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Nouvelles : Renaissance, Chapitre 7
Publié par AntoneR le 07-07-2012 09:54:59 ( 609 lectures ) Articles du même auteur



Bonjour à tous ! C'est avec un plaisir immense que je partage avec vous ce chapitre, avec la certitude que le prochain sera accompagné des divers liens vers les pages Fnac, Amazon et Chapitre de Renaissance dans sa version publiée...

A très vite et au plaisir de vous lire !!


Les jours qui suivirent les évènements de la Place du Pape, Andy était resté chez lui. Il n'aurait su dire précisément combien de temps il avait passé à ressasser cet après-midi maudit. Si certaines choses n'avaient pas été dites, il n'aurait pas réagi ainsi, mais savoir qu'il n'était rien de plus qu'une mission pour Athéa l'avait dévasté.
Les hématomes récoltés lors de sa chute lui rappelaient d'ailleurs sans cesse cette journée et, par ce biais, les mensonges de son amie.
Cela devait faire cinq jours, peut-être six, qu'il était enfermé dans son appartement, ses volets étant restés clos depuis son retour de chez la jeune femme. Il était à l'abri, dans le noir, loin de tout, loin de quiconque aurait aimé le voir assumer la moindre responsabilité.
Andy était né libre ! Aussi loin qu'il ait pu s'en souvenir, personne n'avait eu de prérogatives sur son libre arbitre ni sur sa volonté. Du moins le pensait-il. Personne ne lui imposerait ses choix, ni même ses actes.
Avec le recul des derniers jours, il s'était posé beaucoup de questions, la plupart restant sans réponses. Il en était arrivé à se demander si, durant ces huit dernières années, Athéa n'avait pas simplement tiré les ficelles de sa vie, le faisant dire, faire, penser et ressentir ce qu'elle voulait. Une longue réflexion le menant à une conclusion simple : même si elle n'avait pas directement agi, elle avait néanmoins réussi, dans une certaine mesure, à influencer de façon considérable une vie qu'elle lui avait laissé croire être la sienne.
Il avait longuement pleuré… Il était nécessaire pour lui de faire le deuil de cette amitié, même si rien n'avait jamais été plus qu'une mission. Ses larmes enfin taries, il ne lui resta plus que ce vide intérieur immense, finalement habité que par une illusion depuis des années...
Non, c'était faux !
Il avait, à une époque été occupé par un homme impossible à rayer de sa mémoire. Andy devait se souvenir de lui, pour ne pas sombrer et rester fier de cette histoire avec l'homme qui avait vraiment changé sa vie.
Les jours passants, il n’avait pourtant pas pu s'empêcher de se remémorer les moments de sa vie les plus intenses, vécus auprès d’Athéa. Ces moments de bonheur, de complicité, de tristesse ou de partage. Mais étaient-ils réels, ou faisaient-ils partie d'une vulgaire mascarade, uniquement destinée à mieux le manipuler et le pousser dans une voie choisie pour lui, des années auparavant ?
Après avoir fait le tour mille et une fois de toutes les questions occupées à le torturer, le jeune Empathe, étrangement, s'ennuya. Alors qu'il n'avait pas vu le temps passer pendant près d'une semaine, il arriva à un moment de sa claustration où les minutes devinrent insupportables, et les heures, des éternités, ajoutant encore au poids qu’il sentait peser sur ses épaules. Le temps ne voulait plus passer, comme suspendu dans l'attente de la décision que prendrait finalement Andy.
L’obscurité devint, elle aussi, étouffante. Éclairé depuis plusieurs jours par la chiche lumière d’une lampe sur pied, le jeune homme se sentit oppressé.
Mais il n'avait pas l'intention de prendre de décision. Tous les Gardiens, toutes les Dun'Am et toutes les Prêtresses du monde ne changeraient certainement pas sa vie.
Il ne céderait pas aux pressions de personnes assez égoïstes pour lui demander de mettre son existence entre parenthèses. Comment pouvait-il seulement l'envisager ? Au nom de quoi devait-il sacrifier sa vie ? Au service d'une cause dont il n'avait jamais entendu parler avant ce jour maudit, par ailleurs.
Il ne se faisait pas d'illusions, bien entendu.
Le discours d'Athéa était clair, au sujet du caractère unique de son don. S'ajoutaient à cela les cauchemars. Andy avait compris bien avant l'intervention de Greid le caractère anormal des rêves qui le hantaient. Le jeune homme avait saisi le message, quand le Gardien avait répondu à sa question...
Il n'en avait d'ailleurs plus fait un seul, depuis l'attaque de la Place.
Les pensées d’Andy se tournèrent vers Jas et les délices goûtés dans ses bras. Cet homme avait transcendé avec puissance l'acte sexuel et le jeune Empathe ne s'en était pas encore remis. Il l'avait vécu comme une communion spirituelle, unissant deux êtres dans un seul et même mouvement. Et même s'il avait l'habitude de tout ressentir plus intensément, du fait de son don, Andy ne l'avait jamais vécu avec autant de passion, de désir et de voracité.
S'il avait pu plonger dans le néant avec Jas, pour le savourer tout entier jusqu'à la fin des temps, sans que jamais cela ne cesse, il ne s'en serait sûrement pas privé, saisissant, au passage, l'occasion de tout oublier de sa vie terrestre et physique.
Ce n'était pas un désir de Mort, bien au contraire. C'était un désir de Vie, plus puissant que n'importe quel instinct, qui l'avait poussé à relâcher toute son attention dans les bras de son amant, lui laissant le loisir de savourer chaque geste, chaque baiser et plus largement, chaque instant passé avec lui.
L'évocation de ce souvenir poussa Andy à sortir de chez lui et à se rendre dans le club où il l'avait croisé, quelques jours plus tôt.
Deux soirs de suite, il fit chou blanc et commençait à désespérer. Le troisième soir, force était de le constater, l'expression consacrée « jamais deux sans trois » allait sûrement se révéler vraie.
Assis sur une banquette d'une propreté douteuse, Andy sortit brusquement de son hébétude. Une main se posa sur son épaule. Plein d'un espoir nouveau, il se retourna, mais perdit tout aussi vite son optimisme en croisant le regard d'un jeune imbécile de première, convaincu d'être un sage.
— Tu danses ? lui demanda-t-il, d'une voix nasillarde insupportable.
— Sur des charbons ardents, peut-être... Avec toi, je ne pense pas ! siffla le jeune Empathe, agacé par l'audace de ce trublion.
Il le connaissait assez bien pour avoir déjà été en conflit avec lui. Une sombre histoire, d'ailleurs. L'idiot avait pensé qu'il lui faisait de l'œil, Andy s'étant en fait contenté de l'observer, le trouvant particulièrement maniéré, à la limite du cliché. Le jeune homme, vexé, avait prétendu qu'un jour où l'autre, Andy lui mangerait dans la main.
Le jeune Empathe n'avait rien répondu, sentant clairement à quel point cet idiot s'était senti humilié, non content d'être déjà la risée de tous les habitués des lieux.
Tournant la tête pour ne plus être en contact avec lui, Andy se retrouva soudain plongé dans un profond mélange d'émotion, où la surprise, le désir, l'excitation, la peur et le soulagement se disputaient la première place dans son corps. Totalement figé, dans un état d'aphasie soudain, son regard s'était immobilisé en une fraction de seconde dans celui de la personne qui s'était assise sur sa gauche sans qu'il l'ait sentie arriver.
Un regard qu'il cherchait depuis trois jours et il était pourtant incapable de dire s'il était ou non satisfait de l'avoir enfin trouvé, pris de court par l’enchaînement abrupt des évènements.
L'espace d'un instant, il demeura immobile. Andy n'aurait su dire si cela avait duré une minute ou une heure. Il venait de se noyer...
Dans le regard bleu électrique de Jas, rivé dans le sien, plein de plaisir, de contentement et de désir.
Le beau brun n'était pas surpris, pour sa part, mais il appréciait tout autant cet instant pour l'avoir sans doute attendu. Ses derniers mots, avant son départ, quelques jours plus tôt, étaient assez encourageants.
Il eut à ce moment-là envie d'être à nouveau appelé mon ange. Plus qu'une envie, c'était un besoin impérieux et vital. Andy avait besoin de savoir, même si c'était illusoire, que quelqu'un avait de l'affection pour lui.
— Je pensais ne jamais te revoir ! lâcha Jas, son sourire si chaleureux illuminant son visage dans une salle pourtant obscure.
Dans ce monde de luxure et de perversion, cet homme avait su conserver ses allures d'Ange et si la beauté de Greid était indéniable, celle de Jas était frappante par sa présence, son charisme et sa bestialité. Lui qui, une fois dans un lit, se révélait le plus tendre et le plus parfait des amants, dégageait une telle virilité et tellement de force que c'en était déconcertant.
Tout bien pesé, c'était très attirant.
Andy l'avait su dés leur première rencontre. Si au premier abord, il dégageait une bestialité évidente, il transpirait la sensibilité, chaque fibre de son être étant destinée à la tendresse. Au cœur d’un monde obscur, Jas semblait sortir d’un étrange paradis, accompagné des lumières les plus douces de cet univers.
— Et bien on dirait que tu penses très mal... murmura Andy.
Ils étaient si proches que parler plus fort eut été désobligeant. Le moment qu'ils étaient en train de vivre, à l'instar du premier regard échangé, n'appartenait qu'à eux.
— Je pense mal ou je pense comme un mâle ? plaisanta Jas, le regard toujours plongé dans celui du jeune homme.
Un jeu de mots étrange... Cet homme avait un défaut, finalement.
Sur une impulsion, Andy posa ses lèvres sur celle de son amant, et se fraya un chemin jusqu'à sa langue, ne tenant plus à user de retenue ou de pudeur mal placée. Il n'avait aucun doute sur les intentions de Jas et ne comptait pas brider les siennes. Il était venu pour lui et comptait bien, sinon le lui faire comprendre, le lui prouver concrètement.
Ils auraient tout aussi bien pu être seuls, le résultat n'aurait pas été différent.
— Une ballade, mon ange ? souffla Jas, entre deux baisers.
— Quand tu veux, répliqua Andy, le souffle déjà heurté par une excitation indécente.
Ils se levèrent, leurs lèvres toujours scellées et ouvrirent les yeux, restant un long moment, le regard rivé dans celui de l'autre. Andy se détourna, persuadé que si l'un d'eux n’en prenait pas l'initiative, ils pourraient rester ainsi des heures durant.
Une fois sortis du club, ils se mirent immédiatement en route, aucun d’eux ne souhaitant gâcher ce qu'ils étaient en train de vivre. Ils savouraient cette marche, côte à côte, Andy le savait. Tout comme la première fois, chacun de ses sentiments était amplifié par l'écho de ceux de Jas, sans pour autant parvenir à les écouter vraiment. Certes, c'était un peu troublant, mais très agréable, finalement, de savoir exactement ce qu'il ressentait, sans se demander s’il s’agissait d’un parasite, capté chez la personne à ses côtés.
Voilà pourquoi tout était si intense avec Jas, lui permettant d'être tout entier impliquer dans l'acte, au lieu d'en être le spectateur, comme il l'avait si souvent expérimenté.
Ils firent le chemin dans un silence presque religieux, comme une prière adressée à l'instant divin destiné à les lier une seconde fois. Anticipant avec ferveur et humilité le moment où chacun, dans les bras de l'autre, deviendrait le seul dieu existant dans cet Univers.
Une union parfaite et symbiotique, l'un respirant au travers des poumons de l'autre, voyant le monde avec ses yeux, tout en cherchant à l'ignorer, pour ne pas gâcher l'instant où aucun mot ne serait assez précis ni même puissant pour décrire le nirvana dans lequel ils s'apprêtaient à plonger.

À son réveil, sans surprise, Andy fit face aux yeux bleus de Jas. La nuit avait tenu ses promesses d'extases et pour exorciser sa solitude, le jeune Empathe avait autorisé son amant à rester.
Ce n'était pas une bonne idée, il n'était pas prêt à revivre quelque chose de plus émotionnel que sexuel avec un homme, mais il n'avait pas su résister. En réalité, la présence de son amant le rassurait. Au-delà de la solitude, une partie du vide créé par Athéa était comblée par la présence de Jas qui, à chaque instant, le couvait d'une attention touchante et mystérieuse.
— Bien dormi, mon ange ? demanda Jas.
— Oui... Merci... hum s'il te plaît, est-ce que… est-ce qu'il est possible...
— J’ai compris, tu veux que je parte, encore une fois... s'inquiéta le beau brun en s'écartant d'Andy.
— Non, non, tu n'y es pas, je voudrais juste que tu évites de m'appeler « mon ange »...
— Ça n'avait pas l'air de te gêner cette nuit... s'indigna faussement Jas.
— Je... je sais, mais... comment dire... balbutia-t-il. Bon sang, je n'y crois pas !!! J'aime ça, bien sûr ! Qui n'aimerait pas !? Tu es beau comme un dieu, mieux bâti qu'une statue grecque, tes yeux sont fascinants... Donc oui ! Oui, j'aime ça ! Mais même si ça peut te paraître stupide, c'est plus effrayant pour moi qu'une montagne à escalader...
— Je comprends, ne t'en fais pas... Ne panique pas ! Dès maintenant, je t'appellerai par ton prénom, si c'est ce que tu veux... dit Jas, d'un ton très serein.
— Merci, ce serait gentil, murmura Andy en sondant les yeux bleus de son amant.
— Il faudrait pourtant que tu cesses d'avoir peur. N'y a-t-il pas une expression qui dit que « la peur n'évite pas le danger » ?
— Je constate que tu cernes toi aussi très vite les gens... marmonna le jeune Empathe, peu fier d'avoir été si bien compris.
— Je lis en toi comme dans un livre ouvert... confia Jas, avec un sérieux loin d'être simulé. Tu as tellement peur de souffrir que tu fermes ton cœur à quiconque cherche à s'en approcher.
« Tu ne te préserves pas de la souffrance qu'infligent les gens par cruauté ou par bêtise, mais de celle que la vie nous inflige, sans que l'on sache si on l'a méritée ou non.
« Les douleurs de ton passé s'inscrivent sur ton visage, chaque fois que tu poses les yeux sur moi, parce que tu te demandes si tu peux te permettre de prendre ce risque. Tu imagines ce que serait ta vie si tu perdais de nouveau un être qui t'est cher.
« Cela t'empêche d'ouvrir ton cœur, parce que tu as peur que ses blessures ne soient pas complètement refermées et qu'il puisse se remettre à saigner au moment même où tu l'auras exposé.
Jas écrasa du bout d'un pouce une larme, sur la joue d'Andy. Jamais personne ne lui avait décrit si clairement ce qu'il ressentait, au point de la pousser à se demander si Jas n'était pas Empathe, lui aussi. Une idée idiote, certes, et impossible, mais l’analyse du beau brun était bien trop précise.
Auréolé par la lumière de la lampe de chevet, Jas avait l’air d’un héros, venu sur son cheval blanc pour sauver Andy du marasme dans lequel il s’était laissé aller, avec complaisance.
— Comment... comment sais-tu tout ça ? finit-il par demander.
— Tu es un miroir pour moi, parce qu'il est toujours plus facile de se reconnaître dans les yeux de ceux dont le cœur narre les mêmes récits et les mêmes plaies.
« J'ai traversé ce que tu as traversé, et même si je me reconnais en toi, ta peur de te laisser aller laisse des ombres sur ce reflet pourtant si parfait. Des ombres que j'ai chassées de mon esprit pour arriver à vivre avec mon histoire et pas seulement en dépit d'elle.
C'était si vrai ! Jas avait établi un portrait parfait des états d’âme du jeune homme.
Il vivait à côté de sa vie, à côté de toutes les souffrances et de tous les plaisirs que l'existence offrait, dans le seul but de ne pas sombrer de nouveau. En bon spectateur, il appréciait l'émotion, la touchait du bout des doigts, mais ne la ressentait jamais vraiment. Il mangeait, buvait, dormait, marchait et faisait tout en étant pourtant sans cesse en train de s'observer lui même !
Il n'en avait pas toujours été ainsi, bien sûr, mais une partie de lui le poussait chaque jour à s'éloigner un peu plus de ses convictions. Depuis près de trois mois, à partir du moment où il s'était éteint, Andy s'était laissé entraîner dans un abysse de morosité, tout en foulant encore le glorieux sol de la Vie.
Il n'était rien de plus qu'un imposteur ! Mais comment décider de remonter à la surface, après avoir encore perdu une partie de lui-même, quelques jours plus tôt.
Il interpréta soudain différemment l'instant où, dans la plaine, il manqua succomber au chant des flammes qui tentaient de le séduire. N'était-ce pas dans cet état qu'il vivait chaque jour, sans cesse en équilibre sur le fil de la Vie, menaçant de basculer dans la Mort ?
Jas prit probablement conscience de l'avoir perturbé et posa un baiser sur le front du jeune homme. Faire un pas vers la Vie pouvait le ramener sur son chemin. Il saisit Jas par la nuque et embrassa ses lèvres charnues.
Le baiser ne dura pas cependant, Jas s'arrachant à l'étreinte de l'Empathe, et lui souffla :
— Il ne suffit pas de respirer pour vivre, il faut ressentir chaque respiration.
— Il ne suffit pas de pouvoir aimer, pour le ressentir, encore faut-il le vouloir, murmura Andy. Je saisis très bien ce que tu veux dire, crois-moi.
— Cela signifie que tu ne veux pas...
— Ne cherches pas à interpréter ce que je viens de dire ! l'interrompit le jeune homme. Ma vie est très compliquée ces derniers temps, et je dois obtenir des réponses avant de chercher à me poser de nouvelles questions.
« Je ne te ferme aucune porte, comprends-moi bien, mais je dois rester focalisé sur mes priorités, si je ne veux pas gâcher certaines choses qui pourraient être merveilleuses...
— Je vois ! Je suis en quelque sorte en attente, plaisanta Jas, conscient qu'il avait été un peu vite en besogne.
— Si tu étais en attente, tu ne serais pas dans mon lit, complètement nu ! Et encore moins pour la deuxième fois... lança Andy, très sérieusement. Je dirais plutôt qu'il est temps que je sois fidèle à moi-même et que je profite réellement du temps présent.
— Le programme ne m'a pas l'air très contraignant ! admit Jas.
— Tu en es sûr ? demanda Andy. Tu n'as pas besoin que je te donne quelque chose de plus concret pour continuer ?
— Tu ne me demandes rien, pour le moment, alors pourquoi me permettrais-je de l'exiger de ta part ? s'étonna Jas.
Cet homme était exceptionnel et trouvait toujours les mots justes.
Les jours qui suivirent se déroulèrent de façon très semblable à la semaine précédente, à une différence près : pour le plus grand plaisir d'Andy, Jas était présent.
Ils discutèrent pendant des heures, firent l'amour un nombre incalculable de fois, vécurent à moitié nus presque sans arrêt, se perdant dans la tendresse que chacun donnait à l'autre. Le temps sembla vouloir les oublier — peut-être les avait-il perdus en chemin ? Ils savourèrent le plaisir d'être aux yeux de l'autre la seule personne au monde existant encore.
Ils demeurèrent ainsi, dans la pénombre, éclairés par quelques bougies. Andy apprécia cette ambiance, sensuelle, douce et suave, dessinant le corps de son amant au travers de jeux d’ombres subtils, mettant en valeur ses muscles, les traits de son visage et l’expression brillante et affûtée de son regard, dont la couleur ne cessait d’étonner le jeune homme.
La chaleur de sa peau, soyeuse et hâlée, rendait Andy tantôt fou de désir, tantôt enclin à plus d'affection, oubliée depuis des mois. Il retrouva le plaisir de se plonger dans les bras d’un homme, pour y savourer l’instant et simplement sentir chaque battement de cœur, chaque inspiration avec un appétit insatiable pour cette douceur nouvelle.
En dépit de cette proximité physique, un réel échange se mit en place, sur des sujets très variés, même si Andy sentait clairement la gêne, dans le ton de son amant, s’il devait d’aventure parler de lui.
Il lui cachait une partie de ses origines, sinon sa réelle identité, mais Andy ne s’y attardait pas. Pour la première fois depuis des années, le jeune homme n’avait pas besoin d’écouter un homme pour être convaincu de sa sincérité. Jas transpirait l’honnêteté, ses gestes étaient assurés, ses mots sans équivoques et dans ses yeux, Andy ne lisait qu’une profonde bienveillance.
Pendant près d’une semaine, Andy apprit à vivre de nouveau. Dans un état de claustration volontaire, certes, mais en acceptant pour la première fois depuis longtemps de se livrer, d’ouvrir son cœur à un autre.
Jas décida pourtant de partir. Inquiet, Andy lui demanda s'il s'était lassé, provoquant une hilarité étrange et inhabituelle, chez le beau brun. Pour lui, revenir sur le chemin de la Vie nécessitait de passer du temps seul, de se retrouver face à soi-même, et se poser les bonnes questions.
Andy apprécia cette réponse pour le moins réaliste et le remercia de sa compréhension. Jas était autorisé à revenir six jours plus tard, et les deux amants se quittèrent sur un baiser révélateur : ils avaient hâte d'être à nouveau réunis. Un mal pour un bien, en réalité, pour laisser à Andy le temps de s'interroger sur l'avenir et ses préoccupations, ces derniers temps.
Même s'il avait réellement profité de ces jours passés avec Jas, l'ombre d'Athéa avait plané sur le jeune Empathe, forçant son amant à la chasser régulièrement, par des stratagèmes plus ou moins orthodoxes.
Lorsqu'il se retrouva seul, Andy ne se sentit pas triste, mais étrangement bien, en dépit de la chaleur oppressante, le froid et la pluie sévissant pourtant à l'extérieur.
L’hiver n'était pas tout à fait mort et le printemps peinait à s'imposer.
Andy s'avisa qu'il devait être malade.
Sa première journée de solitude le replongea dans le questionnement et la torpeur. Celles qui suivirent y ressemblèrent étrangement, et même s'il sortait assez souvent de chez lui pour échapper à la fournaise qui semblait ne pas vouloir s'éteindre dans son appartement, il passa le plus clair de son temps à réfléchir, toujours plus intensément.
S'il voulait vraiment retrouver sa volonté de vivre, son désir de profiter de chaque instant, il devait obtenir des réponses. Mais il était, bien entendu, hors de question qu'il consulte Athéa.
Trois jours plus tard, la sonnette du jeune homme retentit.

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Auteur Commentaire en débat
Loriane
Posté le: 09-07-2012 14:56  Mis à jour: 09-07-2012 14:57
Administrateur
Inscrit le: 14-12-2011
De: Montpellier
Contributions: 9078
 Re: Renaissance, Chapitre 7
J'ai beaucoup aimé.
je le redis l'écriture est excellente et tu mènes ton récit avec une adroite finesse. Les caractères et comportements sont bien analysés sans qu'il y ait trop de longueur.
La relation des deux hommes évoquent une sexualité brûlante que tu sais dépeindre en te tenant loin des descriptions difficiles à lire. Leur sentiment d'attachement, l'amour sont bien étudiés , c'est à la fois délicat, profond et pourtant l'intrigue et l'aventure reste présente.
Belle écriture. Bel équilibre.
Merci
Mes préférences



Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
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