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Nouvelles confirmées : La maison en coquillages 24
Publié par Loriane le 16-02-2012 14:22:37 ( 1137 lectures ) Articles du même auteur




La maison en coquillages 24



La maison en coquillages 24


Le jour n'était pas encore levé. La lumière filtrait difficilement l'épaisseur des nuages gris sombres.
Alignés sur un seul côté de la rue les rares éclairages braquaient encore un faible et étroit faisceau jaune sur les murs et le trottoir.
Le macadam était d'un noir brillant, il ne pleuvait plus que quelques rares gouttes lourdes et épaisses qui s'écrasaient en milles éclaboussures.
Eh ben là, on peut passer entre les gouttes, se disait Linette , en pensant à cette phrase bizarre que maman répétait souvent. Si Linette disait en opposant cette objection :
"mais maman il va pleuvoir",
il n'était pas rare que la petite fille s'entende répondre avec irritation :
" ben, t'auras qu'a passer entre les gouttes"
La petite fille se disait que décidément les adultes ne sont pas des gens très raisonnables, ils étaient vraiment bizarres, pourquoi donc dire des choses aussi bête ?! se disait Linette.
Daniel passa devant elle en courant pour rejoindre Serge qui était devant la maison de Madame Floriot, la voisine du père Godefroy.
Monique et Jean-Pierre sortaient de chez eux et traversaient la cour.
Dans la rue Mireille, la grande sœur d'Anita partait à l'école et Monique lui emboitait le pas.
Linette ne sentait plus ses doigts déjà froids et durs, elle serrait la poignée de son gros cartable de vieux cuir marron.
Elle avait si froid, Anita était devant la porte, en la voyant là, Linette ressenti un grand soulagement.
" Christiane arrive ?"
"on va l'appeler ?"
Anita n'avait pas l'air mieux réveillée qu'elle.
" Tu sais que demain c'est la fin du monde, j'ai peur, et toi ?"
Linette ne pouvait plus attendre, elle voulait en parler, il fallait qu'elle sache ce qui allait se passer demain.
Anita avait dû entendre les mêmes informations et partageait la même peur.
"oui, j'ai peur, maman dis que c'est pas vrai, mais elle peut pas savoir"
"qu'est-ce qui va se passer ?"
"j'sais pas on va tous mourir"
" Mais les chiens et les chats aussi, et les oiseaux aussi... ?"
"je sais pas, tu crois..."
La réponse fut interrompue brusquement par une intervention énergique.
"Mais qu'est-ce que c'est que ça, qu'est-ce que vous faites encore là ? et l'école, alors !"
Madame Hervé qui sortait de sa cuisine au rez-de-chaussée, s'engagea dans l'escalier et montait à ses chambres.
"Allez ouste, la marmaille, au travail !"
Christiane les avait rejoint et le petit groupe se mit lentement en route. L'humeur des petites comme le ciel était maussade et sans entrain.
Les pieds étaient lourds, les esprits inquiets, le jour trainait au dessus du toit de gros cumulus. On ne voyait même plus les avions.
Au coin de la rue, le terrain vague où les bohémiens venaient de temps à autre planter leur petit chapiteau de cirque, était brumeux et les touffes d'herbes étaient courbées, blanchies par le froid.
Les troncs des grands peupliers qui bordaient tout le long du champs de course, étaient tous noirs.
Leurs longues branches nues laissaient voir la vieille bâtisse toute en longueur, qui courait parallèle à la rue Jean-Jacques Rousseau et qui abritait encore les tribunes, qui tombaient lentement en ruine et où s'asseyaient autrefois les belles dames et les beaux messieurs qui assistaient aux courses de lévriers.
Ces superbes chiens fins et racés avaient concouru sur la longue piste d'un bel ovale encore en état et qui servait aujourd'hui de parc de jeu aux gamins du quartier.
Après le grand champs de course désaffecté se trouvait plusieurs hectares de liberté. Il y avait là, les ruines et les anciennes fortifications du château de Marville, avec son petit cours d'eau, une vieille bergerie encore occupée par un troupeau qui paissait sur cet immense espace.
Ce domaine leur semblait sans frontière et offrait aux enfants mille et une cachettes, trous, arbustes, buissons, cachettes, lieux étranges qui faisaient frémir les petits mais aussi certains plus grands qui venaient faire des trucs "cochons", cachés sous les frondaisons, sous les marronniers.
Maman disait qu'il venaient pour "regarder les feuilles à l'envers".
Linette, Anita et Christiane, elles, préféraient faire des petits bouquets tous ronds, de pâquerettes et de boutons d'or en soufflant sur les fleurs de pissenlit.
Toutes ses gentilles fleurettes étaient objet d'un jeu auquel les petites aimaient très souvent s'amuser :" est-ce que tu aimes le beurre ?" interrogeaient elles, plaçant un bouton d'or sous le menton d'une petite camarade et la réponse était miraculeusement donnée par le reflet jaune sur leurs peaux d'enfant; ce qui fait que, en définitive, beaucoup de ces petits aimaient le beurre bien évidemment !
C'est dans ce paradis qu'elles venaient s'écorcher les mains en cueillant des bouquets d'aubépines qui leur faisaient payer le tribut du sacrilège en leur laissant de longues et jolies griffures sur les mains et les bras. C'est là aussi, qu'elles allaient caresser la douceur des longs gracieux chatons soyeux et parfois gluant de sève, qui sortaient à la fin de l'hiver leur annoncer le printemps en apparaissant comme un prodige sur les longues branches sans feuilles.
Mais dans ce lieu aussi, dans ces anciennes douves qui retenaient encore de l'eau les petits venaient pécher les têtards qu'ils emportaient curieux et satisfaits, dans de vieux bocaux, ou dans des vieux verres de moutarde chipés aux parents.
Dans l'angle de la rue, à la croisée de la rue Jean-Jacques Rousseau, et la rue des Postillons, devant la principale porte d'entrée du champs de course, protégée par le long grillage qui le clôturait tout entier, se trouvait la grande et jolie maison de maître, des gardiens de ce grand domaine. C'est là qu'habitait maintenant la famille de Micheline Lacroix et de son frère.
Mais dans ce jour hivernal, dans cet l'instant Ils sortaient eux aussi de chez eux pour se rendre l'école.
Les caniveaux brillaient de longues bandes de glace.
Les fillettes avaient froid, elles marchaient en silence, la fin du monde était là au fond d'elles et les paralysait.
Linette promenait son regard sur les maisons, les arbres, les jardins...
Sa peur la tenaillait et son esprit ne pouvait se fixer sur autre chose que cette question terrible : Est-ce que tout ça va disparaitre, et les arbres aussi, il n'y aura plus de fleurs ?
"Moi aussi, j'ai peur "
La voix de Christiane était calme sans passion, comme déjà prête à mourir.
"Tout va exploser ?"
" peut-être pas, on va mourir et on nous verra plus"
Anita exposait sa vision et on sentait son inquiétude.
Linette réfléchit un instant puis ajouta :
"Peut-être qu'on va tous tomber et que la terre va partir au fond"
"Oui peut-être" Anita était dubitative,
"Mais la lune alors elle va tomber aussi ?
"Et les chinois qui sont en dessous y vont mourir aussi , alors ?
"Mais la mer, elle va aller où ?"
"Peut-être qu'on va mourir parce qu'elle va tomber sur nous"
Cette évocation, les fit encore plus frissonner, Christiane s'inquiéta :
"Mais on sera encore plus mouillé on va se noyer et les chats aussi !"
Les petites étaient arrivées à mi-chemin, elles dépassèrent le magasin, Bureau de tabac des parents de Denise Longeon et passèrent devant le boucher.
Plus loin sur le trottoir face à la boutique de "Bob", le marchand de bonbons, elles virent deux cartables, tous seuls, posés là, appuyés l'un contre l'autre, comme tristes d'être abandonnés.
Dans le jour naissant, elles distinguèrent plus loin deux silhouettes qui patinaient sur leurs chaussures, faisant de longues glissades sur les caniveaux.
Daniel et Serge glissaient comme deux fous enragés en battant des bras dans l'air humide, ils avaient la crête en bataille, les joues rouges pivoines et ils exhalaient des nuages de buée de leurs nez et de leurs bouches.
Anita était en colère
"C'est pas possible, si mes parents les voient, c'est la fin du monde !!"
"Tais toi !!"
hurlèrent Linette et Christiane

Lydia Maleville

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Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
.

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