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Nouvelles confirmées : La maison en coquillages 9
Publié par Loriane le 07-02-2012 18:15:14 ( 801 lectures ) Articles du même auteur




La maison en coquillages 9

La salle était petite, et les enfants nombreux, tous étaient assis épaule contre épaule.
L'abbé lisait l'histoire de la mère de Jésus. Linette aimait beaucoup cette maman et avait beaucoup de peine pour les malheurs qu'elle a vécu, elle aimait bien Jésus aussi, mais elle ne s'intéressait pas beaucoup, à Dieu, il était trop loin pour elle, et indéfinissable, sans substance, étranger en somme.
Christiane tu peux nous réciter le "notre père" ?
Linette apprécia la chance de ne pas avoir été désignée.
Christiane se mit debout et récita sa prière sans écueil
" notre père qui êtes aux cieux...".
"c'est bien "
lui dit l'abbé, alors que Linette demandait soudainement :
"pourquoi y descends jamais nous voir ? "
L'abbé regarda Linette interloqué par la question.
"mais tu sais bien qu'il n'a pas besoin de descendre sur terre, il sait tout de nous"
Le silence qui s'ensuivit était plus fait d'interrogation silencieuse que de satisfaction.
"Qui connait le nom de notre saint père ?"
"Dieu "
Anita qui avait l'air de sommeiller venait de se manifester avec joie: elle connaissait la réponse.
Mais non, Dieu comme on vient de le dire règne aux cieux, je vous demande le nom de notre père sur terre "
" Albert"
"Maurice"
"rené"
"André, Marcel, Roger...."
Le brouhaha était général
"chut, chuuut, taisez-vous...mais taisez-vous !"
Le père abbé respira un grand coup et devant tous ces prénoms énoncés, repris avec patience sa question, sans rire le moins du monde :
" je vous demande le nom de notre Saint père qui a la charge de représenter Dieu sur terre."
Le silence qui répondit à sa tirade était explicite, les enfants ne le connaissaient pas.
" notre père le pape s'appelle Pie XII"
Un franc éclat de rire et des murmures suivirent immédiatement.
"pie ?, y s'appelle comme une pie, ah ah ! c'est rigolo, il est noir et blanc lui aussi ?!!"
"ouais, ben les pies ça vole tout " ajouta une voix au fond de la salle
"Du respect s'il vous plait, taisez-vous, je ne veux plus vous entendre rire comme ça !"
La voix du père abbé était empreinte de colère et d'agacement.
" tout le monde debout et récitez le mea culpa"
Les chaises bousculées faisaient plus de bruit que la voix de l'abbé, mais le silence rétabli, toutes les petites voix entonnèrent avec le prêtre :
"Je confesse à Dieu Tout-Puissant,
à la Bienheureuse Marie toujours vierge,
à Saint Michel Archange,..."
Et tous reprirent avec conviction mea culpa, en se frappant la poitrine en tentant de faire le plus de bruit possible.
Linette savait que vierge, c'était comme l'huile de la vinaigrette. Sur l'étiquette de la bouteille qu'elle avait lu et relue, comme elle le faisait pour toutes les étiquettes, il était écrit "huile vierge, d'arachide". Et elle savait que ces arachides venaient des pays chauds où était née Marie, ceux qui venaient de là-bas s'appelaient "vierge". La maman de jésus était bienheureuse puisqu'elle était contente d'être la mère de Dieu, elle devait très être fière de son fils, comme maman pensait Linette. Ce mystère de Marie lui plaisait beaucoup.
La leçon de catéchisme finie, les ricanements n'avaient pas tout à fait cessés et le groupe de gamines, chuchotait encore en se levant pour se diriger vers les confessionnaux.
Les grands meubles de bois sculpté avec leur rideaux raides et plissés, de reps rouge sombre, sur lesquels étaient indiqués les noms des prêtres qui avaient la charge d'y officier se trouvaient de part et d'autre de la nef, et les enfants s'agglutinaient devant attendant leur tour.
Quand vint le tour de Linette, l'affaire fut vite expédiée :
"j'ai menti, j'ai dit des gros mots, j'ai répondu à ma mère, et j'ai pas fait mes devoirs"
Parfois, elle changeait l'ordre des péchés pour ne pas sembler se répéter comme un perroquet.
Et voilà, les genoux sur le bois dur, le nez sur la grille, les yeux fouillant l'ombre, elle attendait le signe de croix qui la bénissait et qui l'absolvait par le prix à payer : 5 paters , 2 avés. Ça va , ça ne sera pas trop long pensait-elle souvent.
Elle filait sur le prie-Dieu situé le plus près, au bord de l'allée et récitait avec autant de conviction possible ses prières salvatrices et purificatoires.
Les garçons de leurs côtés de l'église suivaient le même emploi du temps, avec le même bourdonnement qui se voulait être un respectueux silence.
Linette aimait l'ambiance intime et chaleureuse de ces réunions autour de cette histoire fabuleuse de la religion, dans ce lieu de beauté, d'or, de dentelles, de statues, de jolies lumières, de bonnes odeurs, de silence, comme une idée du paradis
Les confessions entendues, les prières faites, la volée d'enfant s'éparpillait en riant dehors, et chacun la conscience propre et nette, leurs crimes avoués, rentrait à la maison pour déjeuner avant de revenir tout à l'heure au patronage et hanter les mêmes lieux.
Sur le haut des marches Anita, Christiane et Linette, s'arrêtaient pour une fois de plus, debout sur un pied, remonter leurs chaussettes.
Au moment de s'éloigner elles entendirent le père Hervieu qui avait fait le catéchisme aux garçons, demander à la cantonade :
"Sylviane et son frère ne sont pas venus, quelqu'un peut passer chez eux, voir ce qui se passe ?"
"oui, moi "
"moi, moi aussi, "
"je viens avec toi Olivier"
Les absents n'étaient jamais oubliés.
C'était comme ça et c'était bien.
Les garçons sautaient les dernières marches et courraient devant, en se retournant de temps à autre pour dire leur dédain, à leurs sœurs, et à toutes ces filles qui ne savaient même pas courir sans avoir un point de côté, ou qui tombaient comme le font toutes les héroïnes de film lorsqu'elles sont poursuivies par un agresseur. Jamais, dans les moments les plus terrifiants, on ne les a vu courir sans se prendre les pieds dans une racine, ou butter sur une pierre et s'étaler comme des gourdes le nez dans le terre, en pleurant.
ouh ! ouh ! les filles à la vanille.
"Barbe, Crotte"!
criait Linette, qui reconstituait sans tarder, son lot de péchés pour la prochaine confession.
"Pourquoi y sont bêtes comme ça ? "
s'interrogeait Anita.
"ch'ais pas, mais j'ai drôlement faim, conclut Christiane.

Lydia Maleville

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Par une aquarelle de Tchano

Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
.

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