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Nouvelles confirmées : La maison en coquillages 8
Publié par Loriane le 07-02-2012 18:09:08 ( 716 lectures ) Articles du même auteur



La maison en coquillages 8



La maison en coquillages 8

La rue montait en une pente légère.
Arrivé devant la grille le groupe d'enfants s'était agrandi de deux copains qui venaient de la rue de droite. Ils pénétrèrent tous sans chahut, dans l'enceinte de leur paroisse Sainte Jeanne d'Arc.
Tout de suite ils traversèrent le parvis, laissant sur le côté droit le presbytère. 
C'était une grande maison avec un étage, et un petit jardinet sur le devant.
Les enfants montèrent en silence, les larges marches du parvis et passèrent sous le porche sombre.
Linette retrouvait l'odeur d'encens et le sentiment d'immobilité tranquille que la lumière filtrée par les vitraux ne troublait pas.
Chacun leur tour, ils trempèrent leurs doigts plutôt sales dans le gros bénitier de pierre et se signèrent en pliant un genou face à l'hôtel de chœur. A ce moment ils prenaient comme le font les adultes un air grave et inspiré qui leur permettait de se sentir conformes et en paix avec leurs consciences.
Ils avancèrent toujours en silence en se séparant par habitude en deux groupes, les filles partaient sur la gauche, les garçons à droite. Il semblait impossible de faire ces quelques mètres sans qu'une chaise ne soit bousculée, un prie-dieu déplacé, ou qu'un début de chute ne provoque des rires étouffés. Il y avait presque toujours un bruit incongru qui déclenchait un début d'hilarité réfrénée.
L'église pour Linette comme pour beaucoup d'enfants était le lieu privilégié pour les crises de fou-rire.
Bien sûr il y avait la peur de mal faire, bien sûr il y avait la sévérité sous-jacente du respect au dogme religieux, mais surtout il y avait ce merveilleux besoin de transgression qui donnait tout son prix aux bêtises des gamins énervés par ce contrôle qu'ils devaient apprendre à exercer sur eux-même.
La traversée de l'église était donc un moment délicat comme le serait la traversée d'une forêt en pleine nuit.
Traversée à la fois excitante et crainte.
Aussi, l'entrée dans la sacristie, de chaque côté du chœur était l'occasion de relâchement et de rigolade sans raison.
Le père Rodemack les attendait en rangeant ce que Linette appelait sa vaisselle. Vaisselle constituée de calices d'argent brillant, de burettes de cristal, de coupelles et de coupes dorées etc...
Le vieux curé partageait sa charge avec 3 autres prêtres dont un était prêtre ouvrier.
Ces quatre là étaient, en plein territoire du communisme flamboyant, pur et dur de Saint Denis la rouge-foncé-, des champions de l'éducation et de la garantie de la moralité entendue avec amour.
Ils étaient tout à la fois et l'un après l'autre, les grands frères, les pères, les exemples, les consolateurs, les appuis, les négociateurs, œuvrant sans conflit et avec beaucoup de bonhommie sur la terre même de leur ennemi naturel.
Chacun de ces enfants prendront ensuite, conscience le moment venu, de la valeur de la richesse qui leur fût ainsi simplement offerte.
Linette, Anita, Christiane et les autres, dégustaient l'harmonie ambiante, tout simplement, juste en vivant profondément chaque instant avec cette sagesse inhérente aux enfants.
Le père Rodemack, était près de la retraite, c'était aussi un géant, maigre et vétu de sa longue robe noire de prètre aux mille boutons. 
"Comment qui fait pour s'habiller tous les matins ?" 
demandait Anita, qui savait comme tous les enfants ce que représente d'effort un boutonnage quotidien rapide et bien fait.
"peut-être qu'il dort avec "
répondait Linette.
"ben peut-être que la dame du presbytère l'aide"
suggéra Christiane qui ne savait pas que, déjà d'autres avaient eu les mêmes pensées, mais bien entendu en y ajoutant des suppositions bien éloignées pour le moment des préoccupations de petites filles.
Christiane appliquait tout simplement, disons même purement le précepte en vigueur chez les âmes vaillantes qu'elles étaient :
Aimez-vous les uns, les autres, et surtout, une âme vaillante aide toujours son prochain. Rien d'autre.
L'installation sur les chaises alignées de la sacristie ressemblait un peu au jeu des chaises musicales. Non, par manque de chaises évidement, mais chacune voulait être à côté de chacune. Certaines se bousculaient, s'asseyaient sur les genoux d'une autre.
" monsieur l'abbé, elle a pris ma place ..."
Ca bagarrait, ça couinait un peu, certaines chrétiennes étaient teigneuses et le diable n'était pas tout à fait en perte de vitesse, on pouvait encore l'entendre en chacune d'elle.
Il y aura des tas de choses à confesser tout à l'heure à la sortie du catéchisme.
Mais le père Rodemack, rappelait les préceptes chrétiens et le silence s'installait sans chasser tout à fait les bouderies sur certains visages.
Linette, elle, avait d'un premier regard vu, accrochée sur les pierres du mur du fond, en partie cachée par l'armoire, la longue frise décrochée et pendante, représentant, avec leurs couleurs, les différents temps de l'année liturgique, et qui était mise là bien avant Noël.
"qui peut me dire dans quelle temps liturgique nous sommes ? "
demanda le père Rodemack.
"dans le temps ordinaire"
cria tout de suite Linette
" et de quel couleur sont habillés les prêtres au service ?"
"en vert"
"Linette n'apprenait pas ces leçons mais elle savait être rapide.
"c'est bien, voilà une petite fille qui apprends ces leçons,"
Ah, non se dit pour elle-même, Linette, j'ai pas dit ça, c'est lui qui l'a dit, je n'ai pas menti, je ne me confesserai pas !

Lydia Maleville

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Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
.

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