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Accueil >> newbb >> Défi du 1er Août [Les Forums - Défis et concours]

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Défi du 1er Août
Plume d'Or
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ouf! ouf! me voilà, me voilà!
salut tout le monde
vous connaissez Dino Buzzati? son veston ensorcelé commandé chez le mystérieux couturier Alfonso Corticella? ce veston magique, véritable distributeur de billets de banque qui ne tarit jamais! le rêve! oui, seulement chaque somme tirée correspondra exactement à celle évaporée au même moment lors d'un drame; vol, incendie...
vous aussi vous avez acquis un objet ordinaire qui se révèle pourvu de pouvoirs fantastiques et qui a bouleversé votre vie!
à vos plumes les amis et je compte sur vous pour rendre notre banal quotidien un univers des plus surnaturels
je commence afin de vous motiver, ou démotiver (ce que je n'espère pas)

Posté le : 01/08/2015 05:55
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Re: Défi du 1er Août
Plume d'Or
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-Tenez, voici vos lunettes!
Christophe Franc mit ses nouvelles lunettes et regarda le vieil opticien qui lui parut plus souriant et jovial que jamais
- Elles vous siéent bien, ajouta ce dernier.
Christophe remercia, paya et s'en alla.
Le soir tombait doucement sur la ville. Un soir aux couleurs douces qui emplirent ce journaliste d'une allégresse et d'une espérance dont il ne sut s'expliquer les motifs réels. Était-ce l'effet de ces délicates teintes que diluait à l'horizon la brosse d'un peintre invisible?
Avant de rentrer chez lui, il passa aux locaux du journal afin de mettre les dernières retouches à une édition spéciale qui devait paraître le lendemain. Le rédacteur en chef avait l'air bien fatigué, et Christophe ne put s'empêcher de le lui faire remarquer.
- Je ne me suis jamais senti aussi bien portant, dit l'autre souriant hideusement.
Christophe n'insista pas.
Chez lui, il trouva sa femme en train de préparer le dîner, le visage tiraillé de fatigue, sûrement une dure journée au travail. Christophe s'excusa du retard et se mit tout de suite à l'aider. Lui aussi, en fin gourmet, aimait cuisiner.
A table, Chloé lui demanda:
- Tu as été chez l'opticien?
- Ah! S'exclama Christophe. J'ai oublié de te montrer mes nouvelles lunettes.
Et il les prit de leur pochette et les ajusta .
- Elles te vont bien, dit Chloé.
Cependant l'expression du sarcasme affichée sur son visage contrastait avec la voix où l'on ne décelait aucune intonation moqueuse. Christophe ôta ses lunettes et le rictus qu'il voyait dessiné sur les lèvres de sa femme disparut aussitôt. Il remit alors ses verres pour surprendre encore quelques traces de cette grimace se retirant du visage de la conjointe.
- Pourquoi joues-tu avec tes lunettes? Demanda cette dernière.
- Euh... Pourquoi, je... Non, non, comme ça... bafouilla Christophe.
Sa femme lui dit qu'il était bizarre, mais lui ne sut qu'en penser sur le coup, et tint pour responsable de cet étrange phénomène, le fait qu'il n'était pas habitué à mettre des verres de contact. Cette histoire aurait pu s'arrêter là si de nouveaux cas de ce qu'il appela alors "certitudes optiques" ne vinrent consolider ce premier manifeste et chambarder par ailleurs toute sa vie.
Le fait est qu'à chaque fois qu'il mettait ses lunettes, Christophe découvrait chez ceux qu'il côtoyait une expression et une attitude différentes de ce qu'ils voulaient exposer aux regards des autres. Il lui semblait également qu'il saisissait l'intention profonde, jamais déclarée tout haut ou presque, de ses interlocuteurs, des personnes qu'il interviewait ou de ceux qu'il regardait parler à l'écran. Des personnalités de haut rang et dignes de foi déclaraient tout haut le contraire de ce qu'ils pensaient, par peur, par intérêt, par conformisme, pour ne pas paraître une note isolée, ou pour plaire à la foule. Des individus qui faisaient montre d'indignation ne l'étaient pas, d'autres affichaient des sourires de satisfaction et d'approbation mais bouillaient à l'intérieur d'une colère savamment contenue. Sur un plateau, dans un débat, les antagonistes semblaient se livrer bataille, prêts parfois à en venir aux mains; comédie! A travers ses lunettes, Christophe voyait une équipe harmonieuse, des alliés aux sourires de connivence. Il voyait tout cela, mais en sus, il en percevait les raisons et le dessein.
Cette hypocrisie partout présente, cette énorme fosse qui sépare la réalité de la vérité commença par gêner Christophe, et finit par ébranler toutes ses convictions. Mais comme à quelque chose malheur est bon, ce journaliste put grâce à ses nouvelles lunettes acquérir une perspicacité et une acuité qui imprégnèrent ses articles d'une véracité et d'une solidité redoutables et devint ainsi d'une notoriété incontestable. Dans les milieux influents, ses écrits étaient craints et exécrés, et bien qu'on prétendît le contraire, on cherchait, par mille moyens, à entraver le travail de cette plume.
Sa réussite aussi le renseigna sur le vrai sentiment de certains de ses collègues qui, en faisant semblant d'être content pour lui, le jalousaient et n'hésiteraient pas à lui jouer quelque mauvais tour.
Chloé ne semblait cependant pas contrariée de ce succès qui accapara le temps de son mari et l'éloigna un peu d'elle. Elle l'encourageait au contraire, se montrait très indulgente et dévouée, se disant éprise de cette quête de la vérité et prête à de grands sacrifices pour un monde moins perfide. Ou peut-être faisait-elle seulement semblant? Christophe n'osa jamais mettre ses lunettes pour espionner sa femme. Il se contentait de la croire.
Cette confiance se consolida lorsqu'elle voulut l'accompagner au Niger pour une enquête que Christophe tint à mener en dépit d'un énorme péril encouru. Il avait soupçonné un député d'entretenir de bons rapports avec des trafiquants d'armes dans la région, et en avait fait allusion dans l'un de ses articles. Cela avait fait tollé. Des politiciens influents se montrèrent mécontents, menaçant même. Le rédacteur en chef rappela Christophe au calme, mais celui-ci ne s'intimida nullement et décida d'aller au bout de ses investigations, jugeant plus pratique de faire ce voyage pour les quérir à leur source.
- Je t'accompagne, Rouletabille! Lui dit sa femme la veille de son départ.
Elle l'avait baptisé du nom du petit reporter de Gaston Leroux depuis que ses écrits faisaient la une.
- Tu m'accompagnes?
- Oui, je viens avec toi au Niger.
- Et ton boulot?
- J'ai pris un congé.
Christophe parut réfléchir un moment
- Ça va être dangereux, tu sais!
- Et alors? Tu veux dire que je vais te gêner dans ton enquête?
- Non, non, dit doucement Christophe.
Puis il se pencha pour la baiser par-dessus la table.
- Au fond, j'avais besoin d'un compagnon sûr. Mais nous allons nous y rendre séparément. C’est pour ta sécurité mon amour. Nous garderons toujours le contact bien sûr et tâcherons de nous rencontrer dans la plus grande discrétion…
A Agadez, ville du Niger, les deux compagnons conjuguèrent leurs efforts tant et si bien qu'ils réussirent à glaner quelques renseignements les mettant sur une piste intéressante qui saurait incontestablement confondre le député et même d'autres personnalités importantes. Christophe avait rendez-vous ce jour-là dans un café avec un autochtone qui était prêt à le pourvoir de précieuses preuves.
- Bon, j'y vais dit-il à sa femme dans la chambre d’hôtel où ils se rencontraient de temps à autre.
- Allons-y, dit cette dernière.
- Non mon chat, cette fois-ci, je m'y rends tout seul.
Sa femme allait protester, il lui posa délicatement l'index sur les lèvres
- Mon amie, j'aurai besoin de toi ici. Nous devons nous organiser.
Chloé le regarda sans comprendre.
- Si je ne reviens pas, disparais au plus vite, mais surtout, prends soin de ceci comme de la prunelle de tes yeux.
Et il lui tendit ses lunettes.
- Tu comprendras quand tu les auras essayées. En outre, je sais que tu as déjà des prédispositions pour bien gérer ce que ces binocles vont te faire découvrir.
Puis il l'étreignit avant de descendre.
Cinq minutes après, un coup de feu retentit en bas dans la rue…

Posté le : 01/08/2015 06:15
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Re: Défi du 1er Août
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Une bonne idée que ces lunettes ! J'avoue que j'ai trouvé le truc intéressant, une genre de mise à nu des personnalités. Le personnage de Christophe est assez naïf pour ne pas les utiliser avec sa femme, ce qui tend à montrer qu'il reste des gentlemen dans ce bas monde.
Dommage pour lui, vue la fin !
Merci Dumont011, tu as bien tracé le voie de ce défi où s'engouffreront, je n'en doute pas un instant, des joueurs en quête de sensations.
Donald

Posté le : 01/08/2015 17:22
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Re: Défi du 1er Août
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Dumont,

Ta nouvelle est pleine d'humanité et je pense que c'est un trait qui te caractérise bien. Il n'est pas toujours bon de dénoncer la vérité, beaucoup de journalistes comme Christophe y ont laissé leur peau.

C'est drôle car j'ai moi aussi écrit un texte il y a quelques semaines avec des lunettes très particulières. Mais je cherche une nouvelle idée tout de même...

Voici ma version des lunettes magiques :


Visions

Je m’appelle Irma et je suis voyante. Non pas qu’on me remarque dans la rue à cause de mon look tapageur ou excentrique ; je suis voyante de métier. En fait, je me prénomme Marie-Bernadette, mais cela ne sonne pas avec ma profession. Bien qu’une certaine Bernadette ait eu des visions, les miennes sont moins pieuses, et elles n’en sont pas surtout ! Ben oui, vous pensez vraiment qu’une boule de cristal, enfin de verre « made in China » pour la mienne, puisse nous livrer une quelconque information sur vos lendemains ? Moi, je me présenterais plutôt comme une concurrente des psys et même des tickets de lotto ; je vends du bonheur et du rêve, remontant ainsi le moral de Monsieur et Madame Tout-Le-monde. Je promets l’amour aux moches, l’argent aux fauchés, la santé aux bronchiteux, l’inspiration aux artistes et des voix aux politiciens. Celui qui sort de ma roulotte repart avec le cœur et le portefeuille plus légers. Ne délivrant aucun délai pour la réalisation de mes visions, je peux toujours répondre aux mécontents trop pressés en leur prescrivant une seconde séance, histoire de vérifier si leurs mauvaises ondes n’ont pas changé la donne entretemps. Bref, mon petit commerce se porte plutôt bien, surtout en périodes de crises, de foi (pour les croyants), de foie (pour les boulimiques), de la quarantaine, etc.
Mais peu à peu, ma vision s’est brouillée, plutôt gênant pour une voyante de devoir plisser les yeux en déclarant « Je ne vois pas bien. ». Mon amie Célesta, masseuse intime assermentée, née Gilberte, m’envoie chez un opticien dans une ruelle sombre des bas quartiers de la ville. La façade à l’enseigne « Le troisième œil » est vétuste et lézardée. Je pousse la porte qui émet un grincement sinistre et actionne une clochette de cuivre. Le tintement fait sortir un homme de l’arrière-boutique, comme un diable de sa boîte. Ce dernier porte un binocle pincé sur son nez démesuré. Ses cheveux rares et hirsutes surplombent un crâne à la forme oblongue. Il porte vers moi un regard perçant mais reste muet, semblant attendre une quelconque requête de ma part. Je serais capable de lui demander une baguette ou une demi-livre d’hachis mais je me retiens.
– Je viens de la part d’une amie. Elle m’a dit de vous donner le code « Je vois » pour bénéficier d’un tarif préférentiel.
– Très bien. Suivez-moi Mademoiselle.
Cela fait des années que l’on ne m’a plus servi du « Mademoiselle ». Lorsque l’on est une femme de cinquante ans, le « Madame » semble couler de source. D’autant plus depuis la réforme de 2012, mais cet homme ne semble pas au fait de l’actualité. Il me demande de m’asseoir sur un tabouret recouvert de velours bordeaux élimé. À son invite, je pose mon menton sur le coussinet d’une machine comportant une sorte de double kaléidoscope. Je distingue alors ses deux gros yeux me faire face de l’autre côté. Sans dire un mot, il me scrute et je vois défiler des formes, diverses et polychromes, s’organisant en sortes de mandalas enfantins. C’est merveilleux et hypnotique. Son « Voilà, c’est fini ! » me tire de mes rêvasseries.
Il me fait patienter un quart d’heure avant de me ramener une paire de lunettes. Les verres sont posés sur des armatures très légères et quasi invisibles. Il me les pose sur le nez en annonçant :
– Vous devriez mieux voir maintenant !
– C’est un peu le but. Merci.
Je paie une somme qui me paraît modique ; il ne doit pas avoir indexé ses prix depuis quelques décennies. Ensuite, je sors de ce magasin figé hors du temps et découvre avec bonheur que j’ai retrouvé la vision de mes vingt ans.
Le lendemain, un homme se présente à ma consultation. Dans l’ambiance sombre et feutrée de mon cabinet, je me concentre sur ma boule, ou du moins j’en donne l’illusion parfaite avec yeux de merlans frits, bouche crispée et respiration de mourante. Toutefois, si ma boule reste de marbre, je commence à apercevoir des émanations lumineuses provenant du corps du client. Je les observe, bouche bée. Mais si je retire mes lunettes, elles disparaissent. L’homme me demande si je vois quelque chose. Je réponds toujours par l’affirmative à cette question, mais cette fois, c’est vrai. Mais quelle interprétation donner à cette espèce d’arc-en-ciel qui se meut tout autour de cet homme ? Je remarque une activité plus étrange au niveau de sa gorge ; les flux y sont grisâtres et possèdent une forme de petits oursins hérissés. Le client réitère la question à laquelle il espère trouver une réponse : « Pourquoi je ne trouve pas l’amour ? Toutes les femmes me fuient.». Là, il m’envoie un long soupir désespéré au visage et je suis violemment prise d’un haut-le-cœur. Voilà la cause de la fuite systématique des dulcinées potentielles ! Les oursins de sa gorge me signifient un problème d’haleine fétide. Je ne l’ai pas remarqué à son arrivée car mon encens à la rose fumait encore. Mais maintenant que le bâtonnet a cessé de fumer, une odeur putride envahit peu à peu mon cabinet. En pointant du doigt sa gorge, je lui expose ma vision et l’invite à consulter un médecin qui trouvera la cause de cette puanteur et y remédiera. Cela devrait lui permettre d’être à nouveau en odeur de sainteté auprès de la gente féminine.
Je suis perplexe après cette expérience inédite ; j’ai enfin « vu » quelque chose, invisible à l’œil d’un profane. La personne suivante est une femme qui se plaint de manquer toujours d’argent. Je me concentre, sans cinéma cette fois, et les volutes colorées m’apparaissent peu à peu. Celles qui m’intriguent se trouvent au niveau de ses mains qui émettent des ondes rougeâtres marquées de stries sombres qui pulsent. D’intuition, je lui demande si elle est dépensière. Elle rougit, devenant ainsi assortie à ses mains, et me confie qu’elle ne peut s’empêcher d’acheter. Elle a besoin de toucher les objets dans les magasins et ne peux s’empêcher de les acheter. Je lui déclare que c’est la faute de ses mains. Elle me fixe avec des yeux écarquillés et incrédules. Là, je joue la franchise en lui décrivant ma vision. S’ensuit une longue discussion afin de trouver une solution. Ses mains semblent aimer être actives. La dame travaille dans un call-center et elle ne fait que cliquer sur sa souris d’ordinateur toute la journée. Arrivée le soir chez elle, c’est séance zapping devant la télé avec un plat tout préparé. Je lui propose de se mettre au tricot ou à la cuisine pour occuper ses mains oisives qui la poussent à faire des achats compulsifs car il est connu que l’oisiveté est mère de tous les vices.
Le soir même, je parle de ma découverte à Gilberte, enfin Célesta, qui me conseille de retourner voir l’opticien (serait-ce un pléonasme…). Je suis donc à nouveau dans cette rue sombre mais la boutique vieillotte a entretemps laissé place à une boucherie. J’entre en demandant où est parti la boutique de lunettes. La bouchère, à l’embonpoint marqué, me répond que cela fait plus de dix ans qu’ils ont racheté le magasin à un vieux fou qui vendait encore des binocles et des monocles au vingt-et-unième siècle. Un peu perdue, je rentre chez moi. Je décide d’effectuer quelques recherches sur le net et découvre que ce que je vois s’appelle l’aura et que les couleurs possèdent une signification.
Depuis lors, j’ai lu tout ce que j’ai pu trouver sur le sujet. Au fil des jours, ce que j’appelle désormais mon don s’est développé et ma lecture s’est affinée. Chaque soir, je range précieusement mes lunettes dans le tiroir de ma table de nuit et remercie l’homme qui me les a confectionnées. Je suppose qu’il a vu en moi cette capacité d’aider vraiment mon prochain. Dorénavant, j’apporte de véritables réponses aux âmes en peine qui viennent me voir, reflet d’une réalité invisible et non plus un miroir aux alouettes.

Posté le : 01/08/2015 19:50
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Re: Défi du 1er Août
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Couscous,
Ton histoire est empreinte d'humanité, une qualité que n'ont pas tous les médiums et voyants de ce monde. Comme d'habitude, j'aime bien ton style réaliste surtout dans les digressions de la dame. On reste toujours ancré au vrai côté de la vie, celui où l'apparence reste notre premier indice pour juger notre prochain. La réalité, comme tu le dis, est invisible sauf pour les personnes dotées d'une intuition sur-développée ou celles qui ne se cachent pas derrière les façades.
Bravo !
Donald
PS: Je suis curieux de lire ta prochaine mouture de ce défi.

Posté le : 01/08/2015 20:55
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Re: Défi du 1er Août
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@ Couscous
même si l'objet est le même, l'idée est différente
j'aime cette complémentarité (vérité - espoir) et cette douce connivence
amitiés
Houcine

Posté le : 01/08/2015 21:12
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Re: Défi du 1er Août
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@ Donaldo
il faut bien quelques naïfs dans ce bas monde, c'est le grain de sel qui en ôte l'insipidité
merci pour ton commentaire
amitiés
Houcine

Posté le : 01/08/2015 21:16
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Re: Défi du 1er Août
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Radio quantique


Personne ne me croira. Pourtant, je dois laisser une trace, un témoignage pour éviter la même mésaventure à un autre.

Tout a commencé un matin, tandis que je rangeais mon grenier. Il y avait une multitude d’objets hérités de mes différents déménagements, survivants de mes turpitudes professionnelles entre Los Angeles et Amsterdam, au temps où je conseillais des artistes égocentriques sur les mille et une façons de placer son argent dans le dos du fisc. Je devais absolument trier entre l’indispensable souvenir et l’inutile nid à poussière, ce afin de soulager l’espace des vieilleries entassées durant tant d’années. Mon cœur saignait d’avance à l’idée de condamner un compagnon de route, un objet d’apparence banal mais peut-être essentiel au sommet de sa gloire, quand il trônait dans mon fier intérieur.

Ce jour-là, un symbole de l’électronique mondiale attira mon regard : un transistor, du genre pur produit des années soixante-dix quand la France marchait droit au rythme des informations forcément exactes de l’ORTF et des chansons de Mireille Mathieu. Je reconnus immédiatement mon premier poste de radio, celui offert par ma mère pour mon passage en sixième. Je pensai l’avoir perdu pour toujours, plus de trente ans après son dernier chant, avant de se voir remplacé par un modèle plus moderne avec cassettes, diodes et modulation de fréquences. Fidèle témoin des années où le disco enflammait les pistes de danse, où John Travolta et Olivia Newton-John magnifiaient les années de collège, il avait enchanté les nuits magnétiques de mes rêves électriques. Donna Summer avait alors bercé mes soirées, souvent rejointe par les Bee Gees ou Earth Wind & Fire, dans des tempos chaloupés et des mélodies envoutantes. Mon éducation émotionnelle et artistique s’était construite grâce à des ondes venues de nulle part et partout à la fois, véhiculées par un simple mais mystérieux boitier en plastique.

J’arrêtai la séquence souvenirs et emportai le poste dans mon salon, histoire de l’étudier. Je ne savais pas s’il fonctionnait encore, si ses composants avaient résisté à l’usure du temps, à la poussière et aux toiles d’araignées. Au fond de mon moi intérieur, j’espérais le raviver au moins quelques minutes, revivre la sensation de découverte quand je tournerais de nouveau le bouton à la recherche de programmes musicaux ou d’émissions pour la jeunesse.

Je posai la radio sur la grande table, prit une bière au réfrigérateur et commençai les grandes manœuvres. D’abord, il me fallut trouver des piles car il n’y en avait plus dans le compartiment prévu. Cela me demanda un regard d’archéologue et une bonne dose de chance mais j’y arrivai après cinq minutes de recherches approfondies et frénétiques. Ensuite, je dus nettoyer les circuits imprimés et le ventilateur, à l’aide d’un pinceau et d’un chiffon imbibé d’alcool doux. Je me surpris à user de patience, à travailler avec précision et sans m’énerver, telle une fourmi alors que j’étais plutôt une cigale. Enfin, je réassemblai le tout et fermai le boitier. Tout était prêt pour lancer la magie de mon adolescence passée.

J’appuyais sur l’interrupteur de mise en route. La diode rouge s’alluma, un phare dans la brume de mes souvenirs. Il me sembla voir l’air scintiller autour de la table, comme si un génie allait s’extraire du dispositif. Je tremblai dans un mélange de peur et d’excitation.

Une voix masculine entama un chant ponctué par les miaulements de choristes anglaises. Je reconnus immédiatement le titre du groupe britannique « The Buggles », une chanson qui parlait d’amour et d’étoiles de la radio. Mon cœur battit la chamade, mes yeux se remplirent d’images d’un clip vidéo désuet et mon pied droit accompagna le rythme des percussions électroniques. Je me laissai bercer par cette ancienne mélodie perdue ces dernières années. Le temps devint quantique.

J’étais dans la rue, quelque part à Londres. Autour de moi se tenaient de jeunes gens aux vêtements improbables, aux cheveux dressés en épis, au maquillage outrancier. Les magasins de fripes côtoyaient les stands de disquaires. La musique d’ABC, de Spandau Ballet et de Heaven 17 agrémentait les discussions entre clones de Marc Almond et de Martin Gore. Les sosies de Siouxsie Sioux illuminaient l’espace de leur démarche gothique. Je ne savais plus si je rêvais.
— Qui veut des places pour le concert de Human League à Covent Garden ? Je le vends pour deux livres, prix d’ami, lança un grand gaillard blond aux allures de prince des ténèbres.
— Tu déconnes, répliqua une petite boulotte blonde aux allures de sorcière celte.
— Je suis sérieux. C’est à prendre ou à laisser. Saisis ta chance ou va jouer avec tes crapauds !
— Je t’emmerde, raclure de bidet ! C’est une arnaque ton plan, comme la dernière fois pour la prétendue sortie d’un album secret de David Sylvian. Je ne me ferai pas avoir une seconde fois.
— Dégage mon air alors !

Je me décidai à marcher, surtout pour ne pas passer pour l’ahuri du coin, le quadragénaire échappé de l’asile et plongé dans un univers de jeunes rebelles. Une immense blonde aux allures d’Annie Lennox en version post-punk m’interpela.
— Eh, toi là, d’où sors-tu ces fringues ?
— De mon placard, qu’est-ce que tu crois ?
— Elles sont gravement ringardes. Viens voir ici !
— Que me veux-tu ?
— Te montrer ce qui est à la mode aujourd’hui et le sera encore plus demain. Tu ne peux pas rester dans cet état. C’est une véritable honte, un crime esthétique.

La curiosité prit le dessus sur la raison. Je rentrai dans l’échoppe de la vendeuse. Elle ne s’embarrassa pas de politesse inutile et me colla directement devant un grand miroir situé en plein centre de la pièce. Ce que je vis défia mon entendement : une version de moi-même, habillé dans le plus pur style négligé des années deux mille dix avec une chemisette hawaïenne et un jean délavé, mais paraissant âgé de dix-huit ans au mieux.
— Sans rire, tu peux survivre à Londres sapé de la sorte ? Pourtant tu es beau gosse si on aime le genre ténébreux.
— Merci, tu n’es pas mal non plus pour qui est branchée basketteuse.
— Un partout balle au centre. Passons aux choses sérieuses. Suis-moi, je vais te relooker.

Je ne discutai pas. La suite promettait trop pour la rater. La vendeuse me choisit la parfaite panoplie du Néo-Romantique. Il ne me restait plus qu’à passer chez le coiffeur et je ressemblais à Steve Jansen période Japan.
— Tu es canon en fait !
— Merci. Je ne connais même pas ton nom.
— Marnie ! Ne rigole pas. Mes parents sont des fans d’Alfred Hitchcock.
— Moi c’est pire. Pourtant ma famille ne possède pas d’actions des studios Disney.
— Mickey ?
— Non.
— Dingo ?
— Ai-je une tête d’Australien ?
— Pas vraiment ou alors tu n’as jamais vu un surf de ta vie.

Le contact passait de commercial à plus intime. Marnie se marra à l’énoncé de mon prénom désuet puis me proposa de m’appeler Pluto. Je déclinai l’invitation, préférant passer pour un ringard grincheux au lieu d’un chien débile.
— Marnie, je dois t’avouer quelque chose.
— Tu n’aimes pas les filles ?
— Non, ce n’est pas le sujet.
— Mon accent écossais te dérange ?
— Il est léger et trop mignon.
— Je ne te plais pas ?
— Si. Je suis branché géantes blondes.
— Alors tout va bien ! Décontracte-toi, play-boy. Si c’est une question de fric, tu peux laisser une ardoise et payer dans quelques jours.
— Merci Marnie, tu es trop cool !
— Bon, on peut revenir à ton apparence. Il ne reste plus qu’une chose : changer cette coupe de cheveux en une véritable œuvre d’art. Ensuite, on pourra aller déjeuner ensemble à West Carnaby sans que tu me mettes la honte.

Marnie tint parole. Elle me présenta un de ses amis, un dandy parfumé prénommé Rupert, coiffeur de son état. Il travailla ma tignasse brune, avec force ciseaux et chalumeaux, une technique à la mode dans les milieux branchés de la coiffure alternative. Le résultat dépassa mes espérances. J’avais désormais la tête d’une star de la pop gothique. Il ne me manquait plus qu’un impresario et des cours de chant.

Le déjeuner à West Carnaby me permit de rencontrer la bande de Marnie, essentiellement des artistes ou des designers, pas plus âgés que vingt-cinq ans. Rupert avait dû passer le mot parce que je me prenais de fines remarques sur mes cheveux. Marnie me défendait avec un humour efficace assorti de sourires à damner Dracula en personne. Mon passé, ou plutôt ce qui ressemblait à mon futur au vu de la situation ubuesque, s’effaça progressivement de mon esprit. Revenir à mon état initial ne m’intéressait pas, au contraire. Je vivais à présent dans le Royaume Uni de Margaret Thatcher, une dame de fer peu encline aux pratiques démocratiques. Mes prochains amis écoutaient ma musique préférée, vomissaient la bourgeoisie britannique et ses faux-semblants, crachaient sur l’Amérique de Ronald Reagan et brûlaient la chandelle par les deux bouts. Pour moi, l’Histoire était écrite en lettres de sang, ponctuée par des tragédies et des rêves brisés, entre la chute du mur de Berlin, la mort de Kurt Cobain et deux avions percutant des tours jumelles. Il serait assez tôt pour revenir à la réalité. Tout ce qui m’importait désormais se conjuguait aux rires de Marnie, aux postures artificielles de Rupert et à la musique électronique des petits frères du punk.

Je passai le reste de la journée avec Marnie, l’aidant dans ses ventes, alpaguant les touristes égarés pour leur vanter les mérites de la mode londonienne, rangeant des vestes sur des cintres et apportant les cafés aux voisins de commerce. Cette vie commençait réellement à me plaire. Marnie m’encouragea par des gestes d’affection, preuves de son intérêt croissant pour une relation moins platonique.

La soirée confirma cette impression, surtout quand mon Ecossaise préférée farfouilla dans ma bouche avec sa jolie langue rose. Je répondis alors favorablement à sa demande d’accouplement et la portai dans sa chambre. Le reste se déroula avec volupté, sans musique ni artifice. Je m’assoupis peu de temps après mon amoureuse, tendrement lové contre elle.

Le lendemain matin, Marnie n’osa pas me réveiller. Elle me prépara un petit-déjeuner, me laissa un mot doux puis partit travailler. Je sortis de ma torpeur aux alentours de dix heures et demie. Les draps froissés, l’odeur du parfum de Marnie et mes courbatures me rappelèrent à quel point la nuit avait été passionnée. Après une douche bien méritée, j’enfilai mon caleçon puis décidai de passer à table. Je mis le café à chauffer, admirai l’alignement géométriques des toasts sur l’assiette en porcelaine puis ouvrai le pot de confiture d’oranges amères.

Mes yeux envoyèrent alors un signal d’alerte à mon cerveau. Je tournai la tête suite à un ordre intérieur, intimé par des neurones toujours sur le pont. Un objet rectangulaire était posé sur le côté gauche de la table. Jusque-là, il ne m’avait pas perturbé outre-mesure, peut-être parce qu’il était conforme à son époque. Je le reconnus immédiatement : c’était mon poste de radio, celui de mon enfance, mon premier véhicule sur les ondes magnétiques de mes rêves d’adolescent. Le voir de nouveau dans le paysage, au début des années quatre-vingt, ne me sembla pas incongru. Lui aussi paraissait rajeuni, presque neuf, comme s’il avait bénéficié du même traitement spatio-temporel que moi.

Ma curiosité reprit le dessus sur mon esprit cartésien et ma capacité de raisonnement. Je me levai puis allumai le poste. Au début, je ne perçus qu’un grésillement informe, phénomène explicable puisque je me trouvais dorénavant en Grande-Bretagne, loin des fréquences parisiennes. Je tournai le bouton de recherche des fréquences jusqu’à tomber sur une sonorité audible.
— Et maintenant, un petit retour dans les années soixante, aux temps où Tamla Motown faisait danser la jeunesse américaine, lança une voix masculine. Largement avant les sublimes versions de Marvin Gaye, James Brown ou Stevie Wonder, la chanson « Sunny » avait été magnifiée par son auteur, Bobby Hebb, sur son premier album. C’est ce que je vous propose d’écouter dans une interprétation « live » à New York, au Palladium : le chant désespéré des Noirs Américains, après l’assassinat de John Kennedy et la fin des rêves d’un monde juste.

Le chant démarra, sombre et servi par une rythmique précise. Je me laissai aller à cette musique divine. La pièce adopta un fondu enchainé et le temps redevint quantique.

Je me retrouvais de nouveau dans la rue, torse nu et sans chaussures. Autour de moi, de grandes façades affichaient des publicités en anglais, avec des prix en dollars. Une voix grave me sortit de mon hallucination.
— Alors, mec, on se balade les seins à l’air ? Les condés ne vont pas apprécier. On n’est pas en Californie ici, à chanter du Joan Baez, ironisa un majestueux Noir.
— Où sommes-nous ?
— A Atlanta, Géorgie, dans la patrie de l’Oncle Sam, là où les Blancs tuent des Noirs pour s’amuser, où les jeunes sont enrôlés pour combattre les Rouges, où la Constitution défend les riches et chie sur les minorités. Le Paradis selon Lyndon Johnson, l’Enfer en réalité !
— En quelle année ?
— Putain, mec, tu sors d’où ? De la planète Mars ?
— Non, de Londres, Angleterre, le pays des bières chaudes et du cricket !
— On est en 1968, le 8 avril précisément. Notre sauveur, le pasteur King, vient de se prendre une balle. C’est la guerre civile. Les flics nous pourchassent. Tout ça va partir en couilles, je te le dis, mec !

Voilà comment je me retrouvai dans la panade, tout ça à cause d’une frénésie de rangement et d’un vieux souvenir électrique paré de transistors. Calvin, mon nouveau meilleur copain, me conduisit dans un refuge pour les immigrés, les réfractaires à la conscription et les révoltés de tous bords. Dans mon malheur, j’avais eu de la chance, celle de ne pas réapparaitre à mon âge de l’époque, c’est-à-dire à deux ans. J’aurais vraiment eu l’air d’un extra-terrestre.


Posté le : 02/08/2015 00:17
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Re: Défi du 1er Août
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Une crème de petit mari

Ailleurs. N’importe où sauf ici : le grand amphithéâtre de la faculté de médecine était bondé de monde.

Leona avait changé : elle s’était mariée, elle était devenue clinicienne pour un grand laboratoire pharmaceutique et gagnait désormais des sommes faramineuses. Elle s’était fait refaire le nez, les seins, elle s’était fait raboter la fossette sous le menton, elle s’était fait aligner les dents. Des années de régime draconien et de fitness à outrance avaient eu raison de ses rondeurs d’adolescente. Pourtant quinze ans de vie n’avaient rien changé à l’affaire : elle se sentait toujours comme l’affreux vilain canard complexé par son physique disgracieux. Revoir les anciens de la promo et replonger tête baissée dans ce passé avilissant pour honorer un gala de charité au profit de je-ne-sais-trop-quelle-association-caritative, c’était presque au dessus de ses forces.
« On n’a qu’à envoyer un gros chèque et ne pas y aller ! » avait rétorqué Yves avec son infinie nonchalance.

Hors de question ! Leona affrontait les problèmes !

Yves, elle l’avait rencontré à la fac vers la fin des études. Déjà à l’époque, il était beau et indolent. L’un et l’autre avait tacitement admis qu’Yves vivrait au crochet de sa femme. Elle n’avait jamais trop su s’il l’aimait sincèrement ou bien si ce mariage permettait seulement à Yves de mener le mode de vie qui lui convenait le mieux : se lever à 11h du matin.

Leona évitait de se poser trop de question. Yves était un bon mari qui prenait son métier de mari au sérieux : chaleureux et convivial, il savait écouter et n’oubliait ni les anniversaires ni la saint Valentin.

- Je me demande si Douria va venir… Elle est en voyage d’affaire en Europe, en ce moment… Marmonna Yves, et déjà il la cherchait du regard.

Leona ne pu retenir un pincement de contrariété à l’évocation de sa « rivale »: depuis des années, Yves et Douria, sa correspondante Sri-lankaise du temps de la fac, avaient entretenu une amitié à distance. Si ce n’était le fait qu’ils ne se voyaient quasiment jamais et que Douria avait le physique le plus grossier du monde, ces deux là ne seraient certainement pas restés platoniques toute une vie…

- C’est moi que tu cherches ? Susurra une sensuelle et plantureuse jeune femme au teint exotique et à la voix roucoulante.

Leona et Yves la regardèrent comme frappés par la foudre : Son visage ! Le visage de Douria ! Bon sang ! Son visage était transformé, transfiguré… Et pourtant… Et pourtant c’était elle, Douria. Toujours la même dans une version épurée, clarifiée, désépaissie, tout à fait elle en infiniment mieux !

Durant tout le gala, Douria fut la reine, virevoltante d’un groupe d’anciens à un autre. Chacun s’extasiait sur sa merveilleuse transformation, prenait des nouvelles de sa formidable réussite professionnelle…. Leona sentait la brulure d’une jalousie profonde la tarauder méchamment.

Enfin, elle parvint à coincer Douria dans un coin et cracha la question fatidique qui la travaillait depuis des heures :

- Mon dieu ! Douria ! Mais que tu es devenue belle ! Mais qu’est ce que tu as fait à ton visage ?

Douria minauda un peu, se fit prier et fit monter la pression. Leona la suppliait presque de lui révéler son secret au nom de leur « vieille amitié ».

- Tu sais, ce qui m’arrive est plus une malédiction qu’un bienfait ! Avoua Douria. Mon entreprise a mis au point une crème de jour qui donne à mon visage cet éclat de beauté. Mais les effets s’estompent au bout de 24 heures. Il faut se badigeonner de crème en permanence. Plus moyen de vivre sans !

Leona ne voyait nulle malédiction à tout cela : elle-même se tartinait de crèmes diverses tous les matins. Entretenir son corps était une discipline de vie, voilà tout.

- Je veux cette crème ! S’exclama Leona avec une froide résolution.

- Tu n’en as pas les moyens. Le moindre pot coûte plus de 150 000 dollars. Rétorqua Douria avec un soupçon de méchanceté dans la voix.

C’était plus fort qu’elle. C’était un besoin impérieux. Après à peine deux jours de réflexion, Leona craqua son compte en banque et acheta un pot de crème sans même consulter son mari.

Pendant un mois, elle fut belle. Belle à en crever. Belle à donner des hernies de jalousie à toutes les blondasses du club de gym. Les hommes et les femmes se retournaient sur son chemin. Les témoignages d’admiration se multipliaient de toutes parts. Yves étaient aux petits soins, fier comme un paon d’avoir à son bras une femme si superbe…

Malheureusement, le pot de crème diminuait à vue de nez et bientôt il serait vide. Leona ne voulait pas voir l’évidence, mais l’évidence était là : bientôt, faute de moyens infinis, elle redeviendrait la femme commune que l’on connaissait. Fini à jamais, la parenthèse dorée… Leona le vivait mal, très mal. Elle ne voulait pas retomber dans la banalité. Elle voulait être le restant de sa vie ce miraculeux produit des technologies cosmétiques modernes…

Tandis qu’elle voyait venir sa dernière ration de crème de beauté et que l’angoisse était à son comble, elle envoya un mail à Douria. Elle lui demandait comment faire. Comment faire pour se procurer le précieux élixir de beauté. Hormis l’argent qu’elle ne pouvait se procurer en si peu de temps, Leona lui faisait comprendre qu’elle était prête à tout. Douria ne pouvait-elle rien pour une amie de longue date ?

Les jours passèrent. Huit jours angoissants où Douria ne répondait pas à sa supplique. Leona, dont la beauté s’était estompée, ne sortait plus de chez elle prétextant une maladie contagieuse. Toutes les deux minutes elle consultait son ordinateur pour vérifier si elle n’avait pas reçu une réponse du Sri-Lanka….

Enfin, telle une délivrance, elle reçut ce simple message : « bonjour chère amie, ne pourrais-tu m’envoyer Yves pour les grandes vacances ? »

Ainsi, en bon mari, Yves se prostituait trois ou quatre fois par an et rapportait dans ses bagages les précieux pots de crème de jour. En vérité, quel meilleur mari que celui qui donne de sa personne pour offrir ce qu’il y a de meilleur sur terre à sa chère et tendre ?

Posté le : 02/08/2015 00:22
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Re: Défi du 1er Août
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Donaldo
j'ai souvent rêvé d'un post pareil mais que je manierai à ma guise pas à la sienne!
et là, mon message t'arrivera à quelle époque?
merci pour ta nouvelle

Posté le : 02/08/2015 11:00
_________________
rien n'est sûr; c'est pour cela que nous nous attachons à la vie
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Il vole à moi un vieux cahier
Qui bat d'une aile à dessiner
Qui bat d'une aile à rédiger
Par une aquarelle de Folon
Il vole à moi un vieux cahier
Qui dit les mots d'anciens poètes
Les couleurs d'une boîte à crayons
Il souffle des mots à l'estrade
Où il évente un émoi rose
A bord de ce cahier volant
Les animaux font des discours
Et les mystères vous font la cour
A bord de ce cahier volant
Un âne triste monte au ciel
Un enfant soldat dort la paix
Un enfant poète baille à l'ourse
A bord de ce cahier volant
Vénus éteint la douce brune
Lune et clocher vont bilboquer
L'eau le soleil sont des amants
Les cages aux oiseux sont ouvertes
Les statues font des farandoles
A bord de ce cahier volant
L'hiver soupire le temps passé
La porte est une enluminure
Les croisées des lanternes magiques
Le plafond une aurore polaire
A bord de ce cahier volant
L'enfance revient pousser le temps.
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