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Accueil >> newbb >> Défi du 1er Août [Les Forums - Défis et concours]

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Re: Défi du 1er Août
Plume d'Or
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mon cher Jacques
ce voyage dans le temps est des plus passionnants
j'apprécie également la pointe d'humour qui accompagne toujours les sujets sérieux dont tu parles, eh oui, en fait nous ne sommes pas des dieux, restons hommes, et faisons l'humour pas la guerre!
tu as toute mon amitié
Houcine

Posté le : 03/08/2015 17:27
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Re: Défi du 1er Août
Plume d'Or
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Merci cher Houcine.
Le choix de ton défi m'a vraiment enchanté.
Et vois-tu, il m'a permis aussi de rendre un petit hommage à mon cher Papa qui était un spécialiste du Mexique et des Aztèques, en particulier. Il avait publié, avant de décéder, trois ouvrages passionnants à leur sujet.

Amitiés de Beaulieu.

Jacques

Posté le : 03/08/2015 21:06
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Re: Défi du 1er Août
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Waouw Istenozot,

C'est ce qu'on appelle un sacré voyage dans le temps ET l'espace. Je ne connaissais pas toutes ces légendes aztèques. C'est passionnant ! Un très bel hommage à ton papa et une jolie réponse au défi de Houcine.

Bises

Couscous

Posté le : 05/08/2015 19:48
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Re: Défi du 1er Août
Plume d'Or
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Plus près de toi mon Dieu


A lire en écoutant ERA à fond les ballons

Le ciel était chargé de nuages noirs, dans une atmosphère quasi électrique. Frère Tiburce pédalait de son mieux sur un vieux vélo, une machine antique prêtée par le voisin. La route de Mornant accusait un sévère dénivelé, demandant un effort surhumain pour les rares cyclistes qui osaient l’emprunter.

Frère Tiburce se remémora pourquoi il avait choisi de descendre à Brignais en bicyclette au lieu d’utiliser les transports en commun. Ce choix venait tout droit d’une vive discussion avec sa mère.
— Tiburce, j’ai commandé mes médicaments à Brignais. Léon, le voisin, ne peut aller me les chercher parce que sa voiture est en panne. Peux-tu prendre son vélo et les récupérer ?
— Je dois terminer la rédaction de mon ouvrage théologique.
— Sers-moi une meilleure excuse, s’il te plait. Tu me prends pour une grenouille de bénitier prête à avaler les couleuvres du premier prêtre venu ?
— Pourquoi Léon n’y va-t-il pas lui-même, s’il te l’a promis ?
— Parce qu’il est croulant.
— Ce n’est pas l’impression qu’il donne le soir, quand il vient vider ta cave et faire grincer ton lit.
— Tu nous espionnes maintenant ?
— Je n’ai pas besoin de ça. Vous faites suffisamment de bruit, avec vos rires et vos ébats.
— Tu vas me reprocher de vivre dans la joie et la bonne humeur ? On dirait ton père, avec ses réflexions sur la décadence nationale et la perte des valeurs sacrées. J’espère qu’il est au calme, dans son cercueil, sans se faire emmerder par des vers fornicateurs et des esprits retors.

Madeleine avait continué de vomir ses souvenirs de l’Albert, mort d’une glissade en plein exercice de son métier de gendarme. Habitué aux saillies ordurières de sa mère, Frère Tiburce avait écouté patiemment, sans chercher à défendre la mémoire jaunie de son lointain géniteur. A la fin du réquisitoire maternel, il avait accepté la mission puis s’était dirigé vers la maison de Léon.

Léon était un artiste engagé, du genre gauchiste du Larzac perdu dans les Monts du Lyonnais. Frère Tiburce ne pouvait pas le sentir, surtout quand il se lançait dans ses longs discours avinés sur les supposées magouilles du Vatican et les prétendus mensonges de la Bible. Pour cette raison et des millions d’autres, Frère Tiburce essaya de limiter ses échanges avec l’amant de sa mère.
— Léon, puis-je t’emprunter ta bicyclette ? C’est pour récupérer les médicaments de ma mère à la pharmacie centrale de Brignais.
— Aujourd’hui ? Tu es fou, il va pleuvoir des cordes.
— Ce n’est pas grave. J’ai vu pire, crois moi.

Léon n’avait pas insisté, au grand étonnement de son interlocuteur. Nulle citation de Mao ou de Trotski, pas de référence au grand capital forcément coupable de la météo pluvieuse, aucune phrase assassine sur la non-existence de Dieu, rien n’était sorti de sa bouche d’ordinaire fielleuse. Le vieux avait amené Frère Tiburce dans une pièce miteuse où s’entassaient des objets hétéroclites.

Là, au milieu des curiosités en fer blanc et des nids à poussière, trainait une antiquité mécanique, un vélo anglais des années soixante.
— Voilà ton destrier. Il en a connu des périples, au temps où nous prônions l’amour libre, combattions la guerre au Vietnam et roulions main dans la main pour un futur plein de fleurs.
— En effet, ça remonte à loin.
— Certes, il n’a pas de vitesse mais il résiste encore bien à la rouille et aux assauts du temps. C’est de la qualité comme on n’en fait malheureusement plus.
— Je n’en doute pas un instant.
— Tant mieux. De toute façon, Dieu t’accompagnera durant ce voyage.
— Ne commence pas, Léon. Je ne suis pas d’humeur à supporter ton humour anticlérical.
— Je suis sérieux. On raconte que cette machine a été bénie par le pape Jean XXIII quand il était encore un jeune prélat. La légende ajoute que cette bicyclette l’a sauvé pendant la guerre.
— Tu m’en diras tant.

Frère Tiburce n’avait pas encouragé Léon dans son envie de chanter une belle histoire. Il voulait en finir au plus vite avec sa course, revenir avant la nuit et reprendre ses écrits théologiques. Ainsi, il s’était retrouvé sur la route de Brignais, assis sur ce vieux vélo, en pleine descente. Le voyage aller s’était déroulé sans encombre. Le moine cistercien avait proprement rempli sa mission.

Le ciel gronda plus fort. Une pluie fine commença à tomber. Les gouttes glissaient sur le bitume, rendant le périple dangereux. L’orage se déclencha cinq minutes après l’ondée devenue averse depuis. Frère Tiburce redoubla d’effort, pédalant à fond malgré la cote ardue et le poids du vélo. Mornant semblait encore loin ; au moins une dizaine de kilomètres séparaient Frère Tiburce du village où vivait sa mère.

Le temps devint quantique. Les nuages se figèrent, l’obscurité envahit jusqu’à l’horizon, les éclairs se fondirent dans un ensemble sombre. Frère Tiburce pédalait dans le vide. Les roues du vélo tournaient autour de leur axe mais le mobile restait sur place, dans un espace horizontal devenu infini, comme si la route glissait sous les pneus. Les arbres bruissaient dans la pénombre ambiante. Plusieurs dimensions se côtoyaient : d’un côté le décor, une belle départementale bordée d’arbres serrés dans un environnement forestier, portait à perte de vue. De l’autre côté, le ciel s’affichait comme une carte postale, un instantané ténébreux. Au milieu de tout ça, pris entre le haut et le bas, l’avant et l’arrière, la droite et la gauche, un moine cistercien enfourchait une bicyclette fatiguée, pédalait vigoureusement mais n’avançait pas d’un iota.

Soudain, une singularité se manifesta, venue de partout et nulle part à la fois. Frère Tiburce sentit la température baisser et la pression monter. Il attribua d’abord ce phénomène à un changement climatique lié à la fin des intempéries. Ensuite, il entendit une sorte de sifflement aigu. Frère Tiburce commença à s’inquiéter. Rouler dans ces conditions, avec la désagréable impression de ne pas avancer, entamait son moral. Il décida néanmoins d’accentuer ses efforts, de pousser plus fort sur les pédales, quitte à se mettre en danseuse sur quelques hectomètres.
— Tu perds ton temps, Tiburce, lui dit une voix inconnue.

Le moine cistercien tourna la tête, cherchant l’origine de ces mots. Il constata amèrement qu’il était seul. Une fois encore, il invoqua des hallucinations auditives, un début de fatigue et de lassitude, pour éviter de se poser des questions inutiles. Frère Tiburce perdit peu à peu le contact avec la réalité. Il roula des heures dans le vide, sur une route sans limites, au milieu d’un décor inchangé, comme s’il était un personnage de plus sur un cliché photographique pris au début d’une soirée anodine. La singularité absorba le temps, devenu alors inutile, accentua la pénombre mais laissa au cycliste assez de points lumineux pour ne pas se décourager. Vu de l’extérieur, quelque part dans le ciel étoilé, Frère Tiburce donnait l’impression d’avancer à contresens du paysage, comme des chevaux de bois sur un manège d’antan.

« Dieu ne joue pas aux dés » avait déclaré un savant prénommé Albert. Frère Tiburce pensa à cette phrase mémorable quand il se sentit fondre dans le décor, disparaitre des quatre dimensions connues par le commun des mortels. Il entendit juste une voix s’adresser à lui.
— Laisse-toi aller, Tiburce. Ne résiste pas à ce que tu ne comprends pas.

Frère Tiburce ouvrit les yeux. Il ne savait pas depuis combien de temps il avait rompu le contact avec son univers physique. Son corps flottait dans un espace sans mur ni fenêtre, illuminé par des centaines de points blancs. Il tenta de bouger, avec succès, mais constata avec surprise qu’il n’y avait pas de sol où poser le pied, nul repère pour s’orienter, rien qu’une sorte d’éther inodore et incolore. La longueur, la largeur et la profondeur n’existaient plus. Son cerveau s’ajusta à ces nouveaux paramètres.
— Tu vas t’habituer, Tiburce.
— Où suis-je ?
— En route vers l’ailleurs.
— Qui êtes-vous ?
— Les autres.
— C’est assez vague. Je m’attendais à une réponse élaborée.
— Donne-nous ta version.

Frère Tiburce se remémora les nombreuses histoires d’enlèvements extra-terrestres, des faits divers magnifiés par la caméra de Steven Spielberg et l’imagination de scénaristes américains. En l’absence d’une hypothèse plausible, il décida de s’aventurer sur ce terrain.
— Vous êtes une civilisation extra-terrestre très avancée. Vous m’avez enlevé pour étudier les humains.
— Pourquoi toi, Tiburce ?
— Parce que je suis un homme de foi.
— Qu’est-ce qui nous intéresserait dans un homme de foi ?
— Mon indéfectible croyance en Dieu et son message universel.

Les points lumineux clignotèrent. Certains passèrent au rouge, d’autres au bleu ou au jaune. Le défilement des couleurs suivait un rythme précis, presque un tempo, une sorte de langage musical où les notes devenaient tonalités chromatiques. Frère Tiburce tenta de dégager un motif, une tendance, un fil conducteur dans un tableau irréel.
— Qu’est-ce que Dieu, Tiburce ?
— Le Créateur de toutes les choses que nous voyons.
— Et qu’en est-il de ce que vous ne voyez pas ?
— Il les a aussi créées mais nous, les êtres humains, ne sommes pas équipés pour les percevoir.
— Que vois-tu, en ce moment ?
— Des points lumineux. Mon corps également.
— Si nous comprenons tes propos, ces points lumineux ont été créés par Dieu ?
— Exactement !

L’espace changea. Le vide laissa la place à un liquide rouge et chaud. Frère Tiburce se sentit couler dans ce plasma. Il vit les points lumineux se transformer en gouttes pourpres, se précipiter sur lui puis l’éviter et recommencer dans une danse frénétique.
— Dieu est-il capable de ça ?
— Oui. Les étoiles vivent et meurent dans un déluge de particules. Elles changent de forme, se dilatent, se contractent, deviennent tantôt purement gazeuses, tantôt complètement solides. C’est le schéma de Dieu.
— Alors, tu acceptes que nous t’ayons enlevé à tes pairs, à ton existence, pour t’emmener vers un ailleurs inconnu, puisque c’est Dieu qui l’a créé ?
— Exactement !
— On peut dire que tu as la foi, Tiburce. Dieu lui-même en serait étonné, fier peut-être.
— Je n’en tire aucune gloire.

Le vide reprit le dessus. Le plasma se fondit dans un non-espace, une singularité dont Frère Tiburce ne pouvait définir la nature. Il se sentit basculer en arrière, se désintégrer, se séparer en des milliards de milliards de molécules de lui-même. Les voix se turent. Dieu ne se manifesta pas.

« Je crois qu’on l’a perdu » dit une voix masculine. « Quelle idée de rouler sur une bécane pareille, en plein orage ! » rugit une autre voix. Dieu ne répondit pas, conscient certainement de l’incongruité d’un tel acte. La pluie frappa le bitume, le tonnerre gronda, tandis qu’un bruit de moteur et une sirène stridente annoncèrent la fin de l’intervention. Le chef urgentiste nota l’heure du décès, referma les paupières du moine cistercien puis maudit la malchance et la foudre de s’être abattues sur un aussi jeune représentant de Dieu. « J’espère qu’il est près de lui désormais » pensa-t-il en esquissant un signe de croix.

Posté le : 06/08/2015 20:14

Edité par Donaldo75 sur 07-08-2015 16:06:58
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Re: Défi du 1er Août
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merveilleux, Donald
au fait, les médicaments?

Posté le : 07/08/2015 18:03
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Re: Défi du 1er Août
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Donald,

J'ai bien aimé retrouver Frère Tiburce (le frère de Dugomeau ? ).
Un chouette mélange de fantastique, SF et un petite égratignure à la religion catholique.

J'espère qu'il ressuscitera et que je le retrouverai dans d'autres aventures.

Le défi de Dumont t'a bien inspiré.

Merci.

Couscous

Posté le : 08/08/2015 20:14
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Re: Défi du 1er Août
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Le divin existe-t-il ? Y a-t-il d'autres formes de vie évolues dans l'univers ?
Au moins frère Tiburce a eu un semblant de réponse en une fraction de secondes...
Mieux que rien, non ?
merci donaldo pour ce texte fort intéressant !

Posté le : 09/08/2015 17:11
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A bord de ce cahier volant
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A bord de ce cahier volant
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A bord de ce cahier volant
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