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Nouvelles confirmées : La maison en coquillages 23
Publié par Loriane le 16-02-2012 14:20:00 ( 443 lectures ) Articles du même auteur




La maison en coquillages 23




La maison en coquillages 23


Dehors la vie était encore ouatée, au loin de ci, de là, on entendait un coq, puis un autre qui chantaient dans un jardin voisin.
Dans la chambre le froid humide était très désagréable, et Linette enfila très vite sa robe, puis dans un geste machinal elle remonta vigoureusement, en tirant dessus, sa culotte en interloque blanc jusque sous les bras.
Daniel grelottait et s'habillait lui aussi sans trainer.
La petite sœur pleurnichait elle avait mal dormi, et se débattait pendant que Linette l'habillait. Depuis quelque temps la petite sœur mordait souvent, elle mordait toute personne qui l'approchait et Linette comme Daniel avaient souvent des traces de morsures sur les avants bras.
Quand Daniel ou Linette criaient maman intervenait:
"Ne criez pas comme ça, elle est petite, c'est encore un bébé, vous êtes grands, vous pouvez comprendre, non ?"
Un jour que Daniel avait mal supporté la douleur des dents plantées dans son bras, il avait lui aussi mordu la petite. Mais celle-ci, du haut de ses quatre ans, avait réagi avec rage, elle s'était emparé du balai appuyé au mur de la cuisine et avait distribué quelques coups de manche sur ses deux ainés.
Mais on ne doit pas taper sur plus petit que soi, aussi Daniel et Linette s'étaient mis à courir autour de la table pour éviter les coups pendant que la petite sœur en colère courait derrière eux en les menaçant.
Maman alertée par les cris et le raffut, remonta rapidement de la cour où elle bavardait avec Madame Hervé, et elle s'arrêta net devant la scène de cavalcade qu'offraient les trois petits.
En découvrant ce spectacle et les raisons du bruit, elle fut prise d'un irrépressible fou-rire, pendant que les enfants couraient en se cognant dans la table, puis elle attrapa au passage la petite furie, la prit dans ses bras en riant, et en traitant ses deux ainés, de grands imbéciles.
Longtemps et bien souvent, Linette entendit maman raconter cette scène, elle en riait beaucoup, elle était très amusée, et même fière de sa petite dernière "qui ne se laissait pas faire".
"Si vous aviez vu ce petit bout de femme qui faisait peur à ces deux grandes bringues !!!"
"Linette ! dis donc, faut que j'y aille ? tu veux que je t'apprenne à trainer ? "
"Je viens maman"
Maman était en colère.
Linette avait les cheveux dans la figure et ne trouvait pas sa barrette.
Mais qu'est-ce qu'elle en avait fait la veille ?
Ces doigts étaient gourds, les cheveux en désordre elle alla dans la cuisine pour ranimer la cuisinière. La petite table de bois blanc de la cuisine était très encombrée.
Linette plia le journal "l'Humanité" de papa, enleva son assiette sale dans laquelle il avait mangé sa soupe du matin, ses pelures de pommes, ses gousses d'ail, et son quart avec ses ronds de vin rouge en dessous. Elle rangea la bouteille de vin "postillons", puis elle remit dans le tiroir tous les couteaux affutés la veille.
Pour faire la place nécessaire, aux bols du petit déjeuner, elle plaça dans le petit garde à manger grillagé, sous la fenêtre, le saladier dans lequel dessalait la morue du vendredi, jour du poisson pour tous dans ce quartier, que l'on soit ou non croyant.
Maman la cuirait tout à l'heure dans le grand faitout de fer blanc avec des pommes de terre dans leurs peaux, puis ils les écraseront tous à la fourchette dans leurs assiettes.
"J'aime pas faire à manger"
Disait sans cesse maman, et ça Linette l'avait bien compris.
Bientôt la cuisinière se mit à ronronner, maman pliait son lit cage et avait allumé la radio,
"Bonjour les amis bonjour..." chantait un chœur joyeux sur radio Luxembourg.
Puis la voix familière du journaliste donna les nouvelles du jour.
"Demain à dix-sept heure, la fin du monde, annonçée par ..."
Linette suspendit son geste et se sentit vidée de son sang.
"Mais qu'est-ce que t'as encore ? ! tu es toute blanche, tu vas pas t'évanouir, non ! ?"
La voix de maman trahissait plus d'irritation que d'inquiétude.
"Maman, c'est la fin du monde ?"
"Mais qui t'a dit ça ? et puis moi j'en sais rien, ma pauvre fille si tu crois tout ce qu'on raconte, t'as pas fini!!"
"Bon en attendant la fin du monde, tu ferais bien de te coiffer"
Linette ne comprenait pas, elle était sous le choc et avalait sa salive difficilement, elle n'avait plus de force et des fourmillements sur ses lèvres l'affolaient, elle se sentait toute molle.
"Merde !! hurla maman, va t'assoir avant de tomber n'importe où et arrête d'écouter ces conneries !!!"
Maman tourna le bouton de la radio avec rage et le silence froid succéda au tumulte de la tête de Linette.
"Vas te coiffer et dégrouille toi ou tu vas t'en prendre une"
Linette retourna dans la chambre, elle ouvrit la fenêtre et replia les hauts volets. La nuit s'effaçait doucement tout était gris, et mouillé. Les fils à linge de la cour pleuraient leurs milliers de perles de pluie.
Il pleuvait sur la niche de Dick, sa chaine trainait, déroulée dans le sol trempé et Linette vit dépasser de l'ouverture le bout de sa truffe posée sur ses pattes.
La petite fille se mit à la recherche de la grosse barrette sur laquelle maman accrochait, pour faire beau, un gros nœud de ruban au bord découpé en dentelle.
Il fallait bien ressembler à une fille et pour ça Linette était d'accord, elle habituellement assez indifférente aux jugements, souffrait beaucoup trop de toutes ses méchantes accusations qui voulaient qu'elle ne soit "qu'un garçon manqué".
Elle n'en comprenait pas vraiment les raisons et les implications, mais elle comprenait parfaitement que ce n'était pas là une bonne chose.
Elle sentait que ce qu'elle était dérangeait l'ordre des choses.
Comme une chose monstrueuse, elle n'était pas une fille, elle n'était pas un garçon, et ne savait pas comment remédier à cette tare.
En faisant le lit, elle retrouva coincée dans la lourde couverture grise, sa barrette avec le nœud tout écrasé.
Elle brossa ses longs cheveux, les tira en arrière, puis les coiffa de la nuque jusqu'au haut de sa tête, elle serra dans sa main sa chevelure rassemblée en haute queue de cheval et les coinça dans la grosse pince à cheveux, elle abandonna l'idée de déplier le nœud qui pendait comme un papillon mort, et préféra faire un câlin à Diane qui somnolait sur sa couverture.
"Linette"
La voix d'Anita dans la rue l'appelait.
Elle enfila sa parka, et noua les lacets de ses "grosses chaussures de la ville", puis elle noua les lacets des chaussures de Daniel, une rosette et un nœud par-dessus pour que les lacets ne se défassent pas et que l'on ne risque pas de tomber en marchant dessus.
Le ventre toujours noué, les jambes coupées, elle attrapa son cartable d'une main celui de Daniel dans l'autre et parti vers la porte.
"Au revoir maman"
Maman assise mangeait ses tartines, elle ne se retourna pas.
"Oui, oui, au revoir, mais dépêchez-vous"
"Oui maman"
Ouf, elle n'avait pas vu sa barrette et le beau nœud tout ratatiné.
En bas de l'escalier-échelle, Linette fut saisie par cette horrible odeur de grésil que son père avait dû répandre devant la porte, et sans modération comme d'habitude, avant de partir faire sa tournée.
Linette détestait cette odeur, et dire que demain c'est la fin du monde à cinq heures se disait-elle.

Lydia Maleville

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Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
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