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Re: On va danser !!!
Semi pro
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Finalement, je me suis dit que je pouvais pas laisser cela inachevé et, pris d'un coup de nerf avant mon départ, j'ai écrit cette fin.

Acte V


« Hey, les filles, ils ont laissé Lux jouer de la guitare, ce soir ! ». Michelle et Juliette bondirent de leur lit dans un élan de grâce, animées par le désir soudain d’entendre cette voix angélique, cette triste mais si jolie fille. Elles traversèrent les escaliers et le long couloir principal jusqu’à la salle de spectacle. La scène était sombre et Lux s’était assise sur une maigre chaise, inconfortable, la guitare sur les cuisses, face au public silencieux.

Les notes furent suaves, tendres, douces déformations aériennes, sons voluptueux, arabesques musicales mais paroles sèches. « Je serais déjà morte si tu ne m’attendais pas, quelque part, derrière ces murs infranchissables, derrière cette prison de verre où le temps s’est arrêté et, lorsque je clos mes paupières, je nous revois, l’un contre l’autre, nourris par la chaleur de l’être aimé ; je revois ton regard si doux caresser ma joue meurtrie ; je revois tes iris bleutés et je me sens mourir. Je me sens mourir encore et encore, une violence inouïe, insurmontable.
Mon corps se plie sous la douleur et je me meurs à jamais. Mon âme n’est plus dans mon corps, plus dans ma tête, à peine accroché à ma tignasse blonde. Mes tatouages se décollent de ma peau, mes ongles s’arrachent et mes dents tombent ; ma peau se déchire, mes membres se déracinent de leur tronc et, dans un éclair, ma tête éclate, repeint ces murs si froids, si ternes. Et je me sens mourir, encore et encore, une violence inouïe, insurmontable.
Tes yeux posés sur mon corps me brûlent, et je ne peux que t’aimer, me consumer, m’embraser pour toi et ces prunelles de feu. Depuis deux mille ans je suis là, enfermée pour l’éternité, prisonnière de ce monde, cet édifice, de moi-même. Mes veines explosent, mon cœur se pourrit, viscères prodiguées, chair avariée dont il ne reste plus qu’un funeste arôme, effluve ensanglanté. Et je me sens mourir, encore et encore, une violence inouïe, insurmontable. Je revois tes yeux et je me sens mourir tandis que tu m’attends… ».

Plus de danse ni de ballet, ce qui avait commencé dans la frénésie s’achève sur ce dernier plan : une foule statique, tétanisée par la tristesse. « Et maintenant, Michelle, qu’est-ce qui va nous arriver ? ». Elle hausse les épaules, muette, et Juliette jette un dernier regard vers la scène et cette silhouette, cette poupée de chiffon. La lumière se reflète sur son visage humide, éploré. « Je vois… Tu es aussi perdue que moi… ».

Posté le : 17/07/2014 00:51
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Re: On va danser !!!
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Ahah Arielle, je ne m'attendais pas à cette fin. Je croyais qu'il y aurait une boucherie ou quelque chose dans le genre mais c'est très drôle en fait. J'ai bien ri, merci.

Je poste la suite de mon texte, acte III et IV, malheureusement, partant en vacances une semaine demain, l'acte V attendra un bout de temps. Ces deux derniers actes mériteraient sûrement quelques retouches mais je voulais les poster, les voici donc.

Acte III


« Juliette O’Neill, vol de voitures, deux fois, coups et blessures, troisième peine. Bientôt meurtre. Peu de visites, famille fortement wiccan mais ne semble pas croyante, profil typique mais nuancé de petites touches inattendues : j’adore. Malheureusement, vous n’avez pas volé la sucette d’une petite fille ce matin, n’est-ce pas. Disons que vous êtes passé du vol à l’étalage au braquage de banque. Ou plutôt comment vous faire comprendre les choses clairement… Ce soir, quelqu’un d’autre va mourir. Est-ce clair ? ».
Ses membres- supérieurs voltigeaient gracieusement dans de longues envolées célestes, silhouette astrale, plongée sous le projecteur, dominant l’obscurité. Voix forte et puissante, voix de poitrine indomptable, sauvage, terriblement rauque, écho d’elle-même.

« Retenez bien cette phrase : ce soir, quelqu’un va mourir. Serait-ce vous, votre complice, quelqu’un avide de vengeance ou qui sais-je… Vous vous agiterez dans une sorte de transe, une frénésie et, incapable de contrôler votre corps, de confiner vos peurs, vos folies, vous assisterez impuissante à la fin, au tomber de rideau, rouge, ensanglanté, fatal. Le destin est barbare et, tandis que je dormirai paisiblement auprès de ma femme, quelqu’un va mourir. ».

Son buste inspirait, expirait dans une cadence impassible, un rythme parfait et elle sentait ses jambes céder sous la violence, la violence de son calme impassible, visage de porcelaine si cruel, figé dans l’amer tendre, glacé dans une douce souffrance.

« Que dois-je vous répondre ? Que j’ai des regrets ? Que j’ai peur de mourir ? A vrai dire, je ne sais pas, je ne sais plus ce que je fais, ce que je suis. Le temps a détruit ma raison et, désormais, que me reste-il si ce n’est… un corps abîmé, une vingtaine tassée, des cheveux ternes, des formes aplaties, des yeux écarlates ? Mes yeux, c’est peut-être mon seul regret : ils ne voient plus que le sang, que le rouge, ils brûlent. Si je meurs ce soir, souvenez-vous de mon regard écarlate sur votre face blanchâtre. Sinon, si je respire encore à minuit, craignez que je ne recommence, que ça ne recommence car tout cela n’est qu’une valse sempiternelle sur un air de vengeance. Que trouverais-je dans la mort si ce n’est la délivrance ? Oui, j’ai peur de mourir, mais, j’ai également peur de vivre… ».



Acte IV


Las, son corps, s’étala sur le matelas. Membres éreintés, buste meurtrie, visage disgracieux, vie éphémère. Elle prit sa gorge entre ses mains et se souvient de la lame sur la nuque, archet sur un violon, éraillement des cordes brisées, concerto de fausses notes. Les violons se casseraient les uns après les autres, chaque voix s’éteindrait l’une après l’autre dans une sanglante boucherie de gorges tranchées, de voix muettes, incapables de crier, de chanter ou de parler. Le sang obstruera les gorges cisaillées ; une corde se casse, un violon se brise, un bruit strident et… Silencio.

« Un soir, je sortais de boîte de nuit avec une amie. Nous avions beaucoup dansé et j’étais plutôt bourrée, assez pour ne plus me contrôler. Un homme, seul, m’a demandé une cigarette. Il n’arrêtait pas de mater les seins de mon amie et lorsqu’elle lui a demandé d’arrêter, il a ri. Un rire aigu, atroce, un rire insoutenable qui déformait son visage. J’ai brisé ma bouteille de bière sur le côté droit de sa face. L’oreille n’a pas aimé. Il hurlait et j’ai voulu le faire taire : je l’ai frappé encore et encore jusqu’à ce qu’il tombe, jusqu’à ce qu’il cesse de crier, de parler, de murmurer. Son visage était déchiré par la douleur puis, il a fini par s’apaiser, presque souriant, incapable de ressentir quoique ce soit, inconscient. J’ai appelé les secours, puis je me suis mis à courir, seule. J’aurais pu prendre ma voiture mais je me suis juste mise pieds nus et j’ai couru dans une plaine, j’ai couru jusqu’à ce qu’ils m’arrêtent le lendemain matin. Je savais qu’il m’aurait et j’avais besoin de… sentir ma liberté, juste une dernière fois. ».

Ses jambes flottaient au gré du vent, bercées dans de tendres mouvements aériens, célestes, souples et amples. L’herbe humide sous ses pieds, douce rosée matinale et amer soleil levant : la fin est proche. Les sirènes stridentes sur le chemin de terre, nuage de poussière virevoltant, cendre rugueuse annonciatrice de chaos, de cris et de menottes lacérant ses poignets encore enfantins, si fragiles et innocents. Elle essaye de crier toute sa peine mais ses cordes vocales restent muettes, crispées, tétanisées par la peur.

« La liberté, ça n’existe pas. Ils chantent cette ode pour nous faire languir de l’au-dehors, nous rendre fou, mais, Juliette, la liberté n’existe pas. ».

Posté le : 16/07/2014 13:28
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Re: On va danser !!!
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Ouah, je suis le premier à poster mon texte ?
J'ai écrit quelque chose d'assez... spécial. Je ne suis pas allé au 14 juillet et j'ai contourné ce défi en utilisant que la phrase "On va danser". Enfin, bref, mon texte n'est pas fini mais je vous offre la première partie, assez sanglante je vous préviens.

Acte I


« Putain, t’aurais vu les épaules, une vraie armoire à glace. Bref, J., super maigre, n’avait aucune chance. Mais genre, t’aurais vu l’autre quoi ! Des bras comme des cuisses, crâne rasé pour pas se faire tirer les cheveux, dents en or pour plus perdre les vrais, avait gagné le tournoi de boxe du pénitencier, fin, je veux dire, un monstre physique ! Alors, J. qui venait d’arriver, avait plutôt peur pour ce qui devait être son premier combat, donc J. a pris un saut d’eau au nettoyage, l’a rempli et l’a lâché du haut du troisième. Bang ! La championne de boxe est morte sur le coup. Mais bon, tu vois, on a tous eu une première danse, maintenant c’est ton tour. Toi ou elle. Allez Juliette, je te couvre, tu l’égorges par derrière, point barre, cette connasse crève et personne te fait plus chier ! ».

Juliette essayait de se trouver des raisons valables, assez valables pour justifier un meurtre. Comment cela avait-il commencé si ce n’est dans la stupidité, la conquête de territoire et le désir de puissance ? Comment cela allait-il se terminer ; sang, trippes, sueur, cris ou gémissement, réalité et folie ? Michelle posa la lame au creux de sa paume. « Le ballet commence, petite, le ballet commence : c’est l’heure de danser ! ».


Sa gracieuse épaule eut un mouvement vif, rapide ; le poignet vrilla et le buste se projeta vers l’avant ; un, deux ; la lame glisse et la gorge s’ouvre. La finesse et l’habileté du bras laissèrent place à un flot sanglant et désordonné, véritable symphonie d’éclaboussures, mélodie de giclements, chaque note étant l’ascension de la précédente, plus rouge, plus épaisse. La « conasse » ne pouvait crier, étouffée par son propre sang, concert de gémissements : le grand final approche. Le corps s’écrase dans un bruit sourd, une note grave et la musique s’éteint tandis que s’enfuient le maestro et son valet. Tomber de rideau.

Acte II


« Il parait que le grand méchant loup à demander à te voir, petit chaperon. Il a envoyé les trois petits cochons te déloger. Ouf, souviens-toi qu’on était dans ma cellule ; et Pouf, crache-lui dessus de ma part. Ouf et Pouf, dommage que cette maison ne puisse s’envoler ! Justement les voilà ! Groin ! Groin ! ». Trois paires de talons firent écho sur le bitume, marche nuptiale ? Les cochons avaient déjà la matraque raide, prêts à faire tomber leur courroux au moindre refus. « Alors mes bons gros porcs, qui a la plus grosse ? Allez, lâchez-moi maintenant ! ».

Les convulsions frénétiques de la belle firent grogner les porcins, vagues élancées des bras, suaves ondulations des jambes. Hurlements de la foule endiablée : le chœur adule toujours les combats. Féroce coup de matraque tombé du ciel, l’arcane explose. Le sang coule et l’arène en délire exulte, bientôt l’extase et dans un immense feu de joie les corps nus danseront !

Valse à trois maris et six mains devient vite salsa sulfureuse : grondements bestiaux, fureur de la belle esseulée, que fait le prince charmant ? Le couplet se fait grave : il ne viendra pas, l’allégresse est vaincue, menée jusqu’à la tour d’ivoire. Funestes tambours ; le duel avec le ténor se rapproche et notre petite soprano s’annonce vaincue.

Posté le : 15/07/2014 11:47
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Re: Défi d'écriture du 28 Juin-
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COUSCOUS , ton texte est trop mignon... Je trouve ça vraiment adorable le déroulement de leur histoire ; mon côté romantique et attendri ?

EXEM, ton texte dégage d'une part des effluves sulfureuses de deux âmes perdues dans leur relation mais il y a quelque chose de maladroit également, ces défauts qui els rendent humains et les transforment en esprits que l'on désire sauvé d'eux-mêmes. Bref, c'est très étrange comme texte mais j'adore !

Posté le : 02/07/2014 00:10
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Re: Défi d'écriture du 28 Juin-
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J'aurais voulu t'aider pour Lux mais le seul endroit où je l'ai entendu en tant que prénom c'est dans Virgin Suicides de Sofia Coppola. Sinon ça veut dire lumière en latin et ça sert d'unité de mesure. Mais question jeu vidéo en ligne je suis totalement out.

Posté le : 30/06/2014 17:08
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Re: Défi d'écriture du 28 Juin-
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Couscous,
Ah Lux c'est une erreur de ma part, je voulais mettre Rachel mais je me suis totalement embrouillé.
En fait, il y a plusieurs points communs : le voisin de l'une amant de l'autre, il y a le gout framboise cigarette, la montre et la ressemblance physique.
Sinon j'ai essayé de volontairement embrouillé les deux histoires car elles sont presque identiques sauf que l'une a une aventure extra-conjugale alors que l'autre a une histoire presque incestueuse mais toutes deux essayent de ne pas y succomber ce qui semble impossible.

Marco,
J'aurais bien aimé faire une suite mais je crois que le texte a de fortes chances de se terminer là, en queue de poisson. Je te laisse choisir de la fin : finira-t-elle dans le fleuve ou non Renoncera-t-elle a son amour ou non ? Je ne peux même pas choisir moi-même alors je te laisse choisir.

Posté le : 30/06/2014 16:47
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Re: Défi d'écriture du 28 Juin-
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Voici maintenant mon texte que je viens à peine de finir. J'aurais voulu faire plus long mais je me serai étalé sur des pages je pense sans finir à temps. Un jour sûrement, je le reprendrai et l'étofferai. Bon, trêve de bavardages, le voilà :




Le néon azuré du Bunny Bar scintillait tendrement sur la bruine bleutée et les flaques crasseuses du terne macadam. Les âmes ivres de chair avaient, par centaines, défilées toute la nuit, saoules de whiskys et de décolletés dentelés, et, tandis que les premiers rais diapraient la brume matinale, l’atmosphère lourde de sexe et d’alcool semblait enfin se dulcifier. Starlet vida l’élastique de son string et compta presque deux-cent balles qu’elle fourra dans son portefeuille avec le reste de sa paye hebdomadaire. Pas le temps d’enfiler jean et débardeur que les cloches de l’église locale sonnèrent sept coups.

Le boulevard grondait déjà sous les ronronnements mécaniques et Starlet descendit d’un pas vif jusqu’à l’épicerie. « Harvey, tu peux me donner deux… non trois Chesterfield, s’il te plait. Et le journal d’aujourd’hui… ». Le goût amer des clopes se mélangea au rouge à lèvres framboise et la bouche pâteuse de la jeune femme se nuança d’une saveur acide, désagréable et dont elle était devenue terriblement dépendante. Une violente bourrasque traversa alors l’avenue et un frisson parcourut Starlet tandis qu’elle écrasait son premier mégot sur le pavé grisâtre ; elle s’apprêta à s’en allumer une seconde mais le bus parut en haut de l’avenue.

Starlet s’assit au fond et se mit à lire paisiblement au gré des cahotements du bitume. Les nouvelles étaient peu intéressantes : orages, manifestations ; un habituel vacarme qui ne signifiait rien. Cependant, deux minuscules lignes dissimulées au bas de la nécrologie firent sursauter Starlet : « Hier soir, Rachel Johannsen, vingt-neuf ans, s’est jetée dans le fleuve, un parpaing attaché à la jambe. Enterrement prévu vendredi. ». Cette femme dont elle ne connaissait que le nom, fit un étrange écho à sa mémoire. Elle essaya de s’en souvenir mais une sombre image obscurcit son esprit : les cheveux ondulants de la jeune femme emportés par le courant mortuaire, tels des algues séculaires, aussi vieilles que le lit du fleuve…


***



Starlet regardait sur le balcon adjacent son voisin et sa maitresse ; passion enragée et délicatesse charnelle exultaient de leurs baisers embrasés. Leur couple ressemblait étrangement au sien ; au-delà du physique et des visages familiers, il y avait cet interdit, cette illégalité morale qui habitait les tréfonds de leur histoire : le voisin était marié et sa maitresse portait une bague de fiançailles.

Starlet se souvenait de l’homme qu’elle aimait lorsque les cris du voisin la ramenèrent subitement à la réalité. « Je me fiche de ton fiancé ou de ma femme ; il te suffit d’un mot et je la quitte ! Je t’aime Rachel ! Oui, toi, Rachel Johannsen, je t’aime si fort ! ». Elle l’embrassa puis le repoussa, les larmes aux yeux. Il essayait de la retenir mais elle se débattit et finit par se libérer de son étreinte. « Je t’aime aussi cria-t-elle, mais tu es marié et je le serai bientôt… Je ne peux pas faire ça. ».



Rachel regarda sa montre : deux heures du matin ; elle avait raté le dernier bus. Elle fouilla au fond de ses poches, de quoi payer un taxi, mais elle ne trouva qu’un billet de cinq et des chewing-gums. Elle s’en fourra un dans la bouche et commença sa balade nocturne vers l’appartement conjugal. « Pourquoi j’ai pas pris ma veste… ». La nuit était fraiche et Rachel grelottait dans son maigre débardeur et son pauvre jean troué.

A mi-chemin, elle s’arrêta à l’épicerie. « Je peux avoir trois… non, quatre Chesterfield s’il vous plait. Et un paquet de chewing-gums framboise. ». La framboise fut envahie par le tabac et Rachel trouva ce goût désagréable au premier abord mais peu à peu celui-ci devint doux, suave et inédit, terriblement addictif. Elle regarda de nouveau sa montre : deux heures. Les aiguilles s’étaient arrêtées ; cependant, lorsqu’elle collait son oreille contre le cadran, elle était persuadée d’entendre le mécanisme cliqueter encore et encore.

Tic-Tac. Seule dans la pénombre urbaine, Rachel essayait de se persuader qu’elle avait fait le bon choix, qu’elle serait heureuse avec son futur mari et qu’elle aimerait leurs enfants, mais, quelque part au fond d’elle-même, elle savait ; elle savait que rien ne la comblerait désormais, qu’elle ne vivrait que dans ce triste souvenir et qu’elle mourrait le prénom de son amant sur les lèvres.

Tic-Tac. Les aiguilles n’avançaient guère et Rachel s’obstinait à écouter l’horlogerie qui la rendait folle. « Le temps passe et moi je me suis arrêtée, pensa-t-elle… ». Tic-Tac. Le cliquettement devenait oppressant dans la pénombre si silencieuse et elle essayait de presser le pas mais les tics se rapprochaient des tacs et Rachel sentait la démence monter en elle ; elle avait beau courir rien n’arrêtait ce bruit étouffant, suffocant, asphyxiant tandis que la trotteuse restait immobile, figée dans le cadran, dans sa prison de verre, et Rachel perdait la tête, perdait son souffle et mourrait sur place dans une atroce souffrance, la torture des regrets que rien ne pouvait désormais arrêter si ce n’est ce parpaing abandonné entre deux poubelles et ce fleuve sinueux…


***



Starlet vidait l’élastique de son string dans son portefeuille lorsqu’elle fut interrompue par les cris de sa patronne : « Starlet, téléphone pour toi. C’est un mec qui se dit être ton cousin, Jonathan. ». Starlet regarda sa montre : sept heures du matin. Elle se dépêcha d’enfiler ses affaires de ville et trottina jusqu’au combiné.

« Allô, fit-elle en s’allumant une cigarette. Ouais, c’est moi mais je croyais qu’on n’avait dit de ne plus s’appeler. Je veux dire, c’est pas bien, c’est pas correct. Et puis, la fois où ta mère nous as surpris en train de… c’est pas normal… Je… Je t’aime aussi mais entre nous, c’est pas possible, c’est tout. Je suis ta cousine bordel ! La vie c’est pas une putain de tragédie grecque où frères et sœurs s’embrassent et se… Arrête, tu… Je… Arrête… Je ne suis qu’une putain de strip-teaseuse, oublie-moi, je ne suis qu’un objet de désir mais je ne peux être le tien. Allez, laisse-moi désormais… ». Elle raccrocha et retroussa ses lèvres. Sa langue glissa sur sa bouche et le goût framboise envahit sa gorge serrée. Une bouffée de cigarette. Le mélange, le goût suave qu’elle aimait tant pris possession de son palais.

Ses mains tremblotaient et elle revoyait encore et encore le visage de Rachel Johannsen au fond du fleuve ; ses cheveux ondulants… Elle regarda sa montre : sept heures ; les aiguilles semblaient s’être arrêtées… Elle repensait à cette femme balayée par le courant, parpaing à la cheville et, doucement, le visage de Lux laissait place au sien. Elle regarda de nouveau le cadran mais l’horlogerie était figée ; elle essaya de la remonter, en vain. Tic-tac.

Posté le : 30/06/2014 13:57

Edité par alexis17 sur 03-07-2014 13:09:50
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Re: Défi d'écriture du 28 Juin-
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MARCO tu as commencé en beauté !
Poème sulfureux que voilà mais également très drôle ! Il se dégage quelque chose d'unique de ta plume, c'est vraiment dur à écrire...

COUSCOUS la chute est une fois de plus ta spécialité ! Le texte est court mais inattendu pour ma part !

DONALD la chute est ici aussi très forte ! On pourrait se demander comment il a fait pour ne pas la reconnaitre mais on s'en fout parce que c'est si drôle.

ARIELLE j'ai malheureusement vu le dénouement venir (en fait ça m'a rappelé un film indépendant Une fiancée pas comme les autres) mais j'ai adoré comment tu arrivais à manier le personnage principal.

BACCHUS la fin est ici aussi inattendue, très drôle. Les descriptions charnelles font vraiment bien monter la tension jusqu'au final. J'adore.

EXEM ton premier écrit mais l'eau à la bouche quant au suivant. Il est léger, aérien, drôle et savoureux. Un pur délice.

Posté le : 30/06/2014 13:49
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Re: Défi d'écriture du 21 juin 2014
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Merci Arielle.
Je n'ai pas eu encore les résultats du bac mais l'année prochaine j'ai été admis en classe préparatoire maths sup de Louis Legrand et je suis l'étudiant le plus heureux de France je crois.

Posté le : 26/06/2014 17:33
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Re: Défi d'écriture du 21 juin 2014
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Couscous : Le titre aurait pu me mettre sur la piste de la chute mais j'ai quand même été surpris. En même temps, tout n'était-il pas un peu trop alambiqué pour que ce soit la réalité ? J'aurais dû m'en douter plus tôt...
Quoiqu'il en soit, très bon moment passé et un joli sourire avec la dernière phrase.

Donald : "Le cœur ne choisit pas sur catalogue" j'adore. Sinon, j'adore le positive attitude de ton personnage ! C'est excellent ! Ce qui commençait comme une simple lettre se transforme en un cocktail savoureux et presque absurde de mésaventures.

Exem : La fin est ici aussi très drôle et inattendue. Je ne m'attendais vraiment pas à cela : résultat j'ai bien rit de ce pays du divorce.

Arielle : L'histoire est un peu alambiqué et avec l'histoire des fruits j'ai vite reconnu un peu de Tchernobyl mais la fin est bien amené tout de même et c'est très plaisant avec un certain message. Par ailleurs, j'ai fait tout un dossier sur les écosystème radioactifs et en réalité, tous les fruits et légumes ne sont pas contaminés ; par exemple dans la cerise, on peut tout manger sauf le noyau qui est radioactif au contraire du raisin qui est immangeable. Quoiqu'il en soit, j'ai vraiment apprécié ton texte.

Quant à moi je n'ai pas eu le temps de poster un texte en réponse au deux derniers défis mais puisque mes vacances commencent à peine, j'ai hâte de participer aux prochains.
Alexis17

Posté le : 26/06/2014 12:56
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Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
.

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