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Re: Nous pensons à Couscous
Semi pro
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Toutes mes condoléances, je partage ta douleur en ce dur moment,
Chaleureusement,
Alexis.

Posté le : 20/06/2014 18:17
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Re: défi d'écriture du 07/06/2014
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Salut,
Couscous, quelle belle idée que ce poisson clown enquêteur et que cette poudre de crevette. A la fois drôle mais bien pensé.
Arielle, ton texte est déchirant, émouvant, très bel hommage en tout cas.
Exem, tu as laissé planer un petit air de vacances sous ton poème.

Voici désormais mon texte:

Est-ce que tu rêves d'une mer mécanique ?

Elle s’était allongée sur le sable blanc et, de ses cheveux virevoltés par la brise, une odeur suave émanait, un parfum, effluve magnétique dont mon cœur s’était transi. Les vagues se succédaient éternellement, fouettées par l’ondée matinale et mon regard s’illuminait d’un flot de plénitude, bonheur qui jusque-là ne me paraissait que rumeur. Ses yeux croisèrent les miens et, alors que mon esprit tendait vers un infini indescriptible, une main ferme se posa lourdement sur mon épaule. Une vague de fond s’éveilla alors et m’engloutit : le néant…

… Un cri ; un sursaut. Je redécouvrais le morne réduit de Monsieur Houdini et son plafond écaillé par l’humidité. « Ta session est finie, Cendrillon. Allez, lève-toi, j’ai d’autres clients qui attendent dehors. » Ses mains titanesques arrachèrent les électrodes de ma tempe et me soulevèrent de la table d’opération. Je vacillais en direction de la sortie mais ma vue se saisissait encore d’éclairs incandescents ; je m’écroulai alors sur le béton et la crasse. Houdini maugréa une insulte et vint me relever puissamment. « Allez, faut te casser maintenant. ».

Je fus propulsé hors de son sombre magasin, plongé au cœur de la foule ivre de rêves. Le néon bleu lapis, « Chimères d’Houdini », semblait me narguer de ses grésillements électriques et je reprenais ma route en direction d’une triste réalité, misère indigente éparpillée le long de Dream Boulevard.


Depuis l’Accident et le début de notre apocalypse terrienne, il ne nous restait plus rien si ce n’est cette citadelle miséreuse où régnait la loi de la dope et un désert infini, jadis monde verdoyant désormais roche poussiéreuse et souvenir regretté. Certains avaient essayé de partir, de traverser les étendues de sable à la recherche d’une idylle. Peut-être avaient-ils trouvé une colonie de rescapés près d’un fleuve ou d’une rivière fertile. Ils n’étaient en tout cas pas revenus. Peut-être étaient-ils morts.

Je m’étais installé à la terrasse du Crackity et regardait la belle Kate s’enfiler sa troisième ligne de coke. « Quand tu t’endors après avoir sniffé tout ça, est-ce que tu rêves de moutons opiacés ? ». Elle me sourit. Chacun avait dû se dénicher un antidote au souvenir : la drogue, l’alcool ; c’était devenu essentiel, rêver, oublier. « Quand tu t’enfermes dans ta machine à rêver, est-ce que tu rêves de moutons mécaniques ? ».
Après le quatrième rail, la locomotive s’était enfumée, elle dérailla et se propulsa sur une plaine enneigée. « Kate ? Kate ? ». Elle se plongea avec joie dans la poudreuse et laissa ses naseaux enfumés se nourrir de cette triste cendre. « Allez viens Kate, je te ramène. ». La drogue ne nous fournissait plus de réel effets secondaires ; non, elle nous permettait de vivre normalement, comme avant.


Je contemplais une fois de plus cette femme allongée sur le sable fin et je demandais quelle odeur pouvait bien avoir la brise marine. Sa peau semblait frissonner, bercée par le sel et le sable, embaumée par l’insouciance du lendemain et la mer s’étendait par-delà le cadre, par-delà le tableau et les murs effrités de l’appartement.

Les premiers rais percèrent le volet et la cuisine s’illumina d’une tendre aura. Neuf heures n’avait pas sonné et Kate avait sorti la ceinture et la cuillère. « Un jour je partirai. J’achèterai une voiture et je roulerai jusqu’à tomber sur la mer, ou sur ma mort. Je ne prendrais qu’une petite pilule, tu sais, les roses-là qui te font rêver pour l’éternité. Ouais, j’en prendrais une comme cela ou je me jetterai dans les vagues, on verra bien. Je ne le ferai peut-être pas demain, mais je le ferai, un jour. ». Kate enfonça doucement la seringue dans mon bras et je sentis mon cœur s’arrêter l’espace d’un instant.


Le courant était frais et mes poumons respiraient pour la première fois depuis si longtemps. J’ouvrais les yeux et elle était là, devant moi. Elle tourna la tête et je compris alors qui elle était. Oui, c’était Kate et son visage frêle, pâle, malade. Elle s’effondrait sur elle-même. Une vague de fond s’éveilla alors et nous engloutit ; le néant…


Voilà, j'aurais voulu faire plus long mais entre toutes mes révisions je n'ai pas eu le temps d'étoffer mon histoire. J'espère que cela suffira en tout cas.

Posté le : 11/06/2014 15:11
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Re: Nouveau défi du 31/5/2014
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Donald,
J'ai adoré ton texte. Toutes les allusions étaient très bien trouvées "Le Grand Ordonnateur", les clefs USB qui représentent l'espace parallèle et salvateur. C'est un peu le jugement dernier chez les fichiers et c'est vraiment bien trouvé. Une manière original de répondre à ce défi, et avec brio !

Posté le : 08/06/2014 21:06
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Re: Nouveau défi du 31/5/2014
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Salut Kalimera,
Quel beau testament que ce texte pour clore ton propre défi.
Tu as surement raison en disant que la disparition les sauve du néant. Il est vrai que les mots que l'on ne dit que trop peu, voire jamais, sont probablement ceux dont nous avons le plus besoin, tous ces "je t'aime"-là que l'on n'aimerait entendre encore un peu et toutes ces autres phrases si banales mais si rares.
Tu as vraiment clos ton défi en beauté et, lorsque l'on revoit tous les textes, tu as réussi à nous faire écrire des textes tous plus variés les uns que les autres et, pour cela, bravo !

Posté le : 07/06/2014 23:24
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Re: Nouveau défi du 31/5/2014
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Merci beaucoup Kalimera et Couscous.
C'est vrai que j'ai été vraiment inspiré par ton défi. Au départ je me demandais ce que j'allais bien pouvoir écrire, je me disais que je ne trouverai jamais mais j'ai poussé au fond de mon imagination et j'ai trouvé non pas un, mais deux textes.

Posté le : 05/06/2014 19:39
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Re: Nouveau défi du 31/5/2014
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Salut,
Kalimera, je n'avais vraiment pas pensé à ce défi dans un tel sens que "les sans papiers". C'est très original et bien trouvé ; tu as poussé la définition de ton défi dans ses derniers retranchements, vraiment bien joué !

Couscous, ton second texte et ton essence du bonheur m'a vraiment intrigué et j'aime bien cette fin.

Arielle, très touchante lettre que voilà (dommage pour le prénom russe mais Shakespeare, on ne peut s'en plaindre) et, merci pour le "je ne le crois", tu as raison, il peut porter à confusion.

Exem, la chute de ton poème m'a vraiment bien fait rire et je trouve que tu nous as trouvé une fin magnifique qui convient parfaitement pour ce second texte : "la mort l'avait oublié", j'adore !

Voilà, j'ai été très inspiré par ce défi et j'ai pondu un second texte:

Valkyrie

Les alizés balayèrent le lac et sa main délicate, animée par la brise, glissa le long de son épaule nue ; une caresse ; un frisson ; son dos humide se courba, se recroquevilla dans un geste succinct mais d’une violence inouï. Les feuilles frémissantes se turent et, l’espace d’un instant, seul son souffle sauvage fit écho sur le lac infini. De son bras tatoué « Valkyrie », elle le repoussa et son corps las s’étala sur l’herbe sèche. Elle retira sa chemise et s’élança furieuse dans l’eau trouble. Le courant glacial saisit sa peau de velours, la compressa et elle se sentit étouffer sous l’étreinte glaciale du lac mais elle continua de s’enfoncer dans le cœur du lac. « Ils me méprisent, pensa-t-elle ; mais ils abhorrent mépriser et c’est pour cette raison qu’ils ne désirent que mon départ. Ils crachent, maudissent, calomnient, humilient mais haïr est l’essence même de leur triste nature. Ils se détestent les uns et les autres et, par peur de leur propre tribu, délestent leurs pauvres sentiments sur moi. ».

Depuis la berge, il l’admirait de loin et relisait les lettres noircies sur son dos : « Souviens-toi de tes maux, ne les oublies jamais. Ils sont encrés sur ta peau, ta chair, ton sang ; tu ne les vois pas en permanence, mais, lorsque tu te retournes, ils sont là. N’oublies pas, tu es Juliette Petrovski mais ton nom n’est qu’un artifice qui dissimule tes mémoires dans ton corps ancrées. Tu es une Valkyrie et un jour, tu renaitras de la guerre. ».



La tribu s’était réunie autour du patriarche et monarque qui feuilletait sèchement le papier glacé du journal immobilier. « M’man, tu peux me passer un peu de fric, je dois emmener la Mercedes au garage. ». Un regard assassin s’abattit alors sur le visage enjoué de Gabrielle qui se pétrifia de peur ; elle détourna son regard vers la figure rassurante de sa mère, incapable de soutenir les yeux injectés de sang de son autocrate de père. « Tu vas encore allez voir le garagiste ? J’ai toujours su que tu ne serais qu’une pute, ma fille. J’espère qu’il prendra soin de tes rejetons car n’espère pas venir me supplier la moindre pièce pour ces bâtards. ».

La serveuse apporta la viande saignante du paternel et la table se plongea dans un silence oppressant ; son couteau déchira le steak en deux et l’assiette se gorgea de sang. Après quelques bouchées, il s’essuya goulument la bouche et jeta la serviette sur la poitrine de sa femme. « Et donc, vous travaillez dans quoi Juliette ? ». Son regard était insistant, perçant, meurtrier et, dissimulées sous la table, les jambes de la jeune femme tremblaient frénétiquement, mus par une terrible crainte, la même crainte que le reste de la tablée.

« J’étudie encore. Je suis en train d’écrire une thèse sur le silence dans la littérature et sur la… ». Le père, sans l’écouter, se replongea dans son plat et ignora son discours ; elle poursuivit vainement ses paroles mais, dès que la voix stridente de la de la jeune femme incommoda son repas, le patriarche fit crisser ses couverts contre l’assiette blanchâtre. « A votre âge, seul le travail vous paraitra gratifiant, fit-il entre deux puissantes mastications. Mon père vendait des clopes de contrebande aux dockers ; moi, j’étais agent de… ». Joseph roula des yeux et laissa divaguer son esprit au-dehors ; une fois de plus, le discours de son père s’étalerait interminablement et personne ne l’arrêterait dans son flot de souvenirs ingrats.
« J’étais agent de ce que l’on appelait les « autres », ceux que l’on avait choisi d’écarter de la société. J’avais embauché tous les difformes et les monstres de mon quartier et l’on paradait dans toute la ville avec notre spectacle. Je ramassais un gros paquet, eux leur part, et ils étaient heureux ainsi. Avec le temps, j’ai vu plus haut, je suis passé aux comédiens, puis aux acteurs, je me nourrissais de leurs désirs et de leurs porte-monnaie. Maintenant, je fais de l’immobilier, peut-être qu’un jour je serais producteur ou courtier ou je ne sais quoi. Mais vous, vous être comme mon fils, vous vous nommez intellectuels, un bien joli mot pour décrire la fainéantise. Il faut savoir être intelligent et il faut savoir travailler ; les gens comme vous se complaisent sur leur savoir et n’en font rien si ce n’est du vide. Croyez-moi. ».

Joseph voulut serrer sa main mais elle la retira vivement ; un sentiment d’humiliation l’envahissait et le patriarche ne désirait que son départ, que son abandon, sa défaite. « Un jour, vous comprendrez que penser n’a jamais nourri le peuple ; le peuple a besoin de pain et il est trop inculte pour votre beau savoir ; le peuple a besoin de mensonges. Dîtes-lui qu’il doit travailler pour être heureux et il le fera ; dîtes-lui qu’il doit penser et il se révoltera. Le savoir, cela n’apporte que du malheur. Trouvez-vous un travail ou quelqu’un de plus fortuné que mon fils qui pourra entretenir vos besoins et vos désirs. Regardez ma femme, elle est fainéante mais elle m’a épousé moi. ».


Sur le parking du restaurant, elle s’était allumé une cigarette ; elle écrasa son mégot de même que le père réduisait son fils à un sous-être. « Tu me ramènes une telle pute à table ? Regarde-la habillée comme un homme avec sa chemise et son jean : tu veux une camionneuse ou une femme sous ton toit ? Tu n’es qu’un idiot, fils. Cette femme-là, elle te trompera et chez qui viendras-tu pleurer ? Tu es comme ta sœur, un incapable. Qu’ai-je donc fait pour vous mériter ? Regarde-la avec ses tatouages sur les bras et les épaules, tous ces mots vulgaires écrits sur son bras. Valkyrie… Tu veux une femme ou un roman quand tu te couches le soir ? Sa peau noircie à l’encre ne t’apportera rien d’autre que des idioties. ». Il se taisait et laissait son père humilier Juliette. Cette scène s’éternisa et elle engloutit une autre cigarette, puis une cinquième, une huitième…

La mère fit alors claquer ses talons sur l’amer béton, trottina jusqu’à elle et lui adressa ses premiers mots : « Juliette, où habitez-vous ? ». Elle lui répondit qu’elle logeait un maigre appartement dans les quartiers nord, juste après le quartier des artistes. « Le quartier nord. [C’est un quartier peu cher]. Je m’en doutais lorsque j’ai vu vos habits, vous n’êtes pas quelqu’un qui se soucie de son apparence, c’est certain. J’aurais justement besoin… ». Elle cessa d’écouter la matriarche à l’issu de cette dernière réplique. Au fil du repas, elle l’avait érigée en victime mais, derrière son silence, seul la médisance régnait. Gabrielle héla alors sa mère qui interrompit ses paroles et accourut en direction de la Mercedes argentée.


Lorsqu’elle revint sur la berge, Joseph était encore allongé et n’osait la regarder. « Pourquoi est-ce que tu ne m’as pas défendu lorsque ton père m’a insulté. Tu n’es qu’un lâche, tu es pire qu’eux ! Tu te laisses rabaisser depuis tout ce temps parce que tu n’as même pas la force de les haïr. Tu te caches derrière eux, ils te protègent et, en contrepartie, lorsque les victimes leur manquent, ils délestent leur trop plein de haine sur toi. Hier, lorsque ta sœur m’a appelée, je croyais qu’elle s’excuserait ou qu’elle compatirait mais elle a continué le ballet de dégout. Je lui ai raccroché au nez et t’ai demandé de la rappeler. Tu n’as rien fait et, aujourd’hui je comprends. Tu fais partie intégrale de leur tribu, tu es comme eux. Peut-être que tu m’aimes, mais qui haïras-tu si ce n’est mes amis, ma famille, nos enfants. Tu crois ne pas être comme eux ; tu te trompes. Tu es un membre de leur tribu. ».

Il n’osa parler et elle soupira : elle avait vu juste. Elle se retourna et s’apprêta à partir lorsqu’il l’interpella : « Ton tatouage, il a disparu. Ton dos, il n’est plus fait que de peau lisse et blanche. ».

« Souviens-toi de tes maux, ne les oublies jamais. Ils sont encrés sur ta peau, ta chair, ton sang ; tu ne les vois pas en permanence, mais, lorsque tu te retournes, ils sont là. N’oublies pas, tu es Juliette Petrovski mais ton nom n’est qu’un artifice qui dissimule tes mémoires dans ton corps ancrées. Tu es une Valkyrie et un jour, tu renaitras de la guerre. ».

« C’est parce que je commence une nouvelle ère loin de toi, je ne suis plus Juliette Petrovski, je ne porte plus d’histoires ni de souvenirs, je commence une nouvelle ère loin de ce que je suis. Je n’ai plus besoins de ces mots, plus besoin de mon passé. Je suis une Valkyrie et, aujourd’hui, je me relève après le combat, je marche entre ces corps prodigués qui jadis m’appartenaient et je m’élance vers l’ivresse du vin et de l’hydromel, je m’élance vers une nouvelle vie. ».

Posté le : 04/06/2014 17:35

Edité par alexis17 sur 05-06-2014 19:40:41
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Re: Nouveau défi du 31/5/2014
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Merci à tous pour vos commentaires, je suis très touché !
Au plaisir de lire votre réponse à ce défi !

Posté le : 02/06/2014 08:16
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Re: Nouveau défi du 31/5/2014
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Salut Kalimera,
Quelle dommage que ton texte n'ai pas vu le jour mais cela nous a fourni un sacré défi.
Couscous, ton texte me fait assez froid dans le dos. Je ne suis pas du genre à croire au fantôme ou ce genre de choses, mais un enfant décédé, quelle tristesse. Moi non plus, ne n'ai pas fait dans la gaieté je crois. En tout cas, voici ma réponse à ce défi.



Lettre Blanche


« Je suis Monsieur Wenders. ». La domestique referma la porte de ses petits doigts potelés, le guida jusqu’au cœur du patio et alla chercher son maitre. Le soleil était couchant et les feuilles humides se teintaient de reflets orangés ; les senteurs délicates des fleurs d’abricotiers embaumaient la cour et le cadre paraissait irréel, éternel. Il s’approcha pour en cueillir une, la plus petite et la plus pâle de toute qu’il glissa dans la poche de sa veste. Notre jeune médecin n’avait jamais pénétré dans une telle demeure, bien loin de son enfance ouvrière, de son père minier et de sa mère laveuse, et, pour la première fois de sa vie, il découvrait ce que ses parents avaient tant envié, ce pourquoi ils avaient tant travaillé, cette chose qu’il n’avait jamais obtenu malgré toute leur volonté.

Monsieur Arman Celal essayait de déceler le caractère de son hôte ; cependant, malgré son œil sournois et avisé, le médecin de campagne restait une énigme pour le cinquantenaire. « Quel âge avez-vous Monsieur Wenders ? ». Le visage d’Arman Celal était austère, froid, saillant et sa barbe blanchâtre mais soignée rappelait au médecin son père, cet anarchiste patriarcal dont la fureur avait jadis fait trembler la maison familiale. « Trente-deux ans, Monsieur. ». Arman éclata de rire ; ses dents jaunies par la cigarette brillaient sous le lustre d’argent et son haleine amère telle le marc de café, agressa les naseaux du médecin. « Et vous vous prétendez médecin à votre âge ? ». Monsieur Celal ne pouvait s’arrêter de pouffer tandis que le jeune médecin restait de marbre.

« Monsieur, fit-il d’une voix sèche, je suis le seul médecin à cent kilomètres et, si vous pensez que je ne mérite pas de vous soigner, appelez donc quelqu’un de la ville, il se fera une joie de vous facturer ses frais et son voyage. Mais, après tout, l’argent ne semble pas être un problème pour quelqu’un comme vous. ». Le visage d’Arman se durcit violemment et il se leva pour mettre son hôte à la porte. « Les gens comme moi se passeront aisément de vos services, Monsieur Wenders. ».

Une silhouette parut alors au premier étage. Une femme d’une vingtaine d’année et en robe de chambre s’avançait d’un pas las et vint s’appuyer sur la rambarde. Malgré son teint pâle, la beauté de la demoiselle resplendissait et le médecin peinait à ne pas l’admirer. « Laissez-le monter, père. ».



Lorsque le médecin pénétra la chambre de la demoiselle, elle s’était déjà rallongée sur son lit. Il se saisit d’une chaise et vint s’asseoir près d’elle. « Mon père n’a jamais aimé les allemands. Sauf ma mère. Ne lui en voulez pas s’il vous traite ainsi, car c’est ainsi que le traitent les gens d’ici. Il n’est d’ailleurs pas sorti de notre maison depuis bientôt trois ans et la mort de ma mère. Ah ! Quelle ironie n’est-ce pas ? Perdre une femme puis une fille. Quelle triste ironie. ». La tristesse se lisait sur son visage, de même que la mort.

« Alors docteur, est-ce que je vais mourir ? ». Un sourire amer se lisait sur le visage de la jeune femme qui connaissait déjà la funeste réponse. « Ma mère avait la même maladie. Elle en est morte en un an, pas un jour de plus. Cela fait déjà huit mois pour moi ; je devrais commencer à faire un pacte avec le diable, non ? ». Le jeune homme chercha sous sa chemise son pendentif et le pressa contre sa poitrine. « Vous êtes croyant Monsieur Wenders ? Je ne crois pas. C’est peut-être pour cela que j’ai plus peur de la mort que vous, les catholiques. ». La jeune femme détourna la tête et les sanglots se firent ouïr.

Après lui avoir prescrit des calmants, le jeune homme s’apprêta à partir mais elle lui demanda un dernier service. « Pouvez-vous me lire une lettre, s’il vous plait ? Elle est posée sur le bureau et, avec ma vue qui se ternit, je peine à la lire. Adressée par Nuri Ulrich à l’attention d’Ayse Celal. Il me l’a envoyé il y a une semaine de son voyage en Russie où il essaye d’acheter des terres pour son entreprise. ».

Le médecin posa sa valise et chercha sur le bureau la lettre, en vain. Il y avait deux tas de lettres posées sur le bureau : une pile ancienne et une pile plus récente mais dont l’écriture n’était pas la même, sûrement celle de son père ou d’une domestique pensa-t-il. Cependant, la dernière lettre datait d'il y a plus d’un mois : la lettre convoitée avait disparue. Elle n’avait peut-être jamais existé, peut-être que cela n’était que démence, mais il ne pouvait la décevoir. Il se saisit ainsi d’une feuille blanche et vint s’asseoir sur le bord du lit ; il prit une grande inspiration et lut les écrits imaginaires.



Ma chère et tendre Ayse,
J’ai pénétré dans la nuit une étrange maison bourgeoise perdue au cœur des cerisaies de ce beau pays. Le lever de soleil y est d’ailleurs de toute beauté et je regrette tant que tu ne sois pas auprès de moi en cet instant sublime. Adossé contre un tronc, mes pieds effleurent la rosée matinale et je ne peux supporter notre éloignement. Le temps semble s’être arrêté par ici : le chant des oiseaux est d’une mesure consommé mais mes oreilles ne sont charmées qu’au doux son de ta voix ; les rais fournissent jour après jour les mêmes caresse ardentes mais ma peau embrasée s’assèchent sans tes douces mains et ma gorge se resserrent dans un étau de tristesse sans tes baisers incendiaires. Mon amour, je me languis tant de toi tandis que tu languis de ta maladie. Pourquoi suis-je parti si loin de toi ? Même dans mes rêves les plus secrets je n’aperçois que toi, mon amour.

Bientôt, je franchirais de nouveau les plaines ombragées et embarquerait à bord du transsibérien qui me ramènera jusqu’à toi. J’irai à pied s’il le faudra, mais je reviendrai et t’aiderai à guérir. Oui, tu guériras et je serai l’homme le plus heureux d’Allemagne. Je te ravirai à ton père et t’emmènerai par-delà les frontières de notre monde, là où le ciel ne connait ni la nuit ni la pluie et où tes joues ne connaitront plus les pleurs.
Que la Russie est triste sans toi ! Que je suis triste sans toi !
Je reviendrai, sois en sûr, mon amour.




La jeune femme pleurait et, malgré la passion de notre jeune médecin, tous deux savaient qu’il n’y avait que mensonge derrière ses paroles. Nuri n’avait plus écrit depuis bien longtemps et ce voyage en Russie semblait d’ailleurs n’être qu’un prétexte pour cacher la lâcheté du jeune homme qui avait abandonné la pauvre Ayse dans ses tourments.

Lorsqu’il ressortit, Monsieur Celal l’attendait, une liasse de billets à la main. « Pour la lettre, chuchota-t-il. ». Il lui glissa l’argent dans la poche et le jeune homme ne put le refuser malgré toute son intégrité. « Achetez un cadeau à votre femme ou votre fille, rajouta-t-il. Il faut en prendre soin avant qu’elles ne disparaissent. ».

Posté le : 01/06/2014 14:51
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Re: Défi Nouveau.
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Quels seraient ces éléments ? Sur ce coup là mon enseignement scientifique m'aide un peu...
Je ne sais si tu te bases sur les symboles de Mendeleïev ou non mais voici mes hypothèses (je me restreins aux éléments connus et à un aspect uniquement scientifique) :
- Le A correspond soit à l'américium, ultra radioactif, artificiel et qui fait exploser notre cœur, soit à l'or (noté Au) métal que les hommes ont toujours chercher et attaqué par très peu d'acides.
- Le M est sûrement du magnésium car il peine à s'enflammer ou, si l'on ne choisis pas les abréviations, au mercure qui est lui très toxique pour l'homme.
- Pour le O je dirais de l'oxygène puisque l'on a autant besoin d'amour que d'oxygène: l'on respire l'amour !
- Le U se complique... Le seul qui ne soit pas trop complexe est l'uranium, radioactif par excellence.
- Enfin, le R... Le radon ? Gaz noble, incolore, inodore, instable quelque soit son isotope et donc radioactif. Il me semble un parfait candidat.

J'espère que mes pronostics ne seront pas tous faux mais j'aurai également ajouté un aspect biologique à tout cela. La contraction de nos muscles, le souffle qui se coupe...
Hâte de connaitre la réponse.

Posté le : 30/05/2014 19:00
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Re: Nouveau Défi !!!!!!
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Bonjour à vous,
Je me suis régalé (si je puis dire) à lire vos textes, tous plus originaux les uns que les autres (j'avoue qu'entre la version philosophique d'Exem et celle plus humouristique de Couscous on fait le grand saut !) et je vous propose désormais ma contribution.

Une Faim de Loup


Brutus Junior errait le long du boulevard à la recherche d’une proie à se mettre sous la dent. Il n’avait pas mangé depuis hier soir et, en cette suave nuit, sa gorge se languissait d’une viande bien tendre. Certes, Brutus était petit et frêle mais il était également le plus hargneux et vicieux de tout le quartier, toujours prêt à s’enfourailler un bon gigot juteux ou un carré bien gras. Il réajusta les clous de son collier et bifurqua dans une sombre ruelle. Sa truffe sentait qu’il y avait de la chair fraiche aux alentours et il se décida à pénétrer dans une obscure boîte de nuit des bas quartiers.

La bière coulait à flot et Brutus ne tarda pas à flairer quelques proies faciles. Il y avait cette jolie demoiselle à la peau blanchâtre et dont l’esprit corrompu par l’alcool profond ancré dans ses veines serait facile à convaincre ; de plus, une jupe aussi courte et des jambes aussi longues ne laissaient pas notre prédateur indifférent. Cependant un doberman massif vint la serrer contre lui et l’embrassa fougueusement jusqu’à l’étouffer.

Brutus laissa de nouveau divaguer son regard et s’arrêta sur une poulette bien charnue, aux courbes voluptueuses et aux atouts des plus dodus. Brutus prit sa démarche la plus ravageuse et vint coller son derrière ossu contre le sien grassouillet. « Je peux vous offrir un verre ? ». Elle lui lança un regard meurtrier puis pouffa et se dirigea vers une bande de jacasseuses toutes plus médisantes les unes que les autres (elles devaient avoir du sang de Bichon celles-là). Sa fourrure ne fit qu’un bond et tous ses poils s’hérissèrent de rage : personne n’avait ainsi remballé Brutus Chihuahua Junior ! Il garda cependant toute sa dignité et se contenta d’une grimace dévoilant ses crocs courts mais acérés.

La nuit passa et Brutus resta sur le carreau, enchainant les bourbons sans jamais combler sa fringale. La boîte s’était vidée et il ne restait plus grand-chose d’autre que des ivrognes et des cougars insatisfaites. Brutus remballa donc ses espérances hautaines et accosta la première vieille dame qui lui passa sous la papatte. « On va chez toi ou chez moi, lui lâcha-t-elle avant même qu’il ne fut près d’elle. ». Il choisit chez elle : sa niche n’avait pas été nettoyée depuis plus de deux semaines et l’évier était encore plein de gamelles sales.



Brutus avait forcé sur le bourbon et le champagne mais, malgré sa vision floutée, il trouva la force de sauter sur le corps nue de sa « conquête » dont la libido n’avait, semble-t-il souffert ni de la soixantaine (ou sûrement plus) ni de la mort de son mari. Brutus l’enlaça dans ses bras frêles et, après lui avoir langoureusement léché la nuque, lui mordilla l’épaule. Mais, ce qui ne devait être qu’un geste charnel, réveilla son appétit insatiable de viande. Certes, elle n’était pas aussi tendre qu’espérer, voire-même un peu rance et flétrie, mais il ne put s’empêcher de planter ses crocs plus profondément. Il sentit le gout âpre de son sang alcoolisé et, lorsque la première goutte de sang glissa dans sa gorge, il ne put s’arrêter. Malgré ses cris, il enchaina bouchée sur bouchée…

Après quatre longues heures de boucherie, Brutus fut enfin repu tandis que le corps de sa compagne s’était éparpillé partout dans la chambre : cervelle sur le tapis, tumeur dans le placard, cellulite sur le papier peint et broche de hanche au ventilateur. Brutus rongea un dernier os, se prépara un doggy-bag et abandonna le reste sur les draps plissés et rougeoyants.

Posté le : 25/05/2014 15:31
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Le soleil n'est qu'une étoile du matin.
H.D Thoreau
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Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
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