piège ? 
Une semaine avant son départ, la représentation de son pays était incomplète à la suite d'une défection d'un collègue, il accepta de le remplacer et le voici qui était maintenant en danger.
Partir, très vite, retourner vite au près des siens. Il fallait au plus vite qu'il se sauve, qu'il rentre chez lui.
Dès qu'il posera le pied sur sa terre il saura ce qui doit être fait.
Bien sûr il ira à l'hôpital consulter le médecin, mais sa peur lui disait que cela ne lui permettrait pas d'être rassuré.
Un mois plus tôt la cousine de sa mère était morte d'une fièvre terrible et de saignements juste après que lui, avait été également malade.
Il revoyait le visage torturé de la vieille femme à la veille de sa mort, elle hurlait et l'avait accusé, lui de lui avoir donné son mal, parce qu'il avait posé sa main sur sa tête, à plusieurs reprises...
Le marabout avait tenté de la soulager en vain, mais les esprits Bori étaient en elle et elle mourut dans la souffrance en quelques jours, en le maudissant.
Elle avait eu des funérailles, des chants, des danses et des prières, mais des funérailles simples, pas de double funérailles.
Le clan, les alliés et lui-même n'avaient pas respecté la morte. Aujourd'hui Mammadi, se battait contre ses pensés mais il en était convaincu, l'esprit de sa parente décédée n'avait pas été accompagné dans l'au-delà et elle n'avait pas pu assumer sa nouvelle essence spirituelle. Elle n'avait pu accéder au rang d'ancêtre et être apaisée. 
Il refusait de croire et pourtant au fond de lui, il savait que l'esprit de sa tante était mal disposé à son égard, il sentait sur lui le baron samedi roder. 
Au village, on ose de moins en moins pratiquer ces cérémonies, la loi surveille avec plus ou moins de sévérité, depuis que la loi interdit la magie ou les rites jugés comme tels.
Au pays le code pénal, dans son article 251, réprime les pratiques de sorcellerie :
« Est puni d'un emprisonnement de deux à dix ans et d'une amende de 5 000 à 100 000 francs celui qui se livre à des pratiques de sorcellerie, magie ou divination susceptibles de troubler l'ordre ou la tranquillité publique, ou de porter atteinte aux personnes, aux biens ou à la fortune d'autrui même sous forme de rétribution. »
Mais qui changera, ses certitudes séculaires devant la peur atavique de la mort ?
Mammadi sur son siège sentait que sa peur le faisait transpirer et il croyait bien que la fièvre s'emparait de lui. Il en appelait à son animal totem; Il se réfugiait dans ses racines, seules capables de calmer ce qu'il ressentait comme une malédiction jetée sur lui.
Au diable les interdictions, après le dispensaire médical, il ira tout droit voir le marabout pour une cérémonie.
L'homme saura, mener les jeûnes, et les sacrifices nécessaires.
Il fallait se réconcilier, recréer le lien avec les Ngomas et surtout les Ngomas cia aciari, c'est à dire les ancêtres immédiats, ceux qui disposent des plus grands pouvoirs.
Après le diagnostic de l' inyanga, le guérisseur saura ce qui doit être fait. Celui-ci préparera les gris-gris efficaces et conjurera le mauvais sort, dont il était victime.
La cousine de sa mère, se voyant perdu, avait fait appel à une vieille femme qui se disait Sangoma( devin), alors qu'elle n'était qu'une maudite thakatha(sorcière).
Pour le guérir, Il trouvera un arbre pour prendre son mal, les femmes s'habilleront de rouge et noir, comme dans les fêtes anciennes. On sortira toutes les coiffures, et les costumes de cérémonie, et tous les masques y compris ceux qui sont si effrayants, 
Pour le quimbanda, on sacrifiera des pigeons, des poules noires, des chèvres et des moutons, un bouc noir, et devant la gravité du risque si le quimbada le justifie, on sacrifiera un taureau. 
On pourra aussi, tuer un coq noir à un carrefour, pour en mettre dans un vase les membres que l'on souhaite voir blessés chez la personne qui lui a jeté ce sort.
Un serpent présidera la cérémonie, dans l'odeur de l'encens, dans les cris, les chants accompagnés des tambours, les femmes ou des hommes entreront en transe et ils jeûneront toute la journée, jusqu'à l'arrivée de la nuit, et l'apparition de la pleine lune.
“Nous sommes éduqués à croire et non à savoir. La croyance peut-être manipulée. Seul le savoir est dangereux.”
Cette sentence qui avait bercé son enfance lui revenait.
Ces pensées, ces projets, et ces promesses devaient le rassurer mais il se sentait Incapable de rester calme, il regarda sa voisine qui parlait au téléphone.




Martina avait comme lui, l'air très inquiet et tendu.
Elle parlait en Anglais avec vivacité, elle se mit à fouiller dans son sac et en sortit son portefeuille.
"Oui, j'ai ma carte, je suis O+,... oui je sais, j'ai de la chance, je suis receveur universel, si il faut une poche de sang, il n'y aura aucun problème...oui, je sais il referont un contrôle sur mon groupe...non, non, je préfère rentrer tout de suite à Cologne...mais non je serais aussi bien soignée qu'à Londres, mais je préfère être près de la maison...tu crois que je serais en quarantaine ? Ah bon, ils vont m'attendre à l'aéroport avec un véhicule fermé ? ... tous les passagers ?...ils seront tous en quarantaine ?... ben dis donc...ils vont m'aimer !... j'aurais une semaine d'examens et de prélèvements, mais quelle poisse ! ... Quelle cata ! Est-ce que le médecin a une idée sur la bactérie qui les a tué ?...une piste ?... ah ! antibios dès ce soir !...Ben t'aurais pas peur toi à ma place ?...oui je sais la peur n'évite pas le danger, mais j'ai quand même une sacrée trouille, j'ai hâte qu'il découvre qui est cette saleté de microbe, ou de virus...déjà ? ah ! les labos ont les souches ? les cultures sont déjà faites ! ...oui, je veux bien, va brûler un cierge, si ça fait pas de bien, ça fera pas de mal... pour la première fois, je suis pressée de voir les médecins, et les couloirs de l'hôpital...oui... oui...mais non, j'ai pris un petit médoc pour me désangoissée, pour l'instant ça va mieux, je me sens plus calme avec mon Lexomil... ben tu sais que j'en ai toujours sur moi, ça m'aide quand le décalage horaire m'empêche de m'endormir...non, je me sens comme d'habitude, ben on laissera faire la science, parole à l'académie ...non rien, je n'ai aucun symptôme, aucun malaise, j'ai pris ma tension, c'est bon ! hummm ! je crois que je m'assoupis, le cachet fait effet ...je vais dormir, nous allons décoller...à toute à l'heure, je t'aime...oui moi aussi je t'aime fort.

Loriane Lydia Maleville

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Les commentaires appartiennent à leurs auteurs. Nous ne sommes pas responsables de leur contenu.
Auteur Commentaire en débat
Bacchus
Posté le: 31-05-2012 15:51  Mis à jour: 31-05-2012 15:51
Modérateur
Inscrit le: 03-05-2012
De: Corse
Contributions: 1186
 Re: trois solutions
La quatrième solution, Loriane ! La bonne !
Tu la connais ?
Elle doit être complexe....
Loriane
Posté le: 31-05-2012 16:40  Mis à jour: 31-05-2012 16:40
Administrateur
Inscrit le: 14-12-2011
De: Montpellier
Contributions: 9066
 Re: trois solutions
La quatrième solution ? La bonne ?
Et la bonne pour tout le monde ?
Je ne sais pas, je ne sais vraiment pas, c'est pour ça que je favorise souvent le doute.
En bonne européenne je reste cartésienne mais, mais... ?
Je ferais certainement plus confiance à l'esprit scientifique et critique mais ... ?
L'esprit critique qui accepte le doute; qui considère que notre connaissance est très limitée et qui reste ouvert à toutes hypothèses nouvelles mais qui n'en fera de certitudes qu'après de rigoureuses expérimentations.
Sur l'irrationnel et les croyances, je ne suis sûre que d'une chose, mais ça j'en suis sûre :
c'est que personne, absolument personne n'a la réponse.
Merci
Salamandre
Posté le: 01-06-2012 06:40  Mis à jour: 01-06-2012 06:40
Plume d'Argent
Inscrit le: 20-05-2012
De:
Contributions: 18
 Re: trois solutions
Moi j'aime ces textes qui nous emmènent un peu loin, en voyage, c'est comme un voyage initiatique mais avec au fond, une histoire.
Mes préférences



Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
.

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