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Nouvelles : Une nuit avec Samson
Publié par Gilbert le 09-08-2018 12:16:55 ( 52 lectures ) Articles du même auteur



Une voix féminine à l’accent chantant me sort d’une torpeur vaseuse dans laquelle je me trouvais plongé… Allez savoir pourquoi.

- Bon, les garçons, moi je m’en vais, je suis fatiguée…
D‘ailleurs les musiciens plient bagage.
Vous rentrez avec moi ?

J’embrasse d’un coup d’œil Hanne, debout, tenant à la main une cape grise, Samson écrasant une cigarette dans le cendrier débordant de mégots, le tout dans un décor de Caf’Conc’.

Merde, qu’est-ce que je fous avec Samson et sa nouvelle épouse dans ce troquet ?

Samson, gentleman jusqu’au bout des ongles s’est levé de sa chaise et aide Hanne à mettre la cape sur ses épaules.
Sacré Samson, pour un peu il lui ferait le baisemain.

- Rentrez pas trop tard, si tant est que vous rentriez. Dit-elle par-dessus son épaule en se dirigeant vers la porte de service avec un petit signe de la main.

Les yeux rivés sur la croupe ondulante d’Hanne, je distingue, au bord de mon regard, Samson qui s’écroule plus qu’il ne se rassied sur sa chaise.

Il s’accoude du bras gauche sur la table et, de la main droite, tâtonne une cigarette dans son paquet tout froissé.
Sa prise au bord des lèvres, une mèche de cheveux noirs pendant jusqu’à la joue, il regarde, inquiet, autour de lui.
Hanne n’est plus là pour lui tendre son briquet et il n’a jamais une allumette sur lui. Il n’a jamais rien d’ailleurs, à part ses paquets de clopes.
Je sors mon briquet, l’allume et le lui tend. Il me l’arrache des mains et le rallume lui-même avant de le laisser tomber, cigarette fumante, sur la table.
Bon, ce soir il a la solitude triste. Je dis solitude car, maintenant qu’Hanne est partie, c’est comme si plus personne n’existait autour de lui.
Il ramène sa mèche sur le crâne et allonge ses jambes sur la chaise d’Hanne, comme s’il voulait y retrouver son contact envolé.


- Hanne avait raison, dis-je pour le détendre, les musiciens finissent de plier bagage.
C’est qui le type en perruque qui donne des ordres et qui houspille tout le monde ?

- C’est Bach, lâche Samson en prélevant, de deux doigts, un brin de tabac égaré sur sa langue.

- Bach ! Lequel ?

- Le père, voyons !

- Ah bon.
J’avais conservé l’image d’un type plutôt grand, gros, rubicond, avec un double menton et une perruque bien poudrée.
Celui-là est petit, pâle, avec une coiffe à deux sous.
On lui donnerait une pièce pour qu’il bouffe et une autre pour qu’il se fringue.

- Oui, sans doute. Dit Samson qui confisque prestement, au passage d’un garçon pressé de faire la fermeture, une bouteille de Bourbon à moitié pleine.

- On continue avec ça ? Demande-t-il en me montrant sa prise.

- Ouais, si on ne nous vire pas avant.

- Il ferait beau voir !

Les musiciens partis, suivis par JSB soi-même – décidément beaucoup plus malingre que je le croyais - la scène est maintenant déserte et seul subsiste le piano.

Alors que les employés commencent à tirer à la main les deux rideaux de scène d’un rouge pisseux, un jeune barbu à lavallière saute sur les planches et se rue sur le tabouret.
Il fait théâtralement craquer ses doigts et attaque au clavier une de ces petites musiques dites « de genre » qui plaisent tant aux bourgeois.

Lui, je l’ai reconnu, les photos, même retouchées, ne mentent pas. C’est le beau Reynaldo Hahn !
Je ne sais pas du tout ce qu’il interprète mais c’est gentil.

Bien que j’en sente tout le ridicule, je parcours du regard la salle désormais presque vide pour y trouver, éventuellement….
- Tu cherches Proust ? demande Samson en rigolant.

- Heu… non.

- Tu parles !
Mais tu sais bien que Monsieur Proust ne fréquente jamais de tels lieux !
De peur sans doute d’y prendre quelque affection qui finirait de détruire sa petite santé de marquise évanescente. Dit-il en faisant virevolter sa belle main gauche au-dessus de sa tête.

- Ah non, là tu exagère ! c’est de la pure méchanceté.

- Mais non, mais non.
Tiens regarde plutôt dans le fond à ta gauche, la dernière table dans l’ombre, le type qui écrit. Tu reconnais ?

- Ah, dis donc, mais c’est Debussy !

- Non, je ne pense pas.
Sur un petit calepin comme ça, il n’écrit pas de la musique. L’homme que tu vois n’est pas Debussy compositeur mais « Monsieur Croche » le redoutable critique musical. Répond Samson en levant le bras droit si énergiquement que sa cigarette renonce à supporter les trois centimètres de cendre qui l’ornait.
Je ne sais pas à propos de quoi ou de qui il écrit mais je plains sa cible compte tenu de ce que Reynaldo lui déverse dans les oreilles.

Sur-ce, secoué d’un fou rire sonore, il nous sert une dernière tournée ras-bord de Bourbon.

Sans doute dérangé par les éclats de Samson – ou peut-être parce qu’on attend son article au journal - Debussy s’est levé, empoche calepin et crayon en nous lançant un regard féroce.

Puis, arrivé à la sortie, il s’incline devant un petit homme ébouriffé, à lunettes et redingote puce, huit-reflets à la main, qui se sauve à petits pas pressés.
Il lui tient la porte et dit :

- Monsieur Schubert, s’il vous plait.

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Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
.

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